Reconfinement : peut-on encore y échapper ?

Alors que les indicateurs virent au rouge, le gouvernement doit décider s’il faut se résigner dès maintenant à des mesures aux conséquences très lourdes ou donner des coups de freins moins violents.

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 Un troisième confinement serait un coup dur pour le moral des Français et l’économie du pays.
Un troisième confinement serait un coup dur pour le moral des Français et l’économie du pays.  LP/Jean-Baptiste Quentin

Les jours passent et le faux plat montant sur lequel s'est engagée l'épidémie de Covid-19 continue d'assombrir les perspectives. Pendant que la France chauffe à petit feu, les voisins européens brûlent à grandes flammes, attisées par le variant anglais. De quoi renforcer l'inquiétude des prévisionnistes de la crise sanitaire.

« L'équation est simple : si les gens bougent moins, ils croisent moins de gens, donc ils se contaminent moins, explique l'épidémiologiste Catherine Hill. Il faut confiner le plus tôt et le plus fortement possible, en testant massivement et en isolant ceux qui sont positifs. »

Malgré ces signaux d'alerte, largement émis par la communauté scientifique, la France n'est pas claquemurée. Pas encore. C'est peut-être une question de jours, mais les autorités, tout en préparant les esprits, font le maximum pour éviter un grand saut vers les profondeurs, sur le plan du moral des Français, comme sur le terrain économique, avec un coût estimé cet automne à 15 milliards d'euros par mois rien qu'en aides directes de l'Etat.

« Tout est fait pour éviter le reconfinement. L'objectif de cohérence, c'est de laisser les quinze jours d'effets au couvre-feu et d'appréhender toutes les données épidémiques et les variants pour prendre, le cas échéant, les décisions », indiquait-on ce lundi soir à l'Elysée. Plus que jamais, les yeux sont rivés sur les indicateurs. Les données de ce début de semaine doivent permettre de conclure définitivement si le couvre-feu avancé à 18 heures partout dans le pays le 16 janvier peut rester suffisant.

Reconfinement : peut-on encore y échapper ?

Ce lundi, le nombre de cas a augmenté pour le onzième jour consécutif, si l'on se réfère à la moyenne des sept derniers jours. 20 447 nouveaux cas ont en moyenne été enregistrés et 313 personnes sont décédées chaque jour à l'hôpital sur la même période. Avec un triste record depuis deux mois de 445 nouvelles victimes annoncé lundi soir. Dans le même temps, la barre des 3 000 personnes en réanimation a été franchie pour la première fois depuis le 9 décembre. La journée a aussi été marquée par l'annonce de l'abandon des projets de vaccin de Merck et de l'Institut Pasteur d'un côté, et de l'autre, celle de l'efficacité du sérum de Moderna contre les variants. La protection collective promise par le vaccin ne sera effective qu'à l'horizon de plusieurs mois, quand les décisions à prendre concernent les tout prochains jours.

«Le masque sur le menton ou sous le nez ne sert à rien, ce n'est plus tolérable»

Dans ce tableau, les chercheurs tentent de mesurer la progression des variants et surtout de la souche anglaise. « Une soixantaine de pays sont touchés et on sait qu'à partir du moment où le variant VOC-202012/01 est là, il lui faut six semaines pour devenir majoritaire », détaille Didier Lepelletier, coprésident du groupe permanent Covid-19 au Haut Conseil de la santé publique (HCSP). Un mois après le premier cas détecté à Tours, le professeur Bruno Lina et ses équipes lyonnaises du Centre national de référence (CNR) entament une deuxième enquête « flash » pour estimer une proportion plus juste du mutant britannique.

Le professeur Lepelletier, en rappelant les mesures « à cumuler » ( distance de 2 m, masques adaptés, gestes barrière, lavage des mains, désinfection des locaux, aération et maîtrise de jauges), hausse le ton : « Le masque sur le menton ou sous le nez ne sert à rien, ce n'est plus tolérable. Pas plus que des repas servis dans les avions. Les personnes qui fument ou téléphonent doivent respecter les mesures. En milieu hospitalier, il ne faut pas que les soignants enlèvent leur masque dans les zones de détente pendant vingt minutes lorsqu'elles prennent un café…»

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Le spécialiste avoue que « le confinement, on est sûr que ça marche », mais encourage à « une plus forte adhésion pour tenter de se préserver » de cette extrémité. Le tout en rappelant que les avis du HCSP ne sont qu'informatifs, et, comme le président du Conseil scientifique Jean-François Delfraissy dimanche, que la décision de confiner revient au politique.