Soignants positifs au Covid-19 mais toujours en poste : un «protocole» qui pose question

Plusieurs hôpitaux recourent à cette possibilité afin d’assurer à leurs patients une «continuité de soins». Les syndicats s’indignent.

 Des soignants contaminés continuent de travailler à Nantes, Nice et dans l’Isère (illustration).
Des soignants contaminés continuent de travailler à Nantes, Nice et dans l’Isère (illustration).  LP/Guillaume Georges

Ils travaillent au sein du service réservé aux malades les plus vulnérables. À Nantes (Loire-Atlantique), onze soignants continuaient d'arpenter le service de réanimation médicale du Centre hospitalier universitaire, ce mercredi, après avoir été testés positifs au Covid-19.

La presse régionale rapporte des cas similaires à Nice (Alpes-Maritimes) et dans l'Isère notamment. Difficile, pourtant, de deviner les débuts d'un protocole spécifique, exigé par les autorités sanitaires mais appliqué, dans les faits, à la discrétion de chaque établissement de santé.

Le Haut Conseil de la Santé publique permet en effet de maintenir en poste un soignant infecté, à condition qu'il s'agisse d'un personnel « non remplaçable » et « asymptomatique » et que soit appliqué « un renforcement des mesures de précaution et d'hygiène ».

« Au cas par cas »

« La mise en éviction de nombreux soignants pourrait entraver de manière importante la continuité des soins », justifie-t-il dans un avis daté du 23 mai, tout en insistant sur la nécessité de veiller à ce « que la balance bénéfice/risque ne soit pas défavorable ».

Interrogée sur le détail des critères à respecter, voire à une éventuelle liste imposée, la Direction générale de la santé renvoie vers les termes génériques du Haut Conseil de la Santé publique. « La pertinence des mesures doit être évaluée au cas par cas en lien avec la médecine du travail de l'établissement en fonction de la gravité de la pathologie et/ou de son évolutivité », ajoute-t-elle.

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Olivier Sabin, délégué du personnel CGT au sein du CHU de Nantes, assure qu'aucun dispositif complémentaire n'a été mis en place dans son établissement. « On met les masques, on fait les gestes barrière… Ce sont des choses déjà pratiquées depuis longtemps », tranche-t-il, concédant que les soignants de service de réanimation portent, quoi qu'il arrive, des masques FFP2, très filtrants.

Contactée pour commenter ces propos, la direction de l'hôpital n'a pas pu donner suite dans les délais impartis. Mais dans le Dauphiné Libéré, Isa­belle Per­rin, directrice des soins du CHU de Bour­goin-Jal­lieu, semble confirmer à demi-mot que les éventuels changements de protocole se font a minima.

« Notre protection, c'est le respect strict des gestes barrière et le port du masque systématique, pose-t-elle. On part de toute façon du principe que notre personnel peut être positif sans le savoir. » Les soignants en attente de test restent d'ailleurs en poste jusqu'à l'obtention de leurs résultats. « C'est le seul moyen de pouvoir assurer les soins », argue la dirigeante.

Citée par le quotidien, une note interne à l'établissement entérine le principe qu'en l'absence de symptômes, le soignant contaminé « reprend ou reste en poste en appliquant les gestes barrière renforcés, pas de moments partagés sans masque avec son équipe notamment, et applique les consignes d'isolement renforcé au domicile. »

De la même manière, la politique de maintenir - ou non - les soignants positifs au travail varie d'un établissement à l'autre. En fonction, notamment, des effectifs disponibles. « Cela fait des années qu'on alerte sur le manque de personnel mais non, il faut attendre une épidémie pour s'en rendre compte… », s'insurge Olivier Sabin. Faisant des soignants contaminés les nouveaux symboles, finalement, d'un système de soins en mauvaise santé.