Grippe aviaire : quatre questions sur le retour du virus en Europe

Dans 45 départements français, les éleveurs sont sommés depuis jeudi de confiner leurs volailles, dans l’espoir d’éviter que les oiseaux migrateurs ne leur transmettent le virus.

 Par mesure de précaution, les éleveurs en France sont obligés de confiner la volaille
Par mesure de précaution, les éleveurs en France sont obligés de confiner la volaille  LP/Olivier Levrault

Éviter à tout prix les abattages massifs de canards, poulets et autres volailles. Par mesure de précaution, les autorités sanitaires françaises viennent de placer jeudi 45 départements en « risque élevé » de grippe aviaire.

Ces dernières semaines, ce virus, très rarement transmissible chez l'homme, a été détecté dans plusieurs élevages dans le nord de l'Europe. Si l'Hexagone est pour l'heure épargnée, l'inquiétude est grande chez les producteurs de volaille, et notamment de foie gras à l'aube des fêtes de fin d'année. La filière avicole reste traumatisée par ce qu'on appelle l'« Ebola du poulet » et les dégâts économiques qu'il a engendrés lors des hivers 2015-2016 et 2016-2017.

D'où vient ce nouvel épisode ?

Après l'apparition de foyers en Russie et au Kazakhstan cet été, le virus a progressé vers l'ouest, atteignant récemment les Pays-Bas, l'Allemagne et depuis ce lundi la Grande Bretagne. 215 000 poules vont ainsi être abattues dans les prochains jours dans une exploitation néerlandaise.

Carte des cas de grippe aviaire détectés depuis juin 2020 en Europe/Plateforme ESA
Carte des cas de grippe aviaire détectés depuis juin 2020 en Europe/Plateforme ESA  

« Le territoire français est concerné par ces migrations qui battent leur plein actuellement; le pic d'arrivées migratoires en France a souvent lieu en novembre », prévient l'Office national de biodiversité auprès de la Plateforme ESA (Épidémiologie Santé Animale). « Il est donc nécessaire de rester vigilants jusqu'à leur départ en migration prénuptiale vers le nord-est, en fin d'hiver/début du printemps », ajoute-t-elle.

Le virus, particulièrement résistant l'hiver, peut se propager par contact direct avec les sécrétions ou par l'intermédiaire de la nourriture et de l'eau.

Comment se préparent les éleveurs français ?

Depuis fin octobre, des mesures de confinement avaient été ordonnées dans des zones dites à risque particulier (ZRP), c'est-à-dire abritant des zones humides fréquentées par les oiseaux migrateurs. On en retrouve un certain nombre en Loire-Atlantique ou dans le Loiret, dans la Bresse.

Désormais, le niveau de « risque élevé » implique, pour les éleveurs professionnels comme les particuliers possédant un poulailler, d'enfermer les volailles qui évoluent habituellement à l'air libre ou de poser des filets pour empêcher tout contact avec les oiseaux sauvages. Des dérogations sont espérées pour maintenir, même sans filet, un parcours extérieur rétréci après visite du vétérinaire et accord du préfet. L'objectif étant de ne pas trop « stresser » les bêtes.

Sont par ailleurs interdits les rassemblements de volailles vivantes, dans des foires par exemple, de même que les transports et lâchers de gibiers à plumes par les chasseurs.

Les zones dites à risque particulier (en bleu) et les départements en risque élevé (en rouge)/ Ministère de l'Agriculture
Les zones dites à risque particulier (en bleu) et les départements en risque élevé (en rouge)/ Ministère de l'Agriculture  

« On demande aux éleveurs une surveillance très active pour alerter les vétérinaires si une mortalité normale apparaissait », ajoute Marie-Pierre Pé, directrice de l'interprofessionnelle Cifog dans la filière foie gras, estimant qu'« on n'est pas à l'abri que le virus passe » malgré tout.

Quels sont les risques économiques ?

La seconde lame, voici ce que redoutent les exploitants, déjà frappés par la crise du Covid-19, notamment en raison de la fermeture des restaurants et des bars. S'il était détecté en France, ce virus mettrait en très grande difficulté les volaillers, avec la fermeture de débouchés à l'exportation.

En 2016-2017, la précédente épidémie de grippe aviaire avait eu des conséquences économiques importantes en Europe. À l'époque en Italie, 83 foyers d'infection au H5N8 avaient été identifiés, 2,7 millions d'oiseaux avaient été abattus et les coûts d'éradication s'étaient élevés à quelque 40 millions d'euros. En France, la production de foie gras avait diminué de 30 %.

À chaque épisode de grippe aviaire, revient aussi le débat sur les abattages préventifs, une exception française qui pose la question des transports et de l'éclatement du système industriel.

Y-a-t-il un danger direct pour l'homme ?

Le risque zero n'existe pas. Cependant, le virus aviaire découvert ici (sous-types H5N8 et H5N5) n'a encore jamais infecté d'êtres humains. Ce virus, qui infecte les oiseaux sauvages et les oiseaux domestiques, est « sans menace pour l'homme et n'a pas de caractère exceptionnel », rappellent régulièrement les services de l'État. Ce jeudi, le ministère a également précisé que « la consommation de viande, foie gras et oeufs ne présente aucun risque pour l'homme ».

A noter toutefois qu'une certaine version, le sous-type H5N1, peut s'avérer mortelle chez l'homme en cas de contact prolongé et direct avec un oiseau, mais cela relève encore une fois de l'exception. Toujours en circulation dans les populations de volailles dans certaines régions d'Asie et d'Afrique du Nord-est, ce virus a engendré des maladies et des décès depuis 1997.

Comme la crise du nouveau coronavirus l'a malheureusement prouvé, il est impossible d'écarter la piste d'une nouvelle souche qui échapperait à notre système immunitaire. Comme l'indique l'Institut Pasteur sur son site, le virus de type H5N1 a lui-même une grande capacité de mutation et d'échange avec des virus grippaux appartenant à d'autres sous-types infectants d'autres espèces. Soit, peut-on lire, la « porte ouverte à une pandémie ».