Vaccin anti-Covid : y aura-t-il assez de doses pour tout le monde ?

La décision de s’en tenir à trois semaines entre les deux injections ainsi que d’importants retards dans les livraisons du laboratoire AstraZeneca mettent en péril le calendrier vaccinal du gouvernement.

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 D’ici à fin février, 1,55 million de personnes devraient avoir reçu leurs deux piqûres de Pfizer ou Moderna et 1,5 million seulement la première.
D’ici à fin février, 1,55 million de personnes devraient avoir reçu leurs deux piqûres de Pfizer ou Moderna et 1,5 million seulement la première. LP/Arnaud Dumontier

« Il n'y a pas de miracle. À partir du 8 février, il y aura beaucoup plus de deuxièmes injections que de premières. » Le ministère de la Santé prépare les esprits à un mois d'incertitude concernant la vaccination. La décision de ne pas espacer les deux injections et la pénurie de doses disponibles vont contraindre la France à avancer à pas feutrés sur le terrain de l'immunité.

La conséquence directe de l'option prise par le ministre de la Santé Olivier Véran, à l'encontre de l'avis de la Haute Autorité de santé et de l'Agence nationale de sécurité du médicament, va être la priorité donnée aux deuxièmes doses parmi les 800 000 actuellement en stock et celles qui seront reçues dans les prochaines semaines. Une stratégie conforme à celle prévue initialement par la France et qui consiste à prendre le second rendez-vous en même temps que le premier ou au moment de la piqûre dans certains centres de vaccination.

Sur le terrain, la consigne a été passée de privilégier le respect du calendrier vaccinal, ce qui a occasionnellement conduit à annuler des premières injections pour privilégier des personnes qui avaient reçu la première dose en oubliant de caler le deuxième rendez-vous. Après des atermoiements au lancement, le ministère de la Santé se veut plutôt rassurant sur la capacité générale à honorer les rendez-vous pris mais admet qu'il « a pu y avoir du surbooking dans quelques départements ».

Des listes d'attente pour fluidifier les opérations

« Dans ce cas, la consigne nationale est de reporter, pas d'annuler », est-il précisé par l'instance, qui envisage de mettre en place un système de liste d'attente pour fluidifier les opérations. Le nombre de personnes éligibles à une deuxième dose reste faible aujourd'hui au vu du démarrage très lent des premiers jours de la campagne de vaccination. Pour une semaine encore, le rythme des premières injections va rester soutenu, avant de consacrer la majorité des capacités à la finalisation de l'immunisation.

Les créneaux ouverts aux plus de 75 ans ajoutés quotidiennement sur une période de quatre semaines seront donc rares. D'ici à fin février, le ministère de la Santé table sur 4,6 millions de doses injectées : 1,55 million de personnes devraient avoir reçu leurs deux piqûres de Pfizer ou Moderna et 1,5 million seulement la première.

La bonne nouvelle concerne les Ehpad, jugés extrêmement prioritaires au vu des clusters qui y sont nés depuis le début de l'épidémie. La première partie de la campagne vaccinale doit être achevée autour du 6 février, avec 448 000 personnes concernées, soit un taux d'adhésion proche de 75 % selon le ministère de la Santé. Le britannique AstraZeneca n'offrira pour le moment pas le levier de croissance espéré.

130 millions de doses attendues d'ici à fin août

En attendant une autorisation de mise sur le marché début février qui devra notamment préciser l'efficacité de ce vaccin sur les personnes de plus de 65 ans, brièvement remise en cause en Allemagne, la France et l'Union européenne s'agacent des retards. Ce mardi, le ministère de la Santé a officialisé l'ampleur des dégâts : seulement 4,6 millions de doses attendues seront disponibles d'ici à fin mars, « 26 % des 17,5 millions de doses prévues à la commande ». Soit un manque à livrer de 13 millions de doses.

Dès décembre, la firme avait annoncé qu'elle ne serait en mesure de délivrer que 10 millions de doses au premier trimestre. Cette lenteur a déclenché « une très grande déception » au ministère de la Santé : « L'entreprise aurait dû démarrer la production dès décembre pour mettre en stock des vaccins et les délivrer dès l'obtention de l'AMM ».

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Malgré ces obstacles, Olivier Véran maintient le cap d'une campagne bouclée avant la fin de l'été, avec « 130 millions de doses attendues d'ici à fin août ». A deux conditions qui planent comme des menaces de plus en plus sérieuses : « que les vaccins soient validés et que les livraisons suivent ».