Reconfinement partiel dans les Alpes-Maritimes : l’épidémie peut-elle être contrôlée en 15 jours ?

Ce lundi, le préfet a annoncé un durcissement des mesures pour faire face à la flambée épidémique dans les Alpes-Maritimes avec notamment un confinement du littoral les deux prochains week-ends. Suffisant ?

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 Ce dimanche encore, pour leur premier week-end de vacances, les Niçois et les touristes pouvaient profiter de la douceur méditerranéenne en bord de mer.
Ce dimanche encore, pour leur premier week-end de vacances, les Niçois et les touristes pouvaient profiter de la douceur méditerranéenne en bord de mer.  MaxPPP/B. Romankiewicz

La décision était prévisible sur la Côte d'Azur mais son officialisation, ce lundi midi, a laissé groggy les commerçants déjà touchés par des soldes moroses et une année 2020 chaotique. Près de 600 cas de Covid-19 sur 100000 habitants, un chiffre trois fois supérieur à la moyenne nationale, un taux de positivité à 10 %, une circulation de 50 % du variant britannique, des déprogrammations en série à l'hôpital… Face à la virulence de l'épidémie dans les Alpes Maritimes et alors que « la situation s'est considérablement dégradée », selon les mots du préfet, Bernard Gonzalez a annoncé un tour de vis supplémentaire avec le confinement du littoral lors des deux prochains week-ends, là où se concentre 90 % de la population.

Au premier pas dans la rue, il faudra se munir d'une attestation pour faire ses courses, aller chez le médecin ou promener son animal. Les balades et les joggings à l'air libre ne devront durer qu'une heure, cette fois-ci dans un rayon de cinq kilomètres autour de chez soi.

Reconfinement partiel dans les Alpes-Maritimes : l’épidémie peut-elle être contrôlée en 15 jours ?

En plus de cette mesure, dès mardi, les boutiques de plus de 5000m² vont devoir tirer le rideau durant quinze jours, à l'exception des commerces alimentaires et des pharmacies.

La campagne vaccinale va également s'intensifier dans le département, les contrôles aux frontières vont être renforcés et le port du masque sera obligatoire partout. C'est la première fois dans l'Hexagone que de telles décisions sont prises au niveau local.

A Cannes, Andréa, vendeuse dans un magasin d'habillement de la rue d'Antibes, la principale artère commerciale de la cité des festivals, est pour le moins sceptique. « Le samedi, c'est notre meilleur jour de la semaine, dit-elle. C'est injuste, la situation va profiter aux supermarchés où les gens vont s'agglutiner. »

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« Quatre jours de confinement, vous pensez que ça va changer quelque chose? abonde Romain, créateur de bijoux dans son échoppe du Vieux-Nice. Je ne nie pas l'épidémie, mais tout cela, c'est de la communication. » Selon ce trentenaire, imputer la faute de la hausse du Covid-19 à l'afflux de touristes en décembre, comme l'a déclaré le maire, Christian Estrosi à plusieurs reprises, est une hérésie. « Il faudra me dire où ils étaient. J'ai fait - 50 % de chiffre d'affaires en 2020 et déjà - 70 % rien que sur les deux premiers mois de l'année alors que j'ai la chance d'avoir une clientèle également locale. »

Pour lui, le pire reste sans doute le périmètre géographique très limité de ce confinement, propice à la triche. Il estime que « de nombreux Niçois vont faire des attestations dérogatoires pour des courses et iront se retrouver dans l'arrière-pays ». « Je le vois autour de moi, cela n'empêchera pas les gens de bouger, assure-t-il, même si ce sera plus difficile ».

Et c'est bien la question qui se pose : la situation peut-elle être contrôlée en seulement deux week-ends ? L'épidémiologiste Antoine Flahault en doute sérieusement. « Je ne suis pas sûr que ces mesures soient à la hauteur du problème, penche le spécialiste. Beaucoup de gens habitent dans l'arrière-pays et travaillent sur la côte, il y aura encore beaucoup d'interactions. »

D'après lui, prendre en compte le facteur social serait plus « efficace » puisque le quartier populaire de l'Ariane, à Nice, est devenu le principal foyer de contamination. Or, la promiscuité dans les logements notamment rend l'isolement plus difficile. « On pourrait imaginer une grande campagne de tests et un accompagnement des malades à l'hôtel, avance Antoine Flahault. C'est ce qui s'était passé à Singapour en mars, une sorte de cordon sanitaire avait été mis en place et ça a très bien fonctionné, les chiffres ont baissé en trois semaines. »

La fermeture des écoles plus efficace ?

Tout n'est pourtant pas perdu, car ces mesures sont prises au tout début des vacances de la zone B et elles auront, selon lui, bien plus d'impact que ce confinement partiel. « On le sait aujourd'hui, le milieu scolaire est devenu le principal vecteur de transmission en France car les adultes, eux, ont énormément réduit leurs interactions sociales avec le télétravail, le couvre-feu, les restaurants et musées à l'arrêt ». La fermeture des établissements va être « le moteur du frein de cette vague ». « Mais est-ce que cela sera suffisant? Je n'en suis pas du tout certain. »