Vaccins anti-Covid : pourquoi le délai entre les deux doses est maintenu à 3 ou 4 semaines

Ce mardi, le ministre de la Santé a exclu d’espacer la seconde injection de Pfizer et de Moderna à six semaines, par «sécurité». Certains scientifiques le demandaient pour accélérer la vaccination en France.

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 «On ne connaît pas les conséquences», plaide le «Monsieur vaccin», Alain Fischer, après le refus du gouvernement d’allonger le délai entre les deux doses. (Illustration)
«On ne connaît pas les conséquences», plaide le «Monsieur vaccin», Alain Fischer, après le refus du gouvernement d’allonger le délai entre les deux doses. (Illustration) LP/Arnaud Journois

Vacciner mieux quitte à vacciner moins. C'est la stratégie retenue par le gouvernement, qui a annoncé ce mardi que le délai entre les deux injections sera finalement maintenu à trois semaines. Alors que la reprise épidémique et la menace des variants inquiètent, la question s'était posée de décaler à six semaines le rappel du vaccin Pfizer et Moderna, indispensable pour être totalement protégé contre une forme grave du Covid. Ce calendrier plus souple devait permettre de récupérer plus de premières doses et donc d'immuniser un maximum de Français, le plus vite possible bien que partiellement.

« Mais je note une absence de consensus scientifique, a déclaré le ministre de la Santé, Olivier Véran. On maintient donc ce délai de 21 à 28 jours. » Pour les résidents d'Ehpad, il sera de trois semaines maximum.

Comment le gouvernement justifie-t-il cette décision ?

Parce qu'il a fait le choix de la « sécurité » face à des experts divisés sur le sujet. D'un côté, ceux qui y sont favorables argumentent que si on veut vacciner davantage, il faut reporter la deuxième dose de quelques semaines. Oui mais voilà, d'autres voix s'élèvent pour mettre en garde : ce décalage, disent-ils, n'est pas sans risque. Pfizer prévoit normalement un délai de trois semaines entre les deux injections, quatre pour Moderna. Changer la règle pourrait avoir un impact.

« On ne connaît pas les conséquences de cet espacement jusqu'à 42 jours », avance le « Monsieur vaccin » Alain Fischer, d'autant que les personnes âgées et malades, prioritaires dans cette campagne, ont déjà un système immunitaire plus fragile. Des données préliminaires publiées par Israël sonnent comme une alerte. Elles montrent que les plus de 60 ans qui n'ont pas encore eu leur rappel, appelés « primo-vaccinants », ne sont protégés qu'à 33%. « C'est une déception, reconnaît Alain Fischer car cette protection était de 50% dans les essais cliniques de Pfizer et Moderna. » Enfin, de façon plus pratique, « plus le délai est long, plus le risque d'oublier son rendez-vous est grand », a rappelé le ministre de la Santé.

Qu'en disent les autorités sanitaires ?

Le 7 janvier, l'Agence du médicament (ANSM) précisait : « Le délai d'administration de la seconde dose peut-être envisagé entre 21 et 42 jours au vu des circonstances actuelles spécifiques. » La Haute autorité de santé (HAS), dès ce week-end, plaidait en faveur d'un allongement du délai entre les deux injections, cette stratégie permettant d'immuniser 700 000 primo-vaccinants supplémentaires dès le premier mois. « On fait des recommandations, le gouvernement peut nous suivre ou non », nous précise la HAS.

Mais pour le ministère de la Santé, ce rattrapage, qu'il soit à 20 ou 40 jours, devra de toute façon avoir lieu, autrement dit l'augmentation du nombre d'immunisés sera relative. « Si on avait allongé à six semaines, on n'aurait pas gagné tant que cela en capacité. Le bénéfice aurait été insuffisant par rapport au risque. »

Pourquoi le Royaume-Uni a-t-il fait le choix d'allonger les délais ?

En plus du Québec et du Danemark, le Royaume-Uni, lui, a décidé d'espacer les doses jusqu'à 12 semaines. « Clairement, ils ont choisi de prendre ce risque car leur premier objectif, c'est de contrer l'explosion épidémique due au variant, explique Christine Rouzioux, professeure en virologie. Et puis cela leur permet de dire : On l'a fait, on a vacciné même si les gens n'ont reçu qu'une dose. » Mais en France, qui ne connaît pour l'heure pas de flambée épidémique, il vaut mieux ne pas se précipiter, selon la virologue, et « ne pas se contenter d'une immunité modeste ».

De plus, alors que Pfizer enchaîne les retards sur ses livraisons, conserver le même calendrier de départ, comme le recommande l'industriel, est une « manière de lui forcer la main ». « Comme eux disent : Il faut trois semaines entre les injections, ils ne pourront pas nous reprocher d'avoir espacé les doses mais nous, on pourra les attaquer sur leurs promesses non tenues. » Attention cependant, si les problèmes de livraison se répétaient, « rien ne dit qu'il ne faudra pas reporter la seconde injection à quatre puis cinq semaines », prévient Roger Salamon, professeur en épidémiologie et ancien président du Haut conseil de la santé publique.

Une chose est sûre, sur le terrain, les tensions d'approvisionnement inquiètent. « On a dû arrêter les premières doses pour sécuriser les secondes, raconte Clotilde Latarche, médecin épidémiologiste au CHU de Nancy (Meurthe-et-Moselle). Et maintenant l'institut Pasteur qui renonce à son vaccin, AstraZeneca en retard … On a l'impression d'aller de mauvaise nouvelle en mauvaise nouvelle. »

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VIDÉO. Vaccin : le délai entre les deux doses du Pfizer maintenu à «3 ou 4 semaines», annonce Véran