Vaccination : peut-on terminer la campagne dans les Ehpad en un mois ?

Selon les objectifs du gouvernement, début mars, 80 % des résidents d’Ehpad qui le souhaitent seront vaccinés. Mais la situation sanitaire et le nombre de clusters pourraient bien contrarier ce plan.

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 Dans les Ehpads, la vaccination doit être suspendue pour les cas positifs et cas contacts.
Dans les Ehpads, la vaccination doit être suspendue pour les cas positifs et cas contacts.  LP/Jean Nicholas Guillo

Clore une campagne de vaccination. Après toutes les critiques, le gouvernement en aurait bien besoin, et s'y engage. Dès la fin du mois de février, selon Emmanuel Macron, 80 % des pensionnaires des Ehpad qui l'auront souhaité, soit 500 000 personnes, seront vaccinées. Si le rythme actuel est encourageant, la situation sanitaire dans ces établissements l'est moins. Ces dernières 24 heures, plus de 300 personnes sont décédées en Ehpad.

Côté piqûres, l'exécutif a de quoi être confiant. Selon le ministère de la Santé, plus de 330 000 résidents ont déjà été vaccinés début février. Sur les dix derniers jours, 100 000 doses ont été administrées. Et il ne devrait pas craindre de pénurie de ce côté là, selon la ministre déléguée à l'Industrie Agnès Pannier-Runacher. « Pfizer a diminué sa production, (mais) a déjà rattrapé son retard dans les chaînes françaises. Il a plus livré qu'il ne le devait initialement. Moderna devrait corriger dans les 3-4 semaines qui viennent. AstraZeneca, ça devrait prendre plus de temps » mais d'autres vaccins « vont peut-être arriver plus tôt que prévu » comme ceux de Janssen et Novavax, a-t-elle précisé ce mercredi.

A ce rythme donc, les 500 000 primo-vaccinations promises par Emmanuel Macron mardi soir pourraient être atteintes très rapidement. « Depuis le 18 janvier, nous sommes en déploiement massif, tous les jours, des Ehpad commencent leur campagne. La première dose sur la cible initiale, les résidents et personnels, est largement en cours », confirme Florence Arnaiz-Maumé, déléguée générale du Synerpa, 1er syndicat national des maisons de retraite privées.

Vaccination : peut-on terminer la campagne dans les Ehpad en un mois ?

Mais ces derniers jours, dans certains Ehpad, la vaccination a déjà été retardée, comme à Bordeaux où 72 résidents sur les 92 ont été déclarés positifs au Covid-19 fin janvier. Selon Sud-Ouest, la campagne a été stoppée, y compris pour les patients négatifs. « C'est l'Agence régionale de santé (ARS) qui nous a donné les consignes : surseoir à la vaccination de tous les résidents y compris négatifs. Cette décision appartient aux pouvoirs publics », indiquait le 26 janvier Jean-Marc Plantade, responsable presse de Korian au journal.

Un excès de prudence? « Lorsqu'un un établissement est percuté de plein fouet, il doit absolument stopper sa vaccination », répond Florence Arnaiz-Maumé, alors que la menace de l'entrée des variants dans les établissements plane. « La situation, nous dit-on, reste maitrisée, mais on sent quand même une dégradation lente mais palpable avec quelques établissements percutés, ce qui n'arrivait pas il y a quelques semaines », indique-t-elle.

« On a trois cas positifs le mercredi, et 70 le vendredi »

Assez pour rendre l'objectif du gouvernement totalement caduc selon un directeur d'établissement du sud de la France, resté anonyme. « Ce n'est théoriquement pas possible. Il a peut-être voulu se calquer sur les Ehpad en Angleterre, mais chez nous il y a tellement de clusters qu'on ne peut pas vacciner […] Dans les Ehpad, on a trois cas positifs le mercredi, et 70 le vendredi. On n'a jamais vu ça. Avec la vitesse de la contamination il y a trop d'incertitudes : quand est-ce que c'est le bon moment de faire l'injection ? Je n'ai pas de recul, et je ne peux pas prendre de risque », poursuit-il.

Selon le dernier protocole envoyé ce mardi aux directeurs d'Ehpad, et auquel le Parisien a eu accès, « les résidents/patients non infectés et non contacts doivent être vaccinés sans délai ». La vaccination ne doit être retardée que chez les « résidents/patients infectés ou contacts », peut-on lire en gras.

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Problème, dans un Ehpad, difficile de définir un cas contact, selon les professionnels du secteur. « On demande de la souplesse sur cette question. On arrête la vaccination pour les personnes positives, et tous les autres on les vaccine, sauf si l'équipe sait qu'ils sont conjoints, ou en chambre ou double », plaide Florence Arnaiz-Maumé. Une souplesse déjà de mise dans le protocole qui indique qu'en cas de doute sur le contact, « celui-ci doit profiter à la vaccination », indique le protocole.