Mais pourquoi le Finistère est-il épargné par le Covid ?

Largement préservé de l’épidémie, le département breton profite de sa situation géographie isolée. Explications avec Alain Le Tertre, de Santé Publique France.

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 « Les contaminations ne peuvent arriver que par la terre », et donc de l’est, explique Alain Le Tertre (ici lors d’une intervention dans une ARS).
« Les contaminations ne peuvent arriver que par la terre », et donc de l’est, explique Alain Le Tertre (ici lors d’une intervention dans une ARS).  PHOTOPQR/« Ouest France »/MaxPPP

Alors que l'épidémie de Covid-19 inquiète toujours autant dans l'Hexagone, le Finistère fait figure d'exception. Brest est l'agglomération du pays la moins touchée par le virus et, dans le département, le taux d'incidence est quatre fois inférieur à la moyenne nationale. Sur 100 000 habitants, seuls 43 sont contaminés, contre 107 au niveau régional. Et seuls 34 patients sont hospitalisés dans le CHU de la ville. Responsable de la cellule Bretagne à Santé Publique France, Alain Le Tertre explique pourquoi la région, et surtout son extrémité ouest, est moins exposée au virus.

Quelle est la situation du Finistère par rapport au reste de la France ?

ALAIN LE TERTRE. Elle est plutôt favorable, le taux d'incidence y est relativement faible. On est à 43 cas pour 100 000 avec un taux de positivité de 1,8 % contre 200 et 6,1 % au niveau national. Certains endroits, comme le sud du département ou la pointe nord, sont encore moins touchés. Par exemple, au nord de Pont-l'Abbé, il y a moins d'un cas sur 100 000 et 7 dans la communauté de communes de Carhaix, en plein centre, où se déroule le festival des Vieilles Charrues l'été. Dans le reste de la Bretagne, la situation est beaucoup plus nuancée. En Ille-et-Vilaine, le nombre de cas est relativement stable, mais assez élevé depuis la mi-janvier.

Cette exception se vérifie-t-elle depuis le début de la crise ?

Oui, le Finistère a toujours été préservé du Covid, même s'il y a eu quelques clusters détectés notamment dans des Ehpad et des établissements de santé. Avant le deuxième confinement, le taux d'incidence était monté à 120 et il n'a jamais dépassé ce seuil.

Comment l'expliquer ?

Par sa position géographique. C'est un département isolé qui n'a qu'une frontière à l'est et qui est entouré par la mer à l'ouest. Les contaminations ne peuvent donc arriver que par la terre. On l'a vu cet été, lorsque de nombreux clusters ont été détectés en Mayenne, les infections se sont répandues en Ille-et-Vilaine puis vers Rennes, Vannes et Lorient, mais le virus ne s'est pas dispersé dans le Finistère. De façon plus générale, lorsqu'il y a des épidémies de grippe, la Bretagne est moins touchée que d'autres régions. Sa localisation fait qu'elle est un peu à part.

Le climat océanique joue-t-il un rôle ?

Je ne pense pas, même si on sait qu'il existe une relation entre météo et propagation du virus. Certes, l'air est humide dans le Finistère, or un froid sec va irriter les muqueuses du nez qui seront davantage sensibles à une contamination. Mais dans ce cas précis, c'est vraiment la géographie qui joue. Regardez, les Hauts-de-France ou le sud de l'Angleterre ont également un climat océanique, et pourtant leur nombre de cas de Covid y est bien plus important.

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La circulation des variants pourrait-elle mettre à un terme à l'exception bretonne ?

C'est difficile à dire. Une chose est sûre, ils sont présents en Bretagne, 20 % des cas de Covid sont dus au variant anglais. Tous les départements sont touchés, y compris le Finistère. Mais on n'observe pas, pour autant, d'explosion du taux de positivité, ce qui devrait être le cas, puisqu'il est plus contagieux. Pourquoi ? Sûrement que le couvre-feu limite les interactions sociales et donc sa propagation.

Dans une telle crise, être le responsable de la région la moins touchée de France, est-ce une chance ?

En tout cas, c'est très intéressant. La Bretagne est sous le feu des projecteurs, elle intrigue par son faible niveau de contamination, bien que ce ne soit pas rose partout. Nous avons un rôle de vigie car, on le sait, si la situation commence à se détériorer en Bretagne, ça veut dire que rien ne va plus dans le reste de la France !