Un livre et des visites guidées au zoo refuge pour animaux sauvages près de Chartres

Alors que La Tanière se développe au gré des arrivées de pensionnaires tous issus de sauvetages dans des conditions plus ou moins dramatiques, ses généreux créateurs racontent l’épopée de onze de leurs protégés dans un livre qui vient de paraître.

 La Tanière a recueilli des macaques habituellement euthanasiés en fin de protocole d’expérimentation dans des laboratoires, dont Cannelle.
La Tanière a recueilli des macaques habituellement euthanasiés en fin de protocole d’expérimentation dans des laboratoires, dont Cannelle.  Art Visual Studio

« Arrêtez le massage cardiaque, il est mort. » Ce mardi 12 novembre 2019, Florence Ollivet Courtois, vétérinaire de la Tanière, observe, impuissante, le corps inerte de Mischa. L'ours martyr que le zoo refuge de Nogent-le-Phaye (Eure-et-Loir) essayait en vain de sauver depuis son arrivée 57 jours auparavant dans cette structure qui accueille depuis trois ans des animaux issus de sauvetage, n'a pas supporté l'anesthésie. Trop de pathologies, résultats de nombreuses maltraitances accumulées années après années, depuis qu'il avait été arraché à sa mère bébé, puis enfermé dans ce qui s'apparentait plus à une décharge qu'à un enclos, affamé, dressé à coups de trique pour distraire un public aveugle à son calvaire.

L'histoire de Mischa, Francine et Patrick Violas la racontent dans « Une famille pas comme les autres » (Ed Albin Michel, 203 pages, 18,90 euros.), avec dix autres parcours d'animaux sauvages échoués près de Chartres dans leur domaine d'une vingtaine d'hectares spécialement adapté à leur accueil. L'arrivée de Cannelle, macaque de 19 ans sortie pour la première fois de sa vie du laboratoire d'expérimentation où elle était promise à expirer son dernier souffle; le lion Léo, à la crinière déplumée, loin de l'image de roi de la jungle, parachuté dans un cirque après avoir assuré l'animation sur la plage en été le jour et dans le tumulte furieux des discothèques la nuit; l'éléphant Raja; la chamelle Gipsy…

Un zoo en construction permanente

A quoi pensent les soigneurs de la Tanière lorsqu'ils passent devant l'enclos des visons qui ont échappé au gazage six mois après leur naissance, sans avoir jamais vu la lumière du jour, entassés à quinze par cage où ils se dévorent aussi bien qu'ils s'y reproduisent? A la Tanière, « l'essentiel se dit en silence ». Quand une décision est prise, tout est mis en œuvre pour que les lieux s'adaptent aux nouveaux arrivants, quelles que soient l'heure et les conditions.

Après la drogue et les armes, le trafic d'animaux est le troisième le plus lucratif au monde. Corollaire de cette économie souterraine, les saisies chez des particuliers ou par les douanes s'ajoutent aux décisions de justice, aux abandons spontanés de particuliers ou de cirques en déshérence… une source sans fin. Les deux entrepreneurs qui ont décidé un jour de vivre leur rêve, de vendre leur entreprise de téléphonie mobile et d'investir une petite fortune amassée durant leur vie de labeur pour créer ce refuge pour animaux sauvages, savent donc… qu'il est impossible de définir jusqu'où tout cela les mènera.

Alors que deux éléphants arrivés il y a quelques semaines prennent leur marque dans le refuge, de même qu'un ours tout droit arrivé des Pyrénées, ainsi que sept macaques de Java, le refuge a ouvert ses portes aux visites du chantier durant les vacances scolaires de la Toussaint. Avec les précautions d'usage en temps de pandémie, pendant près de deux heures, on découvre des installations appelées à se développer, et de nombreuses espèces qui ont toutes en commun d'entamer ici une deuxième partie de vie plus calme.

Réservation visite sur le site de la Tanière. Durant les vacances, tous les pensionnaires sont visibles à l'exception des fauves et des ours.