Plus de 40 ans avant Misha, Louise Brown, premier «bébé-miracle» de l’Histoire

Le 25 juillet 1978, un poupon de 2,7 kg poussait son premier cri dans un hôpital anglais : le premier «bébé-éprouvette», conçu hors du ventre de sa mère. Une naissance exceptionnelle, comme celle de la petite fille qui a vu le jour le 12 février après la première greffe d’utérus en France.

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 Louise Brown, premier bébé-éprouvette, dans les bras du biologiste Robert Edwards, avec la sage-femme et le Pr Patrick Steptoe, le 25 juillet 1978.
Louise Brown, premier bébé-éprouvette, dans les bras du biologiste Robert Edwards, avec la sage-femme et le Pr Patrick Steptoe, le 25 juillet 1978. KEYSTONE-FRANCE

Pour la première fois en France, un bébé est né à la suite d'une greffe d'utérus dont avait bénéficié sa mère en 2019 (à la suite du don de sa propre mère). L'hôpital Foch de Suresnes (Hauts-de-Seine) l'a annoncé mercredi, cinq jours après la naissance de la petite Misha, le 12 février. M 6 diffusera ce dimanche 21 février à 21h05 un numéro spécial de « Zone interdite » consacré notamment aux coulisses de cette prouesse médicale, qui n'a été réalisée que très peu de fois dans le monde. Pendant trois ans, l'équipe du magazine a suivi étape après étape les parents de ce « bébé miracle » qui se porte comme un charme.

Une prouesse médicale qui en rappelle une autre, la naissance du premier bébé-éprouvette, Louise Brown, entrée dans l'Histoire il y a près de 43 ans…

Un cri dans la nuit. Puis un immense soulagement. Il est près de minuit, le 25 juillet 1978, quand les pleurs d'un nourrisson résonnent dans la salle d'accouchement du Oldham General Hospital, près de Manchester, dans le nord de l'Angleterre. Le bébé de 2,7 kg s'appelle Louise Joy Brown. Joy, comme la joie de ses parents, John et Lesley, délivrés d'une attente qui a duré neuf interminables… années. La joie de l'équipe médicale, certes trop concentrée pour pleinement en profiter. La joie des médias, enfin, qui guettaient l'arrivée du « test-tube baby » comme s'il s'agissait du nouveau messie. « Le bébé que le monde entier attendait », s'enthousiasme le Daily Mail qui consacrera sept pages à l'événement.

Une nuit triomphale

Et il est mondial : pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, naît un bébé conçu hors du corps de sa maman. Huit mois et trois semaines plus tôt, l'ovule prélevé sur Lesley Brown avait été fécondé « in vitro » dans un laboratoire avec le sperme de son chauffeur routier de mari, puis placé dans une autre éprouvette. Six jours plus tard, le minuscule embryon (0,00245 mm de diamètre) était réimplanté via une canule dans l'utérus de la future mère. Le corps de la trentenaire avait été préalablement « boosté » par un traitement hormonal.

Quelques années plus tôt, plusieurs médecins avaient déclaré la jeune Anglaise stérile. Motif : trompes de Fallope bouchées. En désespoir de cause, le couple, domicilié à Bristol, dans l'ouest de l'Angleterre, s'était tourné vers un duo de chercheurs, longtemps qualifiés de « fous » : Patrick Steptoe, 65 ans, chef du service gynécologie du Oldham hospital, et Robert Edwards, 52 ans, biologiste à l'université de Cambridge. C'est lui, encore vêtu de sa blouse bleue, qui tient la petite Louise dans ses bras pour la photo qui passera à la postérité. Ses yeux rayonnant de fierté laissent entrevoir le long chemin parcouru pour en arriver à cette prouesse défiant les lois de l'infertilité.

La presse britannique, comme ici le London Evening News, s’extasie devant la naissance de Miss Brown, le « super-bébé »./GRANGER/The Granger Collection
La presse britannique, comme ici le London Evening News, s’extasie devant la naissance de Miss Brown, le « super-bébé »./GRANGER/The Granger Collection  

Dix ans d'échecs, de doutes et de labeur acharné auront été nécessaires pour en arriver là. Quand les deux médecins avaient annoncé, le 11 juillet 1978, la naissance imminente du premier bébé-éprouvette, la nouvelle a mis le feu à toutes les rédactions du royaume. C'était parti pour le grand tube de l'été… « On craignait que le bébé naisse avec un bec-de-lièvre, un problème mineur que nous n'aurions pas détecté. Tout le monde en aurait conclu que c'était à cause de cette technique », se souviendra le Dr John Webter, qui assistait le Pr Steptoe. Avant que le joli minois de Louise ne soit extrait par césarienne du ventre de Lesley, tous avaient conscience que cela aurait tué la recherche dans l'œuf. Ce fut tout le contraire : une nuit triomphale.

Louise a beaucoup pleuré son « grand-père », le Pr Edwards

Trente-cinq ans plus tard, le 10 avril 2013, le Pr Edwards s'éteint dans son sommeil à l'âge de 87 ans, chez lui à Cambridge. Affaibli par la maladie, il n'a pas pu aller chercher son prix Nobel de médecine, décerné en 2010. Jusqu'à ce que ses forces le lâchent, le médecin a accompagné la joviale Louise à chaque étape clé de sa vie. Il a été son parrain, l'invité d'honneur de son mariage, il a partagé ses peines quand son père John (en 2006), puis sa mère Lesley (en 2012) sont partis. Mais aussi ses plus grands bonheurs. En 2008, on le voit poser, fatigué mais tout sourire, au côté de Louise et du premier de ses deux fils, Cameron, né − de façon naturelle − deux ans plus tôt. Le jour de ses funérailles, Louise, qui voyait en lui un « grand-père », a beaucoup pleuré. Comme le jour de leur première rencontre.

Le 12 juillet 2008, Louise Brown, presque trentenaire et devenue mère, pose avec son fils Cameron, sa mère Lesley et le Pr Robert Edwards, pionnier des FIV./AFP/Bourn Hall
Le 12 juillet 2008, Louise Brown, presque trentenaire et devenue mère, pose avec son fils Cameron, sa mère Lesley et le Pr Robert Edwards, pionnier des FIV./AFP/Bourn Hall  

Depuis la naissance de Louise Brown, plus de 9 millions de bébés sont nés grâce aux procréations médicalement assistées, qui ont beaucoup évolué en quarante ans. Si la classique fécondation in vitro (mise en contact des ovocytes et des spermatozoïdes dans des boîtes stériles) reste la technique la plus répandue, les médecins ont de plus en plus recours à l'ICSI (injection d'un seul spermatozoïde dans un ovocyte ponctionné) et au don d'ovocytes (d'une femme donneuse à une receveuse). Amandine, premier bébé-éprouvette made in France, fêtera mercredi 24 février ses 39 ans. Aujourd'hui, un enfant sur trente voit le jour grâce à la PMA dans notre pays.