Deuxième vague du Covid-19 : à l’hôpital, le besoin de renforts devient urgent

Il manque toujours des centaines d’infirmiers et de médecins dans les services hospitaliers pour faire face au retour de l’épidémie, qui s’annonce bien plus brutal et rapide que prévu.

 Face au nouvel afflux de malades du Covid, certains hôpitaux déprogramment des opérations (photo prise à l’hôpital Delafontaine de Saint-Denis le 13 août).
Face au nouvel afflux de malades du Covid, certains hôpitaux déprogramment des opérations (photo prise à l’hôpital Delafontaine de Saint-Denis le 13 août). LP/Philippe de Poulpiquet

A Marseille, Laurent a exercé quinze ans en réanimation. Aujourd'hui en libéral, il aimerait profiter d'une disponibilité pour venir gonfler les rangs du service qui accueille les malades du Covid-19 les plus graves. « Malgré mes presque 50 ans, je m'engagerai volontiers pour la deuxième vague », lance-t-il. A Paris, Stéphane, soignant en urologie, a suivi une formation à quelques-uns des gestes de ces unités de pointe. Pas de quoi en être un expert − il faut plusieurs années − mais il en est convaincu : ses bras peuvent servir de renfort à ses collègues…

Et ils en ont, comme les patients, plus que besoin. Et vite. En quelques jours, l'épidémie a connu une accélération très brutale en France. Lundi 26 octobre, 17 761 malades atteints par le Covid-19 étaient hospitalisés, dont 2761 en soins critiques, soit 186 de plus en 24 heures. Après l'avoir quittée il y a dix ans, Ingrid a, elle, décidé de retrouver définitivement la réanimation. En même temps que deux autres infirmières, elle a pris son poste début octobre. « Je le fais par choix, confie-t-elle, mais je ne suis en rien une sauveuse, je connais les difficultés. »

Si la quadragénaire insiste, c'est qu'il n'y a pas d'un côté les méchants soignants qui raccrocheraient leur blouse et les gentils qui la reprendraient coûte que coûte. Beaucoup sont sortis KO du premier round de l'épidémie. « Certains sont partis, d'autres sont extrêmement fatigués, et de plus en plus chopent eux-mêmes le Covid. Il y a beaucoup de soignants malades ces jours-ci », pointe l'infectiologue Gilles Pialoux.

«On va les accueillir à bras ouverts»

Cela, sans compter le problème de fond, celui de l'attractivité. Trop de postes vacants impliquant une charge de travail intenable − 34000 rien que pour les infirmiers depuis la rentrée −, une reconnaissance salariale pas totalement au rendez-vous, même si le Ségur de la Santé a permis de réelles avancées : une augmentation nette de 183 euros mensuels pour les infirmiers et les aides-soignants à partir de décembre.

Après les avoir applaudis chaque soir lors du confinement, il va falloir choyer les professionnels de santé pour les inciter à revenir en masse à l'hôpital. « L'enjeu, ce sont les ressources humaines, a concédé, il y a quelques jours, Olivier Véran, le ministre de la Santé, qui dressait la liste des besoins pour les réanimations. Il faut des soignants capables de venir épauler les équipes quand c'est nécessaire. »

« Dites-leur qu'on va les accueillir à bras ouverts et qu'ils vont participer à une aventure collective exceptionnelle », encourage Dominique Rossi, président de la commission médicale d'établissement de l'Assistance publique - Hôpitaux de Marseille (AP-HM). Si, en ce vendredi soir, le professeur donne tout, c'est qu'il sort d'une réunion avec l'agence régionale de santé, qui a demandé à l'institution d'augmenter les capacités de la réanimation de trente nouveaux lits.

«Préserver au maximum nos soignants épuisés»

« Aujourd'hui, on a deux robinets ouverts à fond : les patients Covid, et les patients non Covid. Pour tout assumer, il nous faudrait à la louche 100 infirmiers et 25 médecins supplémentaires, sachant qu'on en a déjà recruté 285 depuis le 1er août », reprend Dominique Rossi. Alors, pour faire face et soulager le personnel soignant, il faut déprogrammer les interventions non urgentes. Ainsi, cette semaine, neuf salles de bloc opératoire sur une trentaine resteront fermées. « Pour l'instant, cela suffit », selon l'AP-HM. Faudra-t-il aller jusqu'à supprimer les vacances des blouses blanches ? « Pas à ce stade. On essaye de préserver au maximum nos soignants épuisés. »

Mais la situation se tend dans de nombreuses régions. Dans un courrier adressé à la préfète de la Loire, 21 maires réclament « l'installation de moyens sanitaires militaires pour pallier le manque de personnel soignant », en somme le renfort de l'armée, comme à Mulhouse, lors de la première vague. Des transferts entre régions de patients atteints du Covid ont aussi débuté. Et la déprogrammation est totale sur l'ensemble de l'Auvergne-Rhône-Alpes. « En France, ces décisions doivent être prises ville par ville pour ne pas commettre la même erreur qu'au printemps, prévient Philippe Cuq, président de l'Union des chirurgiens de France. Il faut tenir, ça va être dur, mais nous devons soigner les patients Covid comme les non Covid. »

«Recruter, nous ne demandons que cela»

Du côté de l'Ile-de-France, très touchée par la seconde vague de l'épidémie, les hôpitaux aussi s'organisent. Déprogrammations, annulation de congés… L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) mise sur une réserve de 700 infirmiers, déjà en poste dans d'autres services, mais pouvant rejoindre la réanimation à laquelle ils ont été initiés. Et des appels répétés à l'embauche de soignants. Quelque 250 recrues sont déjà là.

« On progresse, mais il en manque encore 400. Le budget, on l'a ! Recruter, nous ne demandons que cela », assure Pierre-Emmanuel Lecerf, le directeur général adjoint de l'AP-HP. Pour lui, une chose est sûre : « C'est avec du personnel, bien formé, et en nombre suffisant auprès des malades que l'on tiendra dans la durée. » C'est aussi ce que demande Frédéric Adnet, chef du service des urgences de l'hôpital Avicenne, à Bobigny (Seine-Saint-Denis). « Si j'avais les moyens d'ouvrir deux services supplémentaires de médecine et un autre de réanimation, j'aurais la solution, concède-t-il. Mais ce personnel, je ne l'ai pas. »