Un jeu de société pour parler des bonnes pratiques sexuelles aux adolescents

À Évreux, une travailleuse sociale a inventé, avec l’aide d’autres professionnels et de jeunes, le jeu Séduq pour parler plus librement d’un sujet souvent tabou.

 Alixe Moujeard a édité un jeu pour parler sexualité avec les adolescents.
Alixe Moujeard a édité un jeu pour parler sexualité avec les adolescents. #PRESSE30

Tout part d'un slogan : « La sexualité, c'est cool. Si ce n'est pas cool, ce n'est pas du sexe ».

En 2019, c'est un constat que fait Alixe Moujeard, travailleuse sociale dans une structure pour jeunes adolescents qui gère les troubles du comportement : « Par la force des choses, j'ai côtoyé auteurs et victimes de violences sexuelles, raconte-t-elle. J'ai pris une claque à ce moment-là. Je me suis rendu compte que personne ne savait accompagner et intervenir. J'ai voulu agir pour prévenir ces sévices sans prendre les jeunes de haut. » Alors, avec sa sœur Zoé, elle réunit autour d'une table des lycéens, des adolescents des centres sociaux et de loisirs d'Évreux et des professionnels de la région. Ensemble, ils créent le jeu collaboratif Séduq.

« On y rencontre à peu près toutes les situations »

Pour aborder cette thématique lourde de façon ludique, Alixe choisit le jeu à la mode, l'Escape Game : « Il correspond à tous les genres, les orientations sexuelles et les handicaps. Le but est de draguer une personne et de conclure avec elle comme disent les jeunes. C'est une mise en expérimentation. On découvre d'abord les personnes, si elles sont compatibles. Mais s'il y a harcèlement ou déviance, le jeu s'arrête là ! S'il se poursuit, on passe à l'action jusqu'à avoir une relation consentie, sans maladies sexuellement transmissibles et grossesse non désirée. Le but du jeu est de parler du sexe dans la vraie vie. On y rencontre à peu près toutes les situations. Mais, on est là pour s'amuser, c'est avant tout un jeu de société ! »

Plus de 1000 exemplaires vendus en quelques mois

Et, c'est un véritable succès : 10 000 jeunes y ont joué depuis son lancement, 1 000 boîtes se sont vendues via le site Internet et des distributeurs spécialisés dans l'Hexagone, dans les DOM-TOM et aussi en Suisse et au Canada. Une réédition est en préparation.

« C'est surtout les professionnels qui ont réagi. On a ainsi gagné un concours sur la prévention des violences sexuelles. Pour eux, c'est un outil en décalage qui permet la libération de la parole », affirme Alixe. Avec les éditions Désclic, elle va poursuivre cette aventure à travers des formations, la distribution d'outils pédagogiques et des initiatives pour des créateurs de jeux. « Nous allons aussi proposer rapidement des nouveautés avec des thématiques sur l'écologie, les addictologies en partenariat avec les Hôpitaux de Paris, l'éducation thérapeutique ou la sexualité et le handicap. ».