«Un reconfinement, non merci» : les réfractaires donnent de la voix

Alors que le gouvernement s’est donné encore quelques jours, l’idée de remettre le pays sous cloche pour contrer la pandémie de Covid-19 soulève de plus en plus d’opposition. Ainsi, le hashtag #Jenemeconfineraipas fait mouche sur Twitter.

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 Certains restaurateurs appellent à rouvrir leurs établissements lundi malgré l’interdiction.
Certains restaurateurs appellent à rouvrir leurs établissements lundi malgré l’interdiction. LP/Olivier Corsan

Il y a Alain, le « souverainiste », qui relaye sur Twitter un message évoquant un « coup d'Etat sanitaire covidien » et appelle à « vivre ». Cette femme, « pas covidiste », qui ne veut pas qu'on touche à sa « liberté ». Cet autre, enfin, qui se revendique « patriote », et republie un texte fustigeant les « mondialistes » (politiques, médias) qui « mènent une guerre psychologique contre nous avec le support des médecins corrompus : nous faire peur, nous amener à nous résigner, à obéir aux ordres absurdes à base de confinements … »

Le point commun entre ces trois internautes : ils s'affichent tous sous le hashtag #Jenemeconfineraipas qui a suscité en une semaine plus de 165000 messages sur le réseau social à l'oiseau. Cette réticence à accepter, les appels aussi des restaurateurs à rouvrir dès lundi malgré l'interdiction, les heurts à l'étranger autour des mesures barrière… c'est ce qui a pesé vendredi et poussé Emmanuel Macron, à la surprise générale, à décaler une mise sous cloche du pays qu'on croyait imminente. Selon son entourage, le chef de l'Etat a voulu redonner un peu d'oxygène aux Français.

« La grogne a été entendue et on ne peut que se réjouir de voir le président résister à la bureaucratie sanitaire et à la pression médiatique », commente l'écrivain Alexandre Jardin, qui s'était pourtant mobilisé au printemps en faveur d'une distribution de masques gratuits. « J'étais favorable aux premiers confinements qui avaient du sens. Mais ce qui se préparait était inacceptable, un troisième confinement et pourquoi pas quatre, cinq ou huit? », confie-t-il au Parisien. Rien ne dit toutefois que le pays ne sera pas contraint à des mesures difficiles dans les jours qui viennent.

«La crédibilité de la parole politique et scientifique écornée»

Ce répit était-il nécessaire? « Il y a une usure psychologique assez forte dans le pays avec le sentiment de vivre comme dans le film Un jour sans fin », souligne François Kraus, directeur d'études au département opinion de l'institut de sondage Ifop. Après la polémique sur le manque de protections, de tests et désormais de vaccins, ce spécialiste estime que beaucoup de Français ont le sentiment que notre pays gère moins bien la crise que les autres.

« Les multiples variations de discours du gouvernement et des experts de santé, y compris dernièrement sur l'intérêt du couvre-feu, ont écorné la crédibilité de la parole politique et scientifique, constate-t-il. Du coup, il y a une bien moindre acceptabilité quand on évoque un possible reconfinement et le respect de règles strictes. »

Selon les données de l'institut de sondage, le taux de défiance à l'égard du ministre de la Santé atteint désormais 55 % et celui du Conseil scientifique, l'instance chargée d'éclairer les décisions de l'exécutif, de 37 %. Déjà, lors du deuxième confinement, 60 % des sondés avaient d'une manière ou d'une autre transgressé au moins une fois les restrictions de déplacement. « Il y avait un problème d'acceptabilité, le président a fait le choix de temporiser, en adoptant la ligne souple. C'est aussi parce qu'il a bien conscience de l'impact économique d'un black-out total. »

«Il serait temps d'avoir une communication claire»

L 'hypothèse d'un reconfinement « très serré » qui a plané plusieurs jours avant le soudain revirement de vendredi, n'est, au contraire, selon le sociologue de l'Inserm Jérémy Ward, pas de nature à rassurer : « Les gens n'y comprennent plus rien. On leur dit qu'il y a urgence, puis finalement que ce n'est plus le cas. Cela exacerbe le manque dans la gestion de cette crise par les autorités. »

« Il y a un sentiment d'infantilisation qui fait le lit de toutes les colères et de toutes les révoltes », analyse de son côté le psychiatre Serge Hefez, pour qui le report du confinement reste une bonne nouvelle pour les personnes les plus fragiles psychologiquement. « Les Français ne sont pas associés aux décisions, ils subissent et commencent à en avoir ras le bol des ordres qui viennent d'en haut, poursuit-il. Dans d'autres pays, comme l'Allemagne, les processus de décision sont plus transversaux, moins verticaux que chez nous. »

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Le mouvement d'opposition au reconfinement risque-t-il de mettre à mal toute la stratégie sanitaire du gouvernement ? François Kraus ne le croit pas. « Le hashtag #Jenemereconfineraipas a été lancé notamment par des Gilets jaunes médiatiques et des personnalités covido-sceptiques mais ce mouvement reste assez marginal, estime le politologue. Et moins de 10 % des Français déclarent qu'ils ne respecteraient pas un éventuel reconfinement. La plupart joueront le jeu, surtout si les chiffres montrent une inquiétante montée des cas, quitte à s'autoriser quelques écarts, comme on l'a constaté lors du deuxième confinement. »