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Tigre blanc euthanasié : qui était Sherkan, le félin mort au zoo de Beauval ?

L’annonce de la mort du félin a suscité plus de 10000 commentaires sur le compte Facebook du zoo de Beauval. Il faut dire que l’animal avait de quoi fasciner avec son pelage clair et ses yeux bleus.

 L’espérance de vie d’un tigre blanc est d’environ 15 ans. Sherkan, la mascotte du zooparc de Beauval, en avait 18.
L’espérance de vie d’un tigre blanc est d’environ 15 ans. Sherkan, la mascotte du zooparc de Beauval, en avait 18. LP/Olivier Lejeune

Dans la « cuisine des fauves », là où les soigneurs préparent des portions gargantuesques de bidoche, la mémoire de Sherkan s'invite sous la forme d'une photo-hommage. « Sans vouloir être pleurnicharde, sa mort m'a beaucoup attristée », confie Astrid, responsable du Secteur fauves. Mercredi dernier, ce tigre blanc emblématique du zoo de Beauval, à Saint-Aignan (Loir-et-Cher), âgé de 18 ans, a dû être euthanasié par les vétérinaires du parc afin d'« abréger ses souffrances ».

Depuis cinq ans, l'animal aux yeux bleus, une robe blanche mariée à des taches noires, était sous traitement anti-inflammatoire, victime d'arthrose sévère aux hanches et à la colonne vertébrale. Sa disparition a provoqué beaucoup d'émotion au sein du personnel du plus grand zoo de l'Hexagone mais aussi chez les visiteurs qui ont pu l'approcher.

L'annonce de la nouvelle sur le compte Facebook de Beauval a suscité plus de 10 000 commentaires. « Il était magnifique et majestueux », honore ainsi Catherine. « RIP Sherkan au paradis des tigres », s'émeut, de son côté, une autre internaute. « J'adorais venir te voir mais la dernière fois tu étais si mal en point… Te laisser partir est une belle preuve d'amour », écrit Christelle.

Il venait spontanément vers les visiteurs

Né en 2002 au Touroparc Zoo de Romanèche-Thorins (Saône-et-Loire), ce beau mâle, qui a pesé jusqu'à 250 kg, avait débarqué dans le Loir-et-Cher trois ans plus tard. C'est déjà Beauval qui, dès 1991, avait accueilli dans l'Hexagone le premier tigre blanc en provenance, à l'époque, d'un élevage de Floride aux Etats-Unis. « C'est ce qui nous avait fait connaître », se rappelle Rodolphe Delord, l'actuel maître des lieux.

Très rapidement, Sherkan est devenu la mascotte de la maison, l'égérie que l'on affiche en grand sur les publicités pour conquérir de nouveaux clients fans de rugissements. Sherkan, c'était Huan Huan et Yuan Zi - le couple de pandas arrivés de Chine en 2012 - avant l'heure. « Avec sa belle carrure, sa belle prestance, il avait un côté très sauvage, mais en même temps, il venait au contact des gens derrière les grillages et les vitres. Cela ne le perturbait pas même s'il y avait du monde. Les visiteurs pouvaient l'admirer de près, ce qui contribué à sa popularité », décrypte Astrid, l'un de ses derniers anges gardiens.

Les tigres blancs descendent quasiment tous du même spécimen, Mohan, capturé dans les années 1950.  LP
Les tigres blancs descendent quasiment tous du même spécimen, Mohan, capturé dans les années 1950. LP  

Sherkan a été papa une douzaine de fois, des héritiers qui ont été dispersés dans différents zoos en France et à l'étranger. « Il a toujours été doux et patient avec ses petits, ce qui est assez rare chez les tigres mâles. C'était un bon papa », encense la soigneuse en chef. Au meilleur de sa forme, il pouvait avaler quotidiennement « 6-7 kg de poulet et 8 kg de bœuf ». Mais ces derniers temps, l'arthrose l'a considérablement affaibli.

« Il boitait, il vacillait des pattes arrière. Il passait beaucoup de temps dans le bassin, ça semblait le soulager, c'était bon pour ses articulations, comme une sorte d'hydrothérapie », raconte-t-elle. Son état de santé s'est sans cesse dégradé malgré les médicaments. Pour éviter « l'acharnement thérapeutique », la décision a été prise de l'euthanasier. « S'il avait été dans la nature, il serait mort depuis longtemps », souligne Delphine Delord, directrice déléguée de Beauval qui rappelle que « la longévité moyenne d'un tigre est d'environ 15 ans » à l'état sauvage. « Dix-huit ans pour Sherkan, c'est un âge très avancé », précise Astrid, la spécialiste des fauves.

Les tigres blancs introuvables dans la nature

Le tigre blanc, qui n'est pas une espèce ou une sous-espèce de tigre à part entière, doit la couleur de son pelage à une anomalie génétique appelée leucistisme, différente de l'albinisme. Il présente des rayures contrairement à son cousin albinos. Dans la nature, ses chances de survie sont quasi-nulles. « Il n'a pas de robe de camouflage donc, très repérable, il se fait très vite tuer par les prédateurs », décrit Rodolphe Delord, directeur général de Beauval.

Pour les tigres blancs, contrairement à d'autres animaux du zoo, il n'existe donc « pas de programmes de réintroduction ». Sa présence à l'état sauvage n'est que très rarement observée. Dans les années 1950, un spécimen baptisé Mohan a été capturé en Inde, au Bengale. Puis il a transmis ses gènes lors de différents accouplements qui ont donné naissance à des petits ayant grandi dans des enclos de zoos du monde entier.

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Beaucoup de tigres blancs actuellement en vie descendraient de ce même mâle Mohan et auraient donc hérité d'un patrimoine génétique très similaire. Conséquence : la consanguinité chez ces félins est importante, à l'origine d'une multitude de tares. Nombreux sont les tigreaux à ne pas survivre à la naissance.

Certains parviennent à s'en sortir mais ont des troubles de santé, notamment des problèmes de strabisme. L'élevage en captivité du tigre blanc suscite de plus en plus de controverses ces dernières années, montré du doigt par les associations de défense des animaux. Au zoo de Beauval, on assure que l'arthrose de Sherkan est « liée à la vieillesse » et non à une éventuelle consanguinité.

En revanche, le parc a bien conscience de ces « risques de consanguinité » et a décidé, depuis deux ans, de ne plus « reproduire » ses tigres blancs. Aujourd'hui, il en reste quatre, un mâle et trois femelles à qui l'on a posé un implant contraceptif.