Succès de «Top Chef», retour du fait-maison… pourquoi la cuisine passionne les Français

Les audiences de «Top Chef», le concours culinaire de M6 dont la 12e saison reprend ce mercredi à 21h05, témoignent de l’appétence toujours renouvelée des Français pour la cuisine et la gastronomie.

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 En 2020, une année marquée par le confinement, 83 % des Français ont « pâtissé », soit trois points de mieux en un an.
En 2020, une année marquée par le confinement, 83 % des Français ont « pâtissé », soit trois points de mieux en un an. Istock

« Tous en cuisine ». C'est le cri du cœur de Cyril Lignac, le chef star aux 2,7 millions d'abonnés sur Instagram et aux plus de 900 000 livres de recettes vendus depuis juin. C'est aussi le titre de son émission lancée durant le confinement sur M 6 qui a su cristalliser une tendance observée depuis quelques années : le retour aux fourneaux des Français.

En témoigne le succès de « Top Chef », qui revient ce mercredi soir pour une 12e saison. Mais aussi les ventes de livres de cuisine reparties à la hausse depuis 2018, ainsi que les master class et tutoriels vidéo qui cartonnent, le succès des applications comme « Marmiton » - ses 68 000 recettes gratuites, ses 5 millions d'usagers - ou celui des robots Thermomix et apparentés qui s'arrachent. « Les gens ont retrouvé le plaisir de cuisiner, le goût d'aller faire leurs courses », confirme Julie Mathieu, rédactrice en chef des magazines « Fou de Pâtisserie » et « Fou de Cuisine » dont les ventes ne cessent de progresser. « On peut le voir sur les réseaux sociaux, on a lancé des live avec des chefs et ça cartonne », souligne-t-elle.

Ce renouveau du fait-maison, le Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (Crédoc) le fait remonter à une quinzaine d'années, à partir de 2007. « Une génération surdiplômée qui avait perdu le savoir-faire culinaire a voulu reprendre la main sur la cuisine parce qu'il y avait une inquiétude sur la présence de pesticides dans les assiettes, décrypte Pascale Hebel, directrice du Pôle Consommation et Entreprise du Crédoc. La meilleure façon de calmer les angoisses, c'est d'agir, donc de faire la cuisine. »

«L'alimentation a de l'importance pour tout le monde»

« Avec la crise économique (depuis 2008) et les émissions de télévision qui ont suivi une demande de la société, ça s'est développé, mais pas dans les catégories modestes, tempère-t-elle. En même temps qu'on a vu se développer des ateliers de cuisines assez chers, on a observé la disparition d'équipements dans certains foyers, avec de moins en moins de fours ou de plaques de cuisson. Chez certains, les étudiants par exemple, il n'y a qu'un four à micro-onde et un réfrigérateur. »

Au sujet de l'augmentation du fait-maison pendant le confinement, « il y a eu une petite musique dans les médias, mais c'est assez limité dans le temps et à certaines couches de la société », estime pour sa part Jean-Pierre Poulain, sociologue, auteur du « Dictionnaire des cultures alimentaires » (PUF, 2019). « Chez ceux qui avaient un peu d'argent et la sécurité de l'emploi, il y a pu y avoir un côté délicieux à redécouvrir le faire à manger, mais en bas de l'échelle, ça a posé des problèmes de budget, ça coûte plus cher que la cantine. »

Le chercheur détaille les trois dimensions de la pratique : le plaisir de partager, le côté « artistique » mis en lumière dans « Top Chef » et enfin celle du quotidien, à placer dans la partie des contraintes, surtout en semaine. « Quand on reçoit, les dimensions d'expression de soi et de partage sont alors au premier plan, continue le sociologue. Du point de vue de la convivialité, l'alimentation a de l'importance pour tout le monde. »

L'afflux d'adultes en reconversion dans les écoles

Selon lui, des barrières psychologiques ont sauté ces dernières années. « Auparavant, la figure du grand chef était très intimidante. » La multiplication des émissions dans la veine d'« Un dîner presque parfait », sur M 6 dès 2008, qui met en scène Monsieur et Madame-tout-le-monde, favorise alors la « cuisine loisirs ». En 2020, 83 % des Français ont « pâtissé », selon le Crédoc. Trois points de mieux en un an.

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Un hobby familial. « Souvent, les enfants entraînent les parents en cuisine, note Julie Mathieu. Quoi de mieux en ce moment que de faire un gâteau, de l'offrir et de le partager avec les gens qu'on aime? » « On est dans une sorte d'éducation culinaire des traditions françaises », appuie Guillaume Charles, directeurs des programmes de M 6, qui pointe les audiences de la saison précédente de « Top Chef » qui a réuni, en moyenne, 29 % des 4-14 ans et même 39 % des 25-34 ans.

Cet engouement a eu un effet direct dans les écoles, redorant l'image de la filière de formation. « J'ai pu en mesurer l'impact sur les jeunes générations, indique Bruno De Monte, directeur de la très renommée école Ferrandi, à Paris. Aujourd'hui, en CAP, nous avons des jeunes avec de très bons dossiers scolaires, qui font ce choix, encouragés par leurs parents. Ça, c'est nouveau. »

Nouveau, aussi, l'afflux d'adultes en reconversion. « Il y a dix ans, nos formations adultes intéressaient des salariés déjà en cuisine mais sans diplôme, précise-t-il. Aujourd'hui, 80 % des candidats viennent du tertiaire, des banquiers, journalistes ou médecins. » Entre les Français et la cuisine, la belle histoire d'amour se poursuit et a bien mérité sa place au Panthéon planétaire. Le repas gastronomique des Français n'est-il pas classé au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 2010 ?