Journée internationale de la ménopause : «Cela reste un sujet tabou»

La comédienne Alexandra Cismondi a monté avec Alex Goude une pièce de théâtre sur le thème de la ménopause, encore compliqué à aborder.

 « Ménopause », la première comédie jamais montée en France sur le thème de la ménopause et adaptée par Alexandra Cismondi a été un joli succès.
« Ménopause », la première comédie jamais montée en France sur le thème de la ménopause et adaptée par Alexandra Cismondi a été un joli succès. LP/Aurélie Ladet

« Ah ce que j'ai chaud, quelqu'un peut ouvrir la fenêtre? Mais Nadine, on est dehors! » Stoppée pour cause de Covid-19, « Ménopause », la première comédie jamais montée en France sur le thème des affres de la cinquantaine, n'en a été pas moins été un joli succès. « Ça a marché du tonnerre, pourtant au départ, que d'hésitations. Pour la monter, cela a pris des lustres. En juin 2019, le théâtre de la Madeleine, à Paris, a d'abord voulu la programmer seulement pour un mois. Il faut voir, disaient-ils, finalement, on est allé de prolongation en prolongation », raconte la comédienne Alexandra Cismondi.

Avec Alex Goude, elle a adapté cette pièce initialement écrite pour un public américain. « Le texte était un peu lourdaud, alors on l'a aéré, vitaminé, puis on a choisi des comédiennes à l'orée de la cinquantaine, bien dans leur peau, dotées d'une énergie de dingue. Mais il a fallu lutter pour cela. On voulait nous imposer des jeunes comédiennes sans rides. »

En travaillant sur « Ménopause », Alexandra Cismondi a vite compris combien s'attaquer à ce thème en France demeurait délicat. « Cela reste un sujet tabou, y compris dans le monde du spectacle vivant dont l'économie reste largement gouvernée par les hommes, observe-t-elle. Pour ces messieurs, c'est comme si une femme qui ne peut plus d'avoir d'enfant était considérée comme périmée, c'est totalement injuste, s'indigne la jeune femme. Elle a d'ailleurs beaucoup pensé à sa mère, en réécrivant cette pièce : « Elle a 65 ans, cela va maintenant faire dix ans qu'elle subit sa ménopause. C'est une féministe convaincue, elle en parle ouvertement, mais je vois bien combien cela lui complique la vie », remarque sa fille.

Pas question de l'évoquer au travail

Cette dernière rêve de voir toutes les femmes évoquer sans honte de ce grand ballet chimique qui chamboule leur corps. Pas gagné ! La ménopause demeure un sujet très difficile à aborder dans tous les milieux, comme le montre une récente enquête réalisée par Kantar pour la Mgen et la Fondation des femmes. Et quand les femmes en parlent, c'est d'abord entre copines ou dans le huis clos d'un cabinet médical, très rarement au sein de leur couple.

Ainsi, seule 1 femme sur 2 en a déjà parlé avec son conjoint ou partenaire. Quant à l'évoquer au travail ? Pas question ! Mieux vaut cacher la raison de ces fatigues soudaines, de ce visage qui s'embrase en pleine réunion. 41 % des femmes ont déjà entendu des commentaires ironiques ou moqueurs sur les femmes ménopausées. Lorsqu'elles le deviennent, elles se taisent, elle redoute les conséquences sur leur carrière.

Conséquence de cette « invisibilité » forcée, beaucoup de femmes sont très mal informées des risques de santé pouvant être aggravés par la ménopause demeurent largement connus après des premières concernées. Chez celles de plus de 50 ans, une sur deux ignore ainsi qu'elle peut s'accompagner de problèmes cardio-vasculaires, ou expose à un surrisque de cancers (seins, intestins), de diabète ou encore d'hypercholestéromie… C'est dire s'il devient urgent de briser le tabou.