Vaccin AstraZeneca : pourquoi il n’est pas (encore) recommandé aux plus de 65 ans

La Haute Autorité de santé a donné son accord ce mardi à l’utilisation du produit pour la vaccination en France. Sauf pour les plus de 65 ans. Explications.

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 Les 400 000 premières doses d’AstraZeneca devraient arriver à partir de dimanche.
Les 400 000 premières doses d’AstraZeneca devraient arriver à partir de dimanche. REUTERS/pool/Joe Giddens

0,10 % de Français vaccinés, fermeture de centres faute de doses, retards de livraison… Face à toutes ces inquiétudes, et alors même que le vaccin AstraZeneca, le troisième autorisé en Europe, n'est finalement pas recommandé pour les plus de 65 ans, le président a pris la parole, lors d'une intervention surprise ce mardi soir sur TF 1 et promis un « vaccin contre le Covid à tous les Français qui le souhaitent » d'ici la fin de l'été. Il a aussi estimé que, « début mars », 80 % des pensionnaires des Ehpad qui le veulent, auront été immunisés, ce qui correspond à 500 000 personnes. En attendant, les 400 000 premières doses d'AstraZeneca devraient arriver à partir de dimanche. Mais l'avis de la Haute autorité de santé (HAS) pourrait rebattre les cartes de la stratégie.

Pourquoi cet avis de la HAS ?

Tout simplement parce que lors des essais cliniques, menés dans plusieurs pays, le vaccin d'AstraZeneca a été très peu testé chez les plus de 65 ans, ce qui n'a pas permis de mesurer son efficacité dans cette population. « On manque de données », précise sa présidente Dominique Le Guludec. La Haute autorité a donc suivi l'Allemagne mais a choisi d'aller contre l'agence européenne des médicaments (EMA). En effet, le 29 janvier, elle avait approuvé l'utilisation de ce vaccin dans les 27 pays à toute personne de plus de 18 ans. A ce sujet, Dominique Le Guludec met les choses au clair : « Je rappelle les rôles respectifs. L'EMA donne une autorisation de mise sur le marché, elle dit oui ou non mais la stratégie est évaluée par les agences de chaque pays ».

Qui sera prioritaire ?

Dix-sept millions de personnes en plus. D'abord, quatre millions de professionnels de santé parce qu'ils sont en première ligne et particulièrement exposés au Covid. Ensuite, les 50-64 ans, soit 13 millions de personnes, en donnant la priorité à ceux qui ont des comorbidités. Comme ce vaccin est plus facile à manier, les pharmaciens et les sages-femmes vont pouvoir l'administrer, en plus des infirmiers et des médecins. Contrairement aux Pfizer et Moderna, l'AstraZeneca peut se conserver dans des réfrigérateurs classiques là ou les deux premiers doivent être stockés dans des superfrigos, respectivement à -70 et -20 degrés. Ensuite, le délai est plus souple entre les deux doses, de l'ordre de neuf à douze semaines.

Cet avis change-t-il la stratégie ?

Oui, puisque le gouvernement a tablé sur la vaccination des plus fragiles, les résidents en Ehpad et les plus de 75 ans, davantage à risque de faire des formes graves du Covid. Et l'antidote d'AstraZeneca devait permettre d'accélérer la campagne en France et de protéger massivement nos aînés. Mais pour Morgane Bomsel, virologue et chercheuse au CNRS à l'Institut Cochin à Paris, la stratégie du gouvernement n'est pas vraiment remise en cause, elle sera double : « On va continuer à vacciner les plus âgés et en parallèle, un second groupe, plus jeune, recevra les injections d'AstraZeneca ». Finalement, cet avis fait bien les choses, selon elle : « Non seulement, ce sera plus simple, les gens n'auront pas à choisir entre plusieurs vaccins, il leur sera proposé en fonction de leur âge et en plus, ce n'est pas une mauvaise idée d'immuniser ceux qui sont le plus à même de transmettre le virus aux personnes fragiles ».

La vaccination des personnes âgées va-t-elle être retardée ?

« Sans doute, craint l'immunologiste Jacqueline Marvel. C'est un peu dommage qu'on ne puisse pas le donner aux plus de 65 ans, reconnaît-elle, tout en tempérant son propos. En même temps, les vaccins ARN sont plus efficaces donc c'est aussi le choix que j'aurais fait ». En effet, les injections Pfizer et Moderna le sont à 95 % contre 62 à 70 %, selon les études, pour AstraZeneca. De plus, les livraisons de Pfizer devraient être bien plus importantes : 5 millions en février, 9 en mars, plus de 19 en avril contre 2,5, 5,8 et 10 pour AstraZeneca, en raison de retards d'acheminement, décriés par l'Union européenne. De quoi nuancer les craintes. Ce mardi, Emmanuel Macron a d'ailleurs déclaré : « Nous allons sécuriser 2,3 milliards de vaccins en Europe. Nous espérons faire encore plus ». Le chef de l'Etat a également annoncé l'ouverture de quatre sites de production en France dès fin février. Trois sont des sous-traitants français qui participeront à la création de vaccins élaborés par d'autres laboratoires : Delpharm (Pfizer/BioNTech), Recipharm (Moderna) et Fareva (CureVac). Le dernier site appartient au laboratoire français Sanofi qui élabore son propre vaccin mais a pris plusieurs mois de retard.

L'avis peut-il évoluer ?

Oui. D'ailleurs une étude menée actuellement aux Etats-Unis donnera des réponses sur l'efficacité de ce nouveau vaccin chez les plus de 65 ans. D'autre part, d'autres sont attendus prochainement. « Les nouvelles sont très bonnes, s'enthousiasme Jacqueline Marvel. Les résultats des essais de phase 3 de Novavax et de Janssen sont tombés en fin de semaine dernière et leur taux de protection sont très bons. Le dernier est particulièrement prometteur car il se fait en une dose. Ils devraient être mis sur le marché d'ici un mois, il n'y a donc pas de raison de s'inquiéter ». La Haute autorité de santé a également rappelé que la campagne allait s'accélérer au fil des mois.