Syndrome du «cœur brisé» : «Le stress du Covid-19 fait augmenter le nombre de cas»

Le Takotsubo, du nom d’un vase japonais, est une maladie peu connue, qui peut pourtant s’avérer très grave. Le cœur gonfle et ne se contracte plus. Spécialiste, la cardiologue Claire Mounier-Véhier alerte.

 Le Takotsubo «peut se produire après une grande émotion, positive ou négative», explique la professeure Claire Mounier-Véhier. (Illustration)
Le Takotsubo «peut se produire après une grande émotion, positive ou négative», explique la professeure Claire Mounier-Véhier. (Illustration) Pixabay/1388843

La professeure Claire Mounier-Véhier répond en pédalant sur son vélo d'appartement. Eliminer le stress fait partie de la prévention contre le Takotsubo, une maladie atypique contre laquelle la cardiologue du CHU de Lille (Nord) et cofondatrice d'Agir pour les cœur des femmes alerte. 1400 patients sont concernés chaque année. Mais avec le Covid-19, le nombre de « cœurs brisés » augmente.

Comment notre cœur peut-il se «briser» ?

CLAIRE MOUNIER-VÉHIER. Par une décharge brutale d'hormones de stress. Cela peut se produire après une grande émotion, positive ou négative – chagrin d'amour, deuil, annonce d'un cancer ou à l'inverse gain au loto. Le cœur, paralysé par cette décharge est sidéré, il n'est plus capable de se contracter.

Ce n'est pas un infarctus ?

Non, même s'ils ont longtemps été confondus. Ce sont les Japonais qui ont découvert la maladie dans les années 1990 et l'ont nommée Takotsubo, car le cœur prend la forme de cette amphore, sorte de piège à poulpes. Le risque va jusqu'à la mort subite, mais il s'agit souvent d'une insuffisance cardiaque aiguë. Dans 90 % des cas, on récupère après une hospitalisation, un traitement et une rééducation par un kiné du cœur. Au moindre doute, il faut appeler le 15.

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Quels sont les symptômes ?

Une douleur en étau dans la poitrine qui dure plus de dix minutes, se déplace dans la mâchoire, dans le bras. L'envie de vomir qui monte, le cœur qui s'emballe, l'impression que l'on s'en va.

Syndrome du «cœur brisé» : «Le stress du Covid-19 fait augmenter le nombre de cas»

Qui est concerné ?

Neuf fois sur dix, des femmes. Principalement ménopausées, car avant, les œstrogènes protègent le cœur des émotions. Mais on a des profils très jeunes. Ce sont les personnalités anxieuses, hyperempathiques. Je suis moi-même la candidate idéale au Takotsubo ! Cela va des femmes en grande précarité à la cadre sup qui aura toujours plus à prouver qu'un homme. Le stress du Covid, le télétravail, la sédentarité qui nous bouffe, font augmenter le nombre de cas. Selon une étude américaine, ils ont été multipliés par 4,58. Dans mon CHU on est passé d'un à deux, voire trois par mois.

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Peut-on le prévenir ?

Oui. L'activité physique – ne serait-ce que monter les escaliers - est un bon médicament contre le stress. Au quotidien, il faut écouter son corps, couper par des siestes flash, éloigner le portable quelques minutes. Il y a de bons tutos Internet sur la cohérence cardiaque. Moi, je dis sans honte à mes patientes que j'ai parfois besoin de cinq minutes pour mieux repartir.