Enfants en réanimation : «Le Covid-19 touche tout le monde»

Quatre mineurs sont hospitalisés au CHU de Bordeaux, dont deux en réanimation. De quoi nous inciter à davantage de vigilance, selon Yann Bubien, son directeur.

 Si les formes graves sont rares chez l’enfant, plus le virus se répand, plus le nombre de cas augmente, plus les situations « exceptionnelles » se multiplient.
Si les formes graves sont rares chez l’enfant, plus le virus se répand, plus le nombre de cas augmente, plus les situations « exceptionnelles » se multiplient. LP/Philippe de Poulpiquet

Ce mardi matin, le docteur Benjamin Clouzeau a fait entrer deux nouveaux patients Covid-19 dans le service réanimation où il exerce au CHU de Bordeaux (Gironde). « Deux de plus. Chaque jour, c'est un peu plus, un peu plus, un peu plus », souffle le médecin. Eux ont la soixantaine. Mais à quelques mètres de là, l'hôpital accueille des malades du virus, bien plus petits. « Il y a parmi nos 87 patients hospitalisés 4 mineurs de moins de 15 ans, dont deux en réanimation », nous explique le directeur général, Yann Bubien.

Si leur état de santé et leurs éventuelles comorbidités relèvent du secret médical, pour le directeur, la situation est loin d'être anodine : « Ça prouve que le Covid-19 touche tout le monde, sans exception et que, par conséquent, chacun de nos comportements a une incidence sur l'ensemble de la population », reprend-il.

«Les formes graves sont exceptionnelles»

Des enfants à l'hôpital? « C'est impossible qu'il en soit autrement », relève d'emblée Robert Cohen, vice-président de la Société française de pédiatrie. Pour le professeur, cela ne s'apparente en rien à un changement de discours. « Oui, les formes graves sont exceptionnelles chez l'enfant », maintient-il. Mais voilà, plus le virus se répand, plus le nombre de cas augmente, plus les situations « exceptionnelles » se multiplient. « C'est mathématique », tranche Robert Cohen. Conséquence, selon lui, une légère hausse des hospitalisations en pédiatrie, avec plusieurs cas de forme particulière du syndrome de Kawasaki.

« Cet été, il y a eu un relâchement des jeunes, certains médecins ont même dit qu'il fallait les laisser se contaminer entre eux (NDLR : le professeur Eric Caumes au Parisien-Aujourd'hui en France, le 1er août ). On le paie maintenant. La contamination des 15-40 ans a un impact. Un peu chez les enfants, beaucoup chez les plus âgés. »

La crainte d'un pic des hospitalisations dans 15 jours

Ce n'est pas Benjamin Clouzeau qui le contredira : « Il y a quinze jours, je disais encore : Les jeunes, ne déconnez pas ! Mais c'est dépassé aujourd'hui, ça y est, la contamination s'est faite chez les plus vieux. On le voit nettement dans nos admissions », indique le réanimateur.

Certes, grâce aux corticoïdes et à des procédés d'oxygénation moins invasifs, les patients y restent moins longtemps, mais lui s'inquiète de voir son service se remplir. Avec des conséquences possibles pour les malades souffrant d'autres pathologies. « Si ça continue, comme cela, prévient-il, on craint un pic des hospitalisations dans quinze jours. »