Flambée de cas de Covid-19 à Dunkerque : «On fait carnaval, mais pas à soixante»

Avec un taux d’incidence bien supérieur à la moyenne nationale, l’agglomération du Nord devrait, après les Alpes-Maritimes, faire l’objet de mesures restrictives régionalisées. Les habitants s’interrogent sur les causes de la flambée épidémique.

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 Ce dimanche, beaucoup ont profité de la douceur printanière pour se promener sur le bord de mer, comme ici à Malo-les-Bains, dans l’agglomération de Dunkerque.
Ce dimanche, beaucoup ont profité de la douceur printanière pour se promener sur le bord de mer, comme ici à Malo-les-Bains, dans l’agglomération de Dunkerque.  PhotoPQR/La Voix du Nord/Johan Ben Azzouz

« Le confinement? On est bien partis pour y avoir droit. C'est peut-être la meilleure solution, si on veut au moins sauver l'été… » A Dunkerque, la philosophie est de rigueur. La sous-préfecture du Nord est « la star des JT » du moment, rigole Michèle, psychologue de l'Education nationale et habitante du centre-ville. Et pour cause : le ministre de la Santé, Olivier Véran, est attendu ce mercredi, vingt-quatre heures après l'annonce par le Premier ministre, Jean Castex, de la mise en place prochaine de « mesures supplémentaires de freinage » de la propagation du virus dans l'agglomération. L'épidémie y flambe, avec un taux d'incidence record à 901 cas pour 100 000 habitants - contre moins de 200 en moyenne en France.

Après les Alpes-Maritimes, où un reconfinement partiel a été mis en place le week-end, Dunkerque devrait donc expérimenter la « régionalisation », des mesures restrictives désormais prônée par le gouvernement. Dans la ville, on s'interroge sur les causes de cette flambée épidémique. « Je me suis baladée ce week-end à la plage, il faisait beau, c'est vrai qu'il y avait du monde, mais je n'ai pas noté de débordement particulier qui pourrait expliquer une telle hausse des contaminations », note Michèle. Qui se risque à émettre un début d'explication : si les traditionnels bals du carnaval de Dunkerque ont été annulés, certains font la fête en privé.

«On voit des gens costumés»

« Quand on se balade dans les rues, on entend par les fenêtres ouvertes des airs de carnaval, des rires, des chants, on voit des gens costumés… Peut-être que tout le monde ne fait pas attention aux gestes barrière », s'interroge encore Michèle.

Jacky, 21 ans, « carnavaleux assidu », confirme que les locaux ont « besoin de faire un peu la fête », mais pas plus qu'ailleurs. « De la même manière que des soirées étudiantes ou des apéros ont lieu à Paris ou à Lille, sans doute qu'ici, certains se voient en petits groupes pour passer un bon moment, estime-t-il. Mais de là à dire que c'est la cause d'une contagion aussi importante, je n'y crois pas. On ne se brasse pas plus qu'ailleurs. »

Flambée de cas de Covid-19 à Dunkerque : «On fait carnaval, mais pas à soixante»

Même son de cloche pour Michel Papegay, responsable de l'Association des bals de carnaval de Dunkerque. « Les chapelles (NDLR : des apéros géants entre voisins pour carnaval) clandestines, ça n'existe pas… Je le saurais », jure l'homme. Qui assure que la consigne des autorités locales « a été claire et diffusée » : « Tout membre d'association de carnaval qui organiserait un truc clandestin sera viré, sans sommation, assure Michel Papegay. Evidemment, c'est la période du carnaval, c'est difficile de rester sans rien faire! Il n'est pas interdit de recevoir des gens chez soi, de se costumer, de boire un coup… mais en respectant les gestes barrière. On fait carnaval, mais pas à soixante, en étant responsable. »

Alors, l'autre sujet au cœur des discussions pour expliquer la situation, c'est la proximité avec le Kent, terre d'origine du variant anglais, Dunkerque étant, avec Calais (Pas-de-Calais), l'une des deux principales portes d'entrée du Royaume-Uni. Celui-ci, bien plus contagieux que la souche d'origine du Covid-19, y représenterait plus de 70 % des nouveaux cas, contre 36 % environ dans le reste du pays. « Dunkerque est une plaque tournante, estime Jacky. Les routiers, les gens qui arrivent tous les jours de l'Angleterre, car le Brexit n'a pas coupé tous les échanges! »

Réunion de crise pour éviter un confinement

Résultat : l'hôpital local sature. Le chef des urgences, Christophe Couturier, indiquait ce week-end au quotidien Le Monde avoir eu affaire à une « marée » qui a déferlé sur l'établissement depuis dix jours.

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Pour enrayer la flambée, les élus de la Communauté urbaine de Dunkerque, qui regroupe 17 communes, se sont réunis ce mardi matin. A l'issue, le maire (DVG) de Dunkerque, Patrice Vergriete, a demandé « une dernière chance avant confinement » et annoncé la stratégie proposée par les élus du Dunkerquois, basée sur un renforcement de la prévention, la généralisation du port du masque et l'accélération de la vaccination.