Vaccination contre le Covid-19 : pourquoi le Danemark est si bien parti

Plus de 3% de la population danoise a déjà reçu au moins une dose, soit quatre fois plus qu’en France et le pourcentage le plus élevé en Europe derrière Malte. Mais le rythme ralentit à cause des retards de livraisons de Pfizer.

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 Le 27 décembre, Jytte Margrete Frederiksen, 83 ans, a été la première personne vaccinée au Danemark.
Le 27 décembre, Jytte Margrete Frederiksen, 83 ans, a été la première personne vaccinée au Danemark.  AFP/Mads Claus Rasmussen

Chacun des 27 pays de l'Union européenne a beau recevoir la même proportion de doses par rapport au nombre de ses habitants, la proportion de ceux qui sont déjà vaccinés varie fortement. En queue de peloton : les Pays-Bas, la Bulgarie et… la France. À l'inverse, en tête, on trouve le Danemark. Plus de 3 % de sa population (6 millions d'âmes) a déjà reçu au moins une dose de vaccin contre le Covid-19, selon les données du site Our World in Data. Seul le micro-Etat de Malte lui est passé devant mercredi. A la troisième place, et loin derrière, arrive l'Espagne (2,16).

Tous les pays de l'Union européenne sont pourtant soumis au même rythme de livraisons. Les commandes ont été passées par la Commission européenne, puis chaque Etat a reçu et reçoit toujours un nombre de doses proportionnel à sa population. Alors, comment expliquer cette « success story » danoise?

Une population qui accepte massivement le vaccin

Tous les chercheurs et experts l'ont martelé : la réussite d'une campagne de vaccination passe avant tout par l'acceptation de la population. Et sur ce point, les Danois partaient avec une grosse longueur d'avance. À l'automne dernier, quatre chercheurs du département en sciences politiques de l'université d'Aarhus ont sondé la situation dans six pays européens dont le Danemark et la France, ainsi qu'aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. Résultat : 79 % de la population danoise comptait déjà se faire vacciner, contre seulement 41 % en France - un taux conforme à celui paru dans d'autres études à la même période.

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Selon ces scientifiques, un bon score peut s'expliquer par deux raisons principales : la confiance envers les autorités sanitaires nationales et la crainte des conséquences que le virus peut avoir sur soi-même ou sur ses proches. « Cette confiance est remarquablement élevée au Danemark, tout au long de la pandémie, et c'est ce qui crée de très fortes intentions de vaccination ici », indique l'auteur principal de l'étude, le Pr Michael Bang Petersen, joint par Le Parisien. Et ce, ajoute-t-il, « en dépit du fait que la vaccination a été débattue au Danemark au cours des cinq dernières années en raison de certaines préoccupations injustifiées concernant les effets secondaires potentiels du vaccin contre le papillomavirus ».

Un système mieux rodé

Le Danemark profite aussi d'être particulièrement avancé en matière de numérique, notamment pour les services publics en ligne. Le pays est même troisième en Europe dans ce domaine, selon le dernier classement de la Commission européenne rendu public en juin dernier. « Notre configuration est telle qu'elle permet une distribution rapide et nous avons une très bonne infrastructure informatique qui nous permet d'enregistrer le vaccin chaque fois que quelqu'un le reçoit » grâce à son identifiant numérique de Sécurité sociale, vante auprès de l'AFP le spécialiste des maladies infectieuses Jens Lundgren, professeur à l'Université de Copenhague.

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Comme l'indique l'agence sanitaire danoise sur son site, chaque personne invitée à se faire vacciner reçoit un message via la plateforme sécurisée e-Boks (ou, à défaut, par courrier). Celle-ci est aussi utilisée par les banques, les caisses de retraite, ou encore les compagnies d'assurances.

Le Danemark est aussi allé plus vite sur le plan logistique. Pas question d'entreposer des centaines de milliers de doses dans des super-congélateurs, par exemple. « La position claire du gouvernement est que le moment où les vaccins touchent le sol danois est celui où ils doivent être utilisés », a affirmé la première ministre Mette Frederiksen. Il est vrai que la faible superficie du pays (moins de 50 000 km2) est un atout sur ce plan, même si d'autres petits pays s'en sortent moins bien.

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« Les autorités ont quasiment pu concentrer tous leurs efforts sur la logistique du déploiement des vaccins plutôt que de se préoccuper des hésitations à se faire vacciner », observe Michael Bang Petersen. Résultat, les échanges entre le gouvernement, les élus locaux, les médecins, et même les forces de police y sont beaucoup plus fluides qu'ailleurs, raconte l'agence Bloomberg.

Une deuxième injection retardée et six doses par flacon

Comme d'autres pays dont le Royaume-Uni, le Danemark a autorisé que la deuxième injection du vaccin Pfizer/BioNTech soit repoussée jusqu'à six semaines après la première, au lieu de trois comme le préconise le fabricant. Ce produit est le plus distribué en Europe actuellement, alors que Moderna vient d'obtenir les autorisations de mise sur le marché. Et rallonger le délai entre les deux doses permet, potentiellement, d'en avoir davantage disponibles immédiatement.

Par ailleurs, le Danemark a toujours prélevé six doses par flacon livré par Pfizer alors que beaucoup d'autres pays n'en utilisaient que cinq, rapporte l'hebdomadaire Politiken.

Cependant, le pays frontalier de l'Allemagne, comme toute l'Europe, est rattrapé par les retards de livraison annoncés par le groupe pharmaceutique américain. Entre 85 000 et 100 000 doses de moins que prévu arriveront au premier trimestre, a-t-on appris ce mercredi matin. Rien que sur cette semaine, la moitié des commandes, soit autour de 30 000 doses, ne seront pas livrées. « Le nombre de vaccinations diminue en raison d'un nombre moins important de doses livrées par Pfizer », reconnaît l'agence sanitaire danoise auprès du Parisien.

Les autorités ont dû s'adapter en urgence et ont décidé que la priorité sera de réaliser en priorité les secondes injections aux personnes déjà vaccinées. Le PDG de l'institut de recherche Statens Serum Institut, Henrik Ullum, s'est cependant déclaré « toujours très optimiste » à moyen ou long terme : « Nous espérons recevoir de nombreux vaccins plus tard, lorsque d'autres auront été approuvés. »