Mesures anti-Covid : pourquoi Paris est en sursis jusqu’à lundi

Une semaine après un tour de vis contesté face à la crise sanitaire, le gouvernement a accordé un délai jeudi à la capitale et plusieurs métropoles.

 Le ministre de la Santé lors de son point de presse sur le Covid-19, ce jeudi 1er octobre à l’hôpital Bichat à Paris.
Le ministre de la Santé lors de son point de presse sur le Covid-19, ce jeudi 1er octobre à l’hôpital Bichat à Paris. AFP/Ludovic Marin

Semaine après semaine, la carte de France change de couleur. Et c'est désormais Paris qui vire au rouge vif. Si la capitale n'est pas encore en zone d'alerte maximale, comme Aix-Marseille ou la Guadeloupe, où la fermeture des bars et restaurants a été décrétée, elle n'en est pas loin. Tout va donc se jouer dans les prochains jours, a annoncé le ministre de la Santé, ce jeudi soir lors de son point de presse hebdomadaire sur la situation de l'épidémie de Covid-19.

VIDÉO. Paris saura dimanche s'il passe en «zone d'alerte maximale»

Alors que les autorités ont les yeux rivés sur les chiffres des contagions et des hospitalisations, le compteur de la Ville Lumière s'emballe « ces dernières heures ». Mauvais signe. « Cette dégradation s'est accélérée à Paris et en petite couronne. Nous réexaminerons les indicateurs dimanche avec la maire de Paris et les élus concernés, a prévenu Olivier Véran. Si la dynamique ne s'est pas infléchie, nous prendrons des mesures qui s'imposent dès lundi. »

Plus le choix, il faudra faire une croix sur les fêtes de famille, les soirées et les pots dans les bars, qui tireront le rideau, de manière temporaire. Quant aux restaurants, leur sort n'est pas tranché. Le gouvernement va étudier le nouveau protocole sanitaire renforcé, proposé par les représentants du secteur.

« Je ne comprends pas qu'on attende »

Pourquoi la situation est-elle préoccupante dans la capitale et ses alentours ? Aujourd'hui, le taux d'incidence générale hebdomadaire atteint 263 contaminations pour 100 000 habitants, 105 chez les plus fragiles. On passe encore un cap par rapport à la semaine dernière. Troisième indice, 30 % à 35 % des lits de réanimation de la région sont occupés par des malades du Covid-19. Là encore, cela se détériore.

Fallait-il prendre des décisions plus drastiques ? « Je ne comprends pas qu'on attende, déplore Jean-Michel Constantin, secrétaire général adjoint de la Société d'anesthésie et de réanimation. Même si les chiffres baissent, on aura un plateau plusieurs jours. Est-ce que ça voudra dire qu'il ne faut pas prendre de mesures ? » Inutile, selon le réanimateur, de suivre les statistiques de l'épidémie au quotidien, il faut observer les tendances. « Sinon, c'est comme pour les accidents de la route, si vous regardez mois après mois, ça varie dans tous les sens. »

Pour Jean-Paul Hamon, le président d'honneur de la Fédération des médecins de France, il faut laisser « les terrasses extérieures ouvertes » comme partout ailleurs. « On le sait, le risque de contamination dehors est bien plus faible. » Olivier Véran, lui, a tenu à rappeler qu'il n'y avait pas de « traitement différencié entre Marseille et Paris ».

Un léger mieux à Marseille

Plus qu'hier, cinq métropoles cristallisent également les inquiétudes : Lille, Lyon, Grenoble, Toulouse et Saint-Etienne. Si les restrictions ne permettent pas d'infléchir rapidement la courbe des contaminations, alors ces territoires seront classés en « alerte maximale ». Petit espoir dans ce sombre tableau, un « frémissement », selon Olivier Véran, est observé à Bordeaux, Nice et même Marseille, bien que la circulation du virus y reste encore trop élevée.

De façon générale, la situation se dégrade dans l'Hexagone à tel point que le directeur général de la Santé va reprendre ses points télévisuels réguliers comme à l'heure du confinement. « Le virus évolue trop vite, nous sommes dans une phase d'aggravation », a dit le ministre. Dans une note rendue publique ce jeudi, le conseil scientifique craint que les hôpitaux ne soient débordés « d'ici quelques semaines ».

Comment s'en sortir ? Parmi les messages véhiculés, il en est un « crucial » à rappeler, selon l'épidémiologiste Antoine Flahault. « On ne le dit pas assez, mais il ne faut pas se contenter des distances sociales. Lorsqu'on est regroupé à l'intérieur, il faut aussi porter le masque. Ce n'est pas fromage ou dessert, c'est les deux », assure-t-il.

Selon sa consœur Dominique Costagliola, il est difficile d'aller plus loin en termes de gestes barrière. « Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi on n'incite pas massivement les gens à télétravailler ? C'est une mesure simple pour limiter les contacts, ça m'interroge. » Autre axe d'amélioration selon l'épidémiologiste, la politique de dépistage. Et cela semble en bonne voie, puisque 75 % des tests seraient désormais rendus en moins de 48 heures. « Je ne dis pas que tout est réglé », a prévenu Olivier Véran, qui assure tout mettre en œuvre pour résoudre les situations où l'embouteillage persiste.