Vacances rallongées, télétravail intégral, cantines fermées... les leviers pour éviter le reconfinement

Si le reconfinement semble tenir la corde pour endiguer l’épidémie, d’autres mesures existent, soufflées par le Conseil scientifique. Morceaux choisis.

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 Les salariés en télétravail souffrant d’isolement ont la possibilité de retourner au bureau une fois par semaine. Faut-il revenir sur cette disposition ?
Les salariés en télétravail souffrant d’isolement ont la possibilité de retourner au bureau une fois par semaine. Faut-il revenir sur cette disposition ?  LP/Aurélie Ladet

En matière de stratégie française, le Conseil scientifique donne souvent le « la », même si Emmanuel Macron a souvent ajouté une touche politique aux mesures les plus symboliques en 2020. La sortie de Jean-François Delfraissy, président de cette instance créée pour guider le gouvernement, dimanche sur BFMTV, a permis d'en savoir plus sur certaines des pistes explorées pour tenter de contenir l'épidémie. Il a prévenu qu'il faudrait « probablement aller vers un confinement »… mais a aussi évoqué d'autres pistes, moins dures, mais plus ténues.

Rallonger les vacances d'hiver

« On peut adapter les vacances scolaires : ce n'est pas remettre en cause l'ouverture des écoles, c'est admettre qu'on peut avoir des vacances scolaires d'une semaine de plus, peut-être en les regroupant », a estimé Jean-François Delfraissy. En clair, février serait un mois « sans école ».

Au ministère de l'Education nationale, pas question de confirmer quelque piste que ce soit. Mais plusieurs « leviers sont sur la table », indique l'entourage de Jean-Michel Blanquer. Parmi eux, la fermeture des cantines ou l'augmentation de l'hybridation dans les collèges.

Et les vacances rallongées ? « Pour faire quoi ? Envoyer les enfants en colo ? Cela n'a pas de sens. Il faut coupler à un autre dispositif empêchant les brassages », commente-t-on rue de Grenelle, où l'on rappelle que le ministre est « viscéralement attaché au temps scolaire ». Une hypothèse serait aussi, en cas de rallonge des congés d'hiver, de faire de l'école à la maison ou des cours à distance durant la troisième semaine. En tout cas, limiter la présence en classe.

Du côté des parents d'élèves, on s'inquiète. « Cela fait trop de temps sans relation sociale pour des enfants, et des effets psychologiques qui s'accumulent », regrette Hubert Salaün, président de la fédération de parents Peep. Pourtant, l'épidémiologiste Mircea Sofoena juge « utile » ce possible levier. « On sait que les vacances coupent l'épidémie, on l'a vu l'an dernier. Et ce, à moindre coût, puisque, à part sur la troisième semaine, les familles se sont organisées pour gérer les enfants. »

Revenir au télétravail intégral

En autorisant le retour dans les entreprises un jour par semaine pour les volontaires, le gouvernement a répondu à un besoin psychique comme elle l'indiquait début janvier : « Plus de la moitié des salariés en télétravail disent souffrir d'isolement. » Ce virage, bien vu par les syndicats, se heurte à l'étude de l'Institut Pasteur publiée en décembre : plus d'un quart des contaminations identifiées en dehors du foyer provenaient du milieu professionnel (28,1 %). Dans le détail, la plupart des transmissions se font en open space ou au moment de la restauration.

On observe aussi une application très variable d'une entreprise à l'autre. « Chez moi, je demande à tout le monde de venir, mais on dispose de 40 m2 par salarié en moyenne et on mange très écartés en nettoyant l'espace, parce qu'on n'a pas envie d'être malade, observe un patron de BTP lyonnaise. C'est différent d'immeubles de bureaux que je construis où on compte 6 m2 de moyenne par personne. Difficile de faire une règle unique. »

Confiner les personnes à risques

Le professeur Delfraissy a incité « les personnes âgées les plus fragiles à aller vers une forme d'auto-isolement volontaire » pour les deux prochains mois, alors que la moitié des décès frappent les plus de 85 ans. Reste que le ministre de la Santé a déjà indiqué qu'il s'y refusait, pour l'instant, « pour des raisons de faisabilité et de solidarité entre générations ».

Alors que la campagne de vaccination a franchi le cap du million de premières injections, les associations de personnes âgées se disent méfiantes, face à toute mesure qui relèverait de « l'âgisme », comme le relève Pascal Champvert, président de l'association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA) : « Ne reconfiner autoritairement que les personnes à risques, c'est non. Il est en revanche entendable de conseiller aux personnes âgées qu'elles soient plus vigilantes. Mais il faudra que, dans trois semaines, on laisse plus de libertés à celles qui seront vaccinées. »

Confiner juste le week-end

Objectif de cette idée déjà évoquée l'an dernier : éviter les déplacements « loisir » entre régions et limiter les contacts familiaux, avec des conséquences économiques limitées. Les données de mobilité récoltées par Google et que nous avons passées au crible donnent une idée du coup de frein potentiel.

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Au printemps, dans la version dure du confinement, les Français avaient passé 21 % de temps en plus chez eux le week-end par rapport à un week-end pré-Covid de février (nuits comprises). Mi-novembre, lors du deuxième épisode, le temps passé chez soi n'augmentait plus que de 15 %. Sous couvre-feu, le week-end du 16 janvier, les utilisateurs de mobiles Android passaient « seulement » 8 % de temps en plus à leur domicile qu'un week-end de février 2020. Pas suffisant, juge Mircea Sofeana : « Deux jours confinés sur sept, c'est beaucoup trop léger. L'inverse serait plus efficace. »