Variant anglais : pourquoi une explosion de l’épidémie en mars est redoutée

Alors que le variant anglais du Covid-19 se diffuse à vive allure sur le territoire, les projections des spécialistes montrent qu’il pourrait devenir majoritaire d’ici trois semaines.

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 Alors qu’il y a un mois, le variant anglais était responsable de 3% des nouvelles contaminations, ce chiffre est passé à 14%, le 27 janvier.
Alors qu’il y a un mois, le variant anglais était responsable de 3% des nouvelles contaminations, ce chiffre est passé à 14%, le 27 janvier. LP/Arnaud Dumontier

Les épidémiologistes le répètent, ce qu'ils espèrent le plus, c'est se tromper. Car leurs projections ont parlé et montrent qu'une nouvelle marée haute des contaminations se profile d'ici quelques jours. Si le variant anglais, 50 % plus contagieux que la souche actuelle, continue de se diffuser au même rythme, il deviendra majoritaire en France début mars.

Alors qu'il y a un mois, il était responsable de 3 % des nouvelles contaminations, ce chiffre est passé à 14 %, le 27 janvier. « Avec les mesures mises en place depuis janvier, le virus que l'on connaît recule de 6 % chaque semaine, mais le nouveau variant lui progresse de 60 % tous les sept jours », relève l'épidémiologiste Philippe Amouyel qui a modélisé, pour le JDD, l'avancée de la nouvelle souche en s'appuyant sur les deux enquêtes flash de Santé publique France.

Pour quelle conséquence sur le nombre de malades ? « Si on fait le calcul, on s'aperçoit que fin février, environ 20 000 patients supplémentaires risquent d'avoir besoin d'être hospitalisés », nous répond ce professeur en santé publique au CHU de Lille, alors que ce chiffre est actuellement de plus de 27 000. Si ce seuil est atteint, on pourrait atteindre un triste record historique en France depuis le début de l'épidémie de Covid-19. Pour rappel, lors de la première vague, 32 292 patients étaient hospitalisés au plus fort de la crise le 14 avril et 33 497 à la mi-novembre.

«Deux épidémies différentes»

« J'ai peur que ce soit le calme avant la tempête », nous indiquait déjà mardi dernier Pascal Crépey, enseignant-chercheur en épidémiologie à l'École des hautes études en santé publique. Certes, aujourd'hui les chiffres de l'épidémie restent stables malgré un plateau élevé avec 20 000 à 26 000 nouvelles contaminations quotidiennes depuis janvier, mais la situation pourrait donc vite se dégrader. « Il faut considérer que nous avons deux épidémies différentes aujourd'hui, avec des taux de reproduction distincts. »

VIDÉO. Comment ce laboratoire parvient à détecter le variant anglais du Covid-19

Alors le temps presse. Pour Pascal Crépey, il ne faut pas attendre pour lutter contre la propagation : « Le feu couve. Mais sa propagation n'est pas inexorable. Il faut juste plus de mesures fortes, mieux suivies et plus efficaces. Ça dépend des décisions politiques, mais aussi des comportements de chacun. Il n'y a pas besoin que le gouvernement décrète un confinement dès aujourd'hui pour limiter ses contacts. » Renaud Piarroux, épidémiologiste et chef du service de parasitologie de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, estime lui aussi qu'il faudra bientôt – encore – serrer la vis : « Qu'on appelle cela un confinement ou autre chose, le problème est de fermer les lieux de transmission actuels, en particulier les lycées, les collèges et peut-être les écoles ».

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Quant à Philippe Amouyel, il opte plutôt pour un couvre-feu renforcé le week-end comme l'a fait la Guyane. Et le bon moment, selon lui, c'est maintenant, lors des vacances scolaires qui ont débuté pour la zone A. « Profitons-en, cette mesure est plus supportable lorsque les gens sont en congés et elle serait d'autant plus efficace que les contacts sont réduits durant les vacances, car les salariés ne sont pas au bureau, les enfants absents des écoles, ce qui permet de faire baisser le niveau de circulation du virus. » L'épidémie n'est pas « encore » hors de contrôle, prévient-il. Mais il appelle à ne pas s'habituer au nombre de morts du Covid-19 : « Aujourd'hui en France, c'est l'équivalent d'un avion de ligne qui s'écrase tous les jours et le problème, c'est que ça ne choque plus personne ».