Une maman en guerre contre les charlatans de l’autisme

Olivia Cattan, dont le fils Ruben est autiste, publie une enquête intitulée « le Livre noir de l’autisme » sur les marchands d’espoir qui promettent à tort une « guérison » à coup de régimes en tous genres, de compléments alimentaires, de détox au chlore.

 Olivia Cattan alerte sur le manque de médecins spécialistes de l’autisme.
Olivia Cattan alerte sur le manque de médecins spécialistes de l’autisme. LP/Guillaume Georges

Olivia Cattan ne sait que trop bien à quel point ils sont attrayants. Elle-même en a testé pour son fils Ruben : des régimes sans gluten, sans caséine, des cures d'Oméga 3. Qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour apaiser la colère débordante de son petit garçon autiste, aujourd'hui adolescent ? Pour s'éviter une côte cassée ou que lui-même ne se fasse mal ? Pourquoi douter quand c'est une médecin aux propos si bienveillants qui vous les conseillent, et qu'elle vous fait rencontrer la crème de la crème, dont le Prix Nobel Luc Montagnier ? A l'époque, Olivia Cattan ne savait pas que la première serait radiée de l'Ordre des médecins, que le second serait contesté par ses pairs pour ses propos controversés sur l'autisme.

Des « thérapies » vendues sous le manteau

C'est justement parce qu'elle a été directement concernée que cette militante de 52 ans, fondatrice de SOS autisme, a repris son ancienne casquette de journaliste, pour mener l'enquête. Son « Livre noir de l'autisme » s'appuie sur des mois de fouilles minutieuses, d'entretiens musclés, un recueil de témoignages de parents, comme Suzanne, ou Estelle. « Noir » son ouvrage l'est, tant il dénonce des pratiques à peine croyables : des « thérapies » en tout genre vendues sous le manteau à prix d'or et auxquelles le Parisien-Aujourd'hui-en-France avait consacré sa Une en avril 2019. Leur promotion est faite sur des groupes fermés Facebook, dans des réunions d'appartements, ou dans des cabinets de médecin peu scrupuleux.

Ce sont des « cures » d'antibiotiques prescrites des mois durant, des médicaments détournés de leur usage comme la naltrexone - donnée normalement pour traiter l'alcoolisme chronique - des « extracteurs » de métaux lourds, des aiguilles introduites dans l'oreille, des détox au chlore ou à la javel, des régimes à base de graine, sans sucre ni levure, sans gluten et globalement sans plus rien ! « Ces dix dernières années, tous ces « traitements alternatifs » se sont propagés à la vitesse de la lumière, dans le silence complice ou l'indifférence de nos gouvernants », fustige Olivia Cattan, évoquant ces enfants ou jeunes adultes « cobayes malgré eux ».

L'Agence du médicament saisit le procureur

Et pourtant, grâce à ces témoignages, les choses bougent. Mi-septembre, l'Agence du médicament (ANSM) a enfin alerté sur des « prescriptions dangereuses ». L'autorité de santé vient juste de saisir la justice. Dans la foulée, l'Ordre des médecins a annoncé au média spécialisé Egora qu'il engagerait une procédure à l'encontre d'une cinquantaine de professionnels de santé.

Reste que si ces méthodes charlatanesques fleurissent, c'est avant tout parce qu'un vide dans la prise en charge persiste. « C'est parce qu'il n'y a pas assez de médecins spécialistes de l'autisme que des parents préfèrent se tourner vers autre chose », écrit la maman de Ruben, ce jeune homme qui « s'émerveille des couleurs de l'automne ». En France, 700 000 personnes vivent avec un trouble de l'autisme.

« Le Livre noir de l'autisme », d'Olivia Cattan. Ed Le Cherche Midi, 280 pages, 19 euros.