«On pourrait faire quatre à cinq fois plus d’injections si on avait les stocks» : la vaccination au ralenti à Paris

Si la logistique est rodée, ce sont les doses qui manquent pour que la campagne de vaccination française contre le Covid-19 monte en puissance. Exemple à Paris.

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 Ce centre de vaccination du XIe arrondissement de Paris injecte une centaine de doses par jour.
Ce centre de vaccination du XIe arrondissement de Paris injecte une centaine de doses par jour.  LP/Arnaud Dumontier

Jacqueline s'estime chanceuse. Cette retraitée parisienne a pu être vaccinée ce lundi après-midi. « J'ai trouvé un créneau assez vite pour mon mari et moi en allant sur Doctolib en pleine nuit, mais quelques heures plus tard il n'y avait plus rien », explique cette septuagénaire qui souffre de pathologies multiples. « Je connais beaucoup de gens qui n'arrivent pas du tout à trouver un rendez-vous, on dirait que c'est assez aléatoire », poursuit-elle.

Au premier coup d'œil, on peine à comprendre pourquoi. Dans la salle polyvalente Olympe-de-Gouges (XIe), où elle a reçu son injection, ça ne se bouscule ni dans les espaces d'attente, ni dans les box de consultation. Pourtant, Jacqueline n'est pas la seule à constater à quel point il est difficile de dérocher un rendez-vous. Renée, 76 ans, a, elle, dû compter sur la pugnacité de sa fille, qui a guetté la nuit sur Internet pour lui dégoter une place.

Une liste d'attente

Quant à cette autre Jacqueline, âgée de 89 ans et qui sort du box au bras de son fils, si elle a pu se faire injecter une première dose du vaccin Pfizer aujourd'hui, ce n'est pas le cas de son mari, de dix ans plus jeune, qui cherche en vain un créneau disponible. Est-ce parce que nous sommes dans l'arrondissement le plus dense de Paris ? « J'étais là tous les jours de la semaine dernière, et je n'ai jamais vu aussi peu de monde », témoigne Pia, une infirmière libérale de 35 ans qui piétine entre deux injections, dans l'espace désert aménagé en salle d'attente.

« Nous injectons entre 100 et 120 doses par jour, mais nous aurions l'espace, le matériel, et les ressources humaines nécessaires pour multiplier cette cadence par quatre ou cinq, si nous disposions de dotations suffisantes », affirme Fabien Cavelier, l'infirmier coordinateur. Une capacité de vaccination, entravée selon lui, par la dotation hebdomadaire de 545 doses prévue par l'Agence régionale de santé, inchangée depuis l'ouverture du centre le 18 janvier.

En attendant une montée en puissance, toute la gestion du centre est concentrée sur un objectif stratégique : éviter les pertes. « Si des places se libèrent par surprise, nous avons une liste de patients à appeler dans l'arrondissement, qui rentrent dans les critères, et peuvent venir se faire vacciner dans l'heure », explique Thomas Chauvel, médecin généraliste référent du site. Pas question de gâcher une seule des précieuses doses.

Panne sèche redoutée le 8 février

Alors que l'on redoutait un fiasco logistique, c'est davantage la disponibilité des stocks qui pose désormais problème. Si le rythme des injections reste pour l'instant peu ou prou conforme à ce qui était attendu dans les centres parisiens, cela ne devrait pas durer. La panne sèche pourrait se produire dès la semaine du 8 février, selon la mairie de Paris.

« Les dotations de vaccins devraient diminuer d'un tiers, voire de moitié », anticipe Anne Souyris, adjointe (EELV) à la santé à la mairie de Paris. Toujours selon la municipalité, entre 800 et 1400 rendez-vous pourraient être annulés. Et dès cette semaine, les livraisons hebdomadaires dans les 19 centres parisiens devraient passer de trois à seulement deux.

Petite note d'optimisme, l'Agence régionale de santé a cependant annoncé ce lundi soir que la campagne de vaccination se poursuivrait « sans report de rendez-vous de première injection ». L'établissement public table sur plus de 100 000 primo-injections et plus de 200 000 deuxièmes injections d'ici à la fin du mois en Ile-de-France. Recontactée, Anne Souyris n'était pas en mesure de commenter ces nouveaux chiffres dans l'immédiat.

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Le ralentissement des vaccinations n'est pas propre à la capitale. C'est toute la France qui commence à manquer de doses et attend avec impatience la mise sur le marché de nouveaux vaccins, à commencer par celui d' AstraZeneca sur lequel doit se prononcer ce mardi la Haute autorité de santé. Les autorités sanitaires tablent aussi sur une augmentation de la production des laboratoires déjà autorisés, Pfizer en tête.