Macron impose le couvre-feu : une mesure nécessaire, selon les scientifiques

L’épidémiologiste Pascal Crépey et l’infectiologue Anne-Claude Crémieux décryptent les mesures annoncées ce mercredi soir par Emmanuel Macron face à l’épidémie de coronavirus.

 Paris de nuit, après l'annonce du président de la République de l’instauration d’un couvre feu à 21h dans les grandes villes de France.
Paris de nuit, après l'annonce du président de la République de l’instauration d’un couvre feu à 21h dans les grandes villes de France. LP/Olivier Arandel

La mesure tant redoutée est tombée. Drastique certes, mais « pertinente » selon le chef de l'Etat, pour espérer mater l'épidémie. Emmanuel Macron l'a annoncé ce mercredi soir, un couvre-feu va être décrété dans la nuit de vendredi à samedi à minuit, en Ile-de-France et dans huit métropoles, là où le virus circule à toute vitesse. Ainsi à Paris et sa banlieue, à Grenoble, Lille, Lyon, Aix-Marseille, Rouen, Saint-Etienne, Montpellier et Toulouse, chacun devra être chez soi à 21 heures « durant six semaines », a prévenu le président, tandis que les restaurants, théâtres, cinémas éteindront leurs lumières, signant la fin de la vie nocturne. Les désobéissants, pris un pied dehors, sans motif valable, seront sanctionnés d'une amende de 135 euros.

« Non, nous n'avons pas perdu le contrôle de l'épidémie », a précisé Emmanuel Macron, et il serait « disproportionné de reconfiner le pays », mais « nous sommes rentrés dans une phase où il nous faut agir ». La fermeture des bars n'aura pas suffi. Plus de 20000 nouveaux cas de Covid par jour dans le pays et 200 admissions en réanimation, 32% des lits de réa occupés par des malades du virus… « La pression n'est pas soutenable », selon le chef de l'Etat, et le contexte même plus préoccupant que durant la première vague à l'hôpital.

VIDÉO. Covid-19 : couvre-feu entre 21 hures et 6 heures en Ile-de-France et dans 8 métropoles, dès samedi

Trois arguments l'expliquent : le virus n'est plus localisé dans le Grand-Est et à Paris, mais il circule partout en France, maintenant une pression généralisée sur les soignants, déjà épuisés par la première vague. Enfin, plus question de reporter les interventions chirurgicales des autres patients, eux aussi doivent être soignés. « Nous n'avons pas de lits cachés en réserve », a alerté le président, appelant à la responsabilité collective.

«Enfin, on commence à tirer les vraies leçons de cette crise»

Alors ce couvre-feu va permettre de réduire les contacts sociaux, les rendez-vous conviviaux et festifs, vecteurs d'accélération de la transmission du virus. « Je pense que cette mesure est nécessaire, estime Pascal Crépey, épidémiologiste à l'école des hautes études en santé publique. Seule critique, cette durée de six semaines. C'est un peu long dans des métropoles comme Aix- Marseille où l'épidémie commence déjà à ralentir, je ne serais pas étonné que la grogne monte même si la situation est compliquée et qu'il est urgent de réduire le nombre d'entrées à l'hôpital. »

Fallait-il instaurer ce couvre-feu plus tôt ou plus tard ? Difficile de répondre, selon le spécialiste, sur ce sujet, il n'y a pas d'éléments scientifiques. « Si c'est trop efficace, tant mieux, la question est plutôt : est-ce que 21 heures suffira ? »

Pour Anne-Claude Crémieux, professeure à l'hôpital parisien Saint-Louis, cette décision est la bonne. « Enfin, on commence à tirer les vraies leçons de cette crise, à arrêter de courir après l'épidémie, ce couvre-feu à 21 heures est un signe fort, cette mesure doit avoir des résultats, on l'a vu en Guyane. Et pour la première fois, un chiffre est fixé. » L'objectif du gouvernement, faire redescendre à 3000 à 4000 le nombre de nouvelles contaminations par jour.

«Le problème n'est pas le déplacement mais le brassage de population»

Dans ce sombre tableau, la stratégie de dépistage va être améliorée, promet le président, avec l'arrivée des tests ultrarapides, permettant de réduire les délais des résultats. Et, bonne nouvelle, on pourra toujours se déplacer d'une région à l'autre et partir en vacances à la Toussaint, dans quelques jours.

N'est-ce pas risquer de disperser le virus aux quatre coins de l'Hexagone ? « Il est déjà partout, il n'y aura pas de risque d'exportation, tempère Pascal Crépey. Le problème n'est pas le déplacement mais le brassage de population. Il faudra toujours, où l'on se trouve, limiter ses contacts, respecter les gestes barrière. »

« Je pense que le président veut garder une acceptabilité sociale, trouver le bon équilibre, c'est son rôle », réagit Anne-Claude Crémieux, pourtant déçue de la timidité du gouvernement sur le télétravail. « Je ne comprends pas pourquoi! répète la professeure, d'autres pays sont beaucoup plus clairs. » Pourtant, c'est bien dans les entreprises que se forment le plus grand nombre de clusters.