Vaccins contre le Covid-19 : ces Français à risque qui voudraient être prioritaires

Des associations appellent à accélérer la vaccination des personnes souffrant de certaines maladies graves, tandis que le gouvernement doit composer avec des stocks limités de doses.

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La vaccination devrait s'ouvrir prochainement à d'autres catégories de population. (Illustration)
La vaccination devrait s'ouvrir prochainement à d'autres catégories de population. (Illustration) LP/Olivier Lejeune

Il y a ceux qui en ont le droit, sans forcément le souhaiter, et ceux qui en sont toujours privés alors qu’ils ne demandent que ça. « C’est du grand n’importe quoi ! » tonne Philippe Poncet. Le président de l’association France BPCO (pour bronchopneumopathie chronique obstructive) aimerait être vacciné contre le Covid-19 sans que ce soit pour le moment possible. Comme lui, des millions de Français souhaiteraient que les lignes bougent.

D’après l’Inserm, 3,5 millions de personnes souffriraient de la même maladie des bronches que Philippe. Parmi elles, environ 700 000 sont à risque, dont 160 000 sous assistance respiratoire, selon l’association. Mais la BPCO, tout comme le diabète par exemple, ne fait pas partie des pathologies prioritaires pour pouvoir être vacciné contre cette maladie infectieuse. « Comment expliquer que des patients parmi les plus à risque ne le puissent pas encore », s’emporte le militant.

Plusieurs élargissements de la palette des personnes autorisées ont déjà eu lieu. Pour rappel, au départ le 27 décembre, la campagne de vaccination était réservée aux résidents d’Ehpad et aux soignants vulnérables qui s’occupent d’eux. Une semaine plus tard, ils ont été rejoints par les soignants âgés d’au moins 50 ans ou présentant des comorbidités. Depuis le 18 janvier, les plus de 75 ans ou les personnes souffrant d’une maladie grave et justifiant d’une vaccination « à très haute priorité » (dont la liste a été arrêtée par le ministère de la Santé) peuvent à leur tour accéder à la vaccination. Mais la BPCO n’y figure pas. Avec l’arrivée sur le marché d’AstraZeneca en plus de Pfizer/BioNTech et de Moderna, les professionnels de santé et les aides à domicile peuvent aussi désormais être vaccinés.

Les obèses en attente

Noémie Heinry, vice-présidente de France BPCO, est déjà en attente de sa deuxième injection prévue ce vendredi car elle a « un médecin génial qui n’acceptait pas qu’on ne soit pas dans les prioritaires ». Mais elle aussi plaide pour que ce trouble grave intègre officiellement la liste, aux côtés notamment de l’hypertension artérielle pulmonaire et de certaines maladies auto-immunes. « La BPCO atteint les poumons. Beaucoup de personnes qui en souffrent souhaitent se faire vacciner, mais on n’a toujours pas de réponse », s’émeut-elle.

L’association a sollicité le « Monsieur vaccin » du gouvernement, Alain Fischer. Celui-ci leur a répondu que seules les personnes atteintes d’une BPCO âgées d’au moins 75 ans ou souffrant d’une autre insuffisance d’organes pouvaient être vaccinées pour le moment, conformément au plan défini par le gouvernement. « C’est une forme de tri entre nous et la preuve qu’on n’est clairement pas prioritaire », fulmine Philippe Poncet.

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Les plus de huit millions d’habitants obèses doivent également prendre leur mal en patience. Ils présentent pourtant un profil particulièrement à risque. 40 % des patients admis en réanimation dans un panel d’établissements souffraient d’obésité avec un indice de masse corporelle (IMC) supérieur ou égal à 30, d’après le dernier point épidémiologique hebdomadaire de Santé publique France. « On paye le prix très cher alors qu’on a encore aucune information pour notre vaccination », se désole Anne-Sophie Joly, présidente du CNAO (Collectif national des associations d’obèses).

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Là aussi, à moins d’être âgé d’au moins 75 ans, il faudra attendre qu’AstraZeneca soit « ouvert » aux non soignants. Dans les cabinets médicaux, cela concernera d’abord les 50-64 ans soufrant de comorbidités à partir du 25 février. Mais il n’y en aura pas pour tout le monde dans un premier temps puisque « les volumes disponibles augmenteront très progressivement à compter du mois de mars, dans des proportions encore à préciser », a indiqué la Direction générale de la Santé dans une note transmise aux médecins vendredi 12 février.

« Je suis à la fois trop jeune et trop vieux »

« Il faut que toutes les personnes obèses qui le souhaitent puissent se faire vacciner, mais que l‘Etat ne donne surtout pas de faux espoirs », plaide d’ailleurs Annick Contiero, passée en douze ans de 300 à 90 kg pour 1m70. Ce n’est pourtant pas pour elle que cette Montpelliéraine le demande puisqu’elle ne compte pas se faire piquer. « Je fais confiance aux scientifiques, mais j’attends qu’on ait davantage de recul », dit-elle, sceptique comme une petite moitié de la population d’après les sondages. Lundi soir, le Collectif Schizophrénies a aussi indiqué sur Twitter qu’Alain Fisher recommanderait désormais d’accorder un accès prioritaire aux personnes atteintes de schizophrénie. Il s’agit seulement d’une note transmise pour avis à la Haute autorité de Santé, tempère l’entourage de l’immunologue.

Si le gouvernement a été contraint de définir certaines maladies prioritaires et pas d’autres, ce n’est pas par envie de faire un « tri » mais surtout par contrainte en raison d’un manque de vaccins, plaide-t-on. Les retards de livraisons de Pfizer, de Moderna puis d’AstraZeneca, annoncé fin janvier puis début février, avaient déjà conduit au report, voire à l’annulation, de nombreux rendez-vous.

Désormais, l’objectif est d’avoir proposé au moins une dose de vaccin à toutes les personnes vulnérables qui le souhaitent d’ici fin avril. Mais elles n’auront accès qu’à AstraZeneca dans un premier temps. Les vaccins à ARNm resteront en effet réservés aux individus actuellement éligibles, à savoir ceux âgés d’au moins 75 ans et ceux sur la liste « très à risque ».

Pour ces 8 millions de personnes, « on peut penser qu’elles auront été vaccinées (au moins avec une première dose) d’ici la fin mars », a indiqué Alain Fischer lundi. Pfizer et Moderna devraient ensuite profiter aux 65-74 ans pour qui AstraZeneca n’est pas recommandé. Ce dont se désole Michel, Parisien depuis une vingtaine d’années : « J’ai 73 ans, je suis à la fois trop jeune pour un vaccin et trop vieux pour l’autre. Comment puis-je faire ? »