Tests de dépistage du Covid-19 : les raisons du grand embouteillage

Réussir à trouver vite un rendez-vous pour se faire dépister relève d’une véritable gageure. Comment contenir cet engorgement massif ? Une réunion des autorités de santé est prévue d’ici la fin de la semaine.

 Selon les dernières données de Santé publique France, le nombre de tests est passé de 333 000 à 377 000 en une semaine.
Selon les dernières données de Santé publique France, le nombre de tests est passé de 333 000 à 377 000 en une semaine. AFP/Jean-François Monier

Sur les trottoirs, les files d'attente ne cessent de s'allonger. Et les labos, débordés, croulent sous la demande. Tous s'interrogent : ont-ils le coronavirus? Certains patients, inquiets, ont des symptômes, d'autres veulent s'assurer qu'ils ne l'ont pas avant les vacances et enfin une partie n'a pas le choix.

Pour s'envoler aux Bahamas, en Guadeloupe ou à Dubaï, il faut montrer patte blanche, et donc un test virologique négatif, 72 heures avant l'embarquement. Sans compter les « bons de dépistage », mis au service de la population qui rajoute à cet embouteillage. Rien qu'en Ile-de-France, 1,3 million ont été envoyés.

Prendre rendez-vous ? Là aussi c'est le parcours du combattant. « On a appelé quinze labos et zéro dispo », dénonce, sur Twitter, un internaute, inquiet pour son père suspecté d'avoir le Covid-19. Finalement, l'un d'eux leur propose un rendez-vous dans une semaine. « On fait quoi en attendant ? », interroge-t-il.

Urgence à trouver une solution

Selon les dernières données de Santé publique France, le nombre de tests est passé de 333 000 à 377 000 en une semaine. « Il y a deux mois, j'avais prévenu que si des milliers de personnes se faisaient dépister au même moment, ça poserait problème, s'emporte François Blanchecotte, président national du syndicat des biologistes. Devant ma porte, il y a 160 patients par jour. »

Pour lui, le frein ne vient pas de la capacité à tester. D'ailleurs, la France peut en réaliser jusqu'à 700 000 par semaine, a rappelé Emmanuel Macron, le 14 juillet. Mais « il y a un temps incompressible de prélèvements et de nettoyage des salles pour respecter les conditions de sécurité ». Sans oublier les prélèvements des autres patients : diabétiques, femmes enceintes, malades du cancer… La charge de travail est immense alors même qu'une « grande partie des employés est partie en vacances après quatre mois de crise », précise-t-il.

Et l'annonce du chef de l'Etat ne risque pas d'arranger la donne. Bientôt, tout le monde pourra se faire tester sans ordonnance en cas « de doute, de crainte ». Résultat, il y a urgence à trouver une solution. « On va demander au ministère de la Santé de l'aide sur la partie administrative, cela nous prend trop de temps », poursuit François Blanchecotte. L'idée, c'est que les patients remplissent leur fiche de renseignements sur Internet et non plus au labo. Autre cause de cet engorgement, certains viennent tous les quinze jours vérifier qu'ils n'ont pas le Covid-19. « Ça n'a pas de sens ! », dit-il, invitant ceux qui ont des symptômes à se faire dépister en priorité. Sinon « on sera à genoux ! ».

« Il y a un problème d'accès aux tests »

Le président du conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, le reconnaît : « Il y a un problème d'accès aux tests, les délais d'attente dans certaines régions sont trop longs, cela risque de s'accélérer avec la fermeture des cabinets médicaux durant les vacances. » Il a fait lui-même le test en appelant « un gros labo parisien ». Résultat, pas de rendez-vous possible « avant 4 à 5 jours ». « Ce problème, je ne l'ai pas suffisamment perçu au départ », admet-il, craignant que des cas suspects renoncent à se rendre en labo, faute de place. Pour y remédier, une réunion est prévue en fin de semaine avec les autorités.

Pourquoi ne pas privilégier les tests salivaires, bien plus rapide? « Ils ne sont pas validés, poursuit Jean-François Delfraissy. Leur sensibilité n'est pas suffisante. » A l'inverse, alors même que les labos sont pris d'assaut, certains malades, surtout jeunes, ne vont pas se faire dépister. « Si le test est positif, ils ont peur de devoir rester chez eux et de perdre leur travail, ce que je peux comprendre. D'autres estiment qu'il n'y a pas de risque pour eux-mêmes. » Or, personne n'est à l'abri, rappelle le médecin. « Nous avons notre destin en main pour les prochaines semaines, on ne peut pas tout attendre de l'Etat. » Si l'épidémie revient cet été, ce sera, explique-t-il, à cause de nos comportements.

Ce refus d'être testé a également interpellé Jean-Paul Hamon. « Bien souvent, ce sont des gens précaires. Ils craignent d'être arrêtés, en cas de Covid-19, et de perdre une partie de leur salaire, analyse le président d'honneur de la Fédération des médecins de France. Les agences régionales de santé devraient se pencher sur cette question. Il y a un problème social. »

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