Vague de froid : comment la température ressentie est-elle calculée ?

Venue d’Amérique du nord, cette formule prend en compte la température de l’air et la vitesse du vent pour définir une température ressentie en cas d’épisode de froid. Explications.

 De la neige est attendue dès mardi matin sur l’ouest avant d’atteindre l’Île-de-France et l’est du pays, en soirée et la nuit suivante.
De la neige est attendue dès mardi matin sur l’ouest avant d’atteindre l’Île-de-France et l’est du pays, en soirée et la nuit suivante. Ludovic MARIN/AFP

Une vague de froid tout droit venue de Scandinavie s'installe cette semaine sur la moitié nord de la France, entraînant des chutes de neige et des températures négatives. Le thermomètre devrait afficher -5 °C en Île-de-France ce mercredi, ou encore - 10 °C dans les Hauts-de-France, avec un ressenti de -12 à Dunkerque ou encore -13 à Lille mardi soir, précise Météo France. Mais que signifie cette prévision de température ressentie? On fait le point.

Vague de froid : comment la température ressentie est-elle calculée ?

D'ou vient ce concept ?

Ce concept n'a rien de nouveau. Dans le cadre d'une expédition en Antarctique, deux scientifiques américains, Paul Siple et Charles F. Passel, mesurent en 1939 la vitesse de congélation de l'eau dans des biberons en fonction de la puissance du vent. Le concept de refroidissement éolien voit alors le jour : l'idée étant que le froid est ressenti de façon plus violente lorsqu'il y a beaucoup de vent.

Un phénomène qui s'explique physiologiquement : « en l'absence de vent, il se forme au contact de la peau une mince couche d'air réchauffée par l'organisme. Lorsqu'il y a du vent, cette pellicule isolante est continuellement balayée. La peau est alors au contact d'un air à la fois plus froid et plus sec, sans cesse renouvelé », précise Alexandre Flouttard, prévisionniste à Météo France.

Comment la calculer ?

Ainsi, il est possible d'obtenir une estimation de cette température ressentie grâce à une « formule » qui comprend la température de l'air et la vitesse du vent. « C'est un calcul utilisé en France depuis les années 2000 mais qui nous vient depuis plus longtemps des Etats-Unis et du Canada. Cela n'a rien étonnant : ces derniers possèdent un climat bien plus rugueux que le nôtre », note le prévisionniste.

Selon lui, cet indice de refroidissement éolien se révèle plus pertinent pour représenter le ressenti d'une personne face au froid. « Si on prend par exemple une température de -5°C à l'abri, par une journée ensoleillée et sans vent, le ressenti d'une personne sera bien de - 5. En revanche, rajoutez un vent de 20 km/h, et là, vous aurez froid comme s'il faisait -14 °C », ajoute Alexandre Flouttard. La température ressentie n'est donc valable que pour la peau exposée au vent. Dès lors, cet indice est variable d'une rue à une autre, en fonction de l'exposition. À noter toutefois, le chiffre - 14 ne correspond pas à une véritable température, mais à un indice. Il convient alors de l'exprimer sans le symbole Celsius, à savoir : °C.

S'appuyant sur les données du ministère canadien de l'Environnement, Météo France présente sur son site un tableau recensant les différents indices de refroidissement éolien.

Vague de froid : comment la température ressentie est-elle calculée ?

Cet indice permet également de prendre des mesures préventives contre les dommages causés par le froid (gelures, hypothermie…), souligne l'organisme météorologique. « Plus l'indice de refroidissement éolien est bas, plus la peau exposée sera susceptible de geler rapidement. On estime le seuil de danger à - 27 », complète le prévisionniste.

Est-ce que ça marche dans l'autre sens, quand il fait chaud ?

Si l'expression « température ressentie » est souvent employée lors des épisodes de grand froid, elle est aussi évoquée lors d'épisodes caniculaires. On parlera dans ce cas d'« indice Humidex » qui là encore, n'a rien à voir avec une température en degrés Celsius. Dans ce cas, le calcul s'établit non pas à partir du vent, mais du taux d'humidité. Car si l'air est très humide, cela bloque la transpiration du corps, et donc amplifie la chaleur ressentie. En d'autres termes, le corps n'arrive plus à refroidir, ce qui procure cette sensation d'inconfort.

« Par exemple, un indice Humidex de 40 signifie que, lorsque la température est de 30 degrés et l'air humide, les conditions ressenties sont plus ou moins les mêmes que lorsque la température est de 40 degrés et l'air sec », explique sur son site officiel l'organisme Météo.

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Si éclairantes soient-elles, ces températures ressenties ne peuvent évidemment remplacer les premières évaluées elles, en degrés Celsius. Ainsi, « pour évaluer un record de froid ou de chaleur, il faudra toujours se fier aux températures de l'air », termine Alexandre Flouttard.