Covid : la présence du chlorure de potassium dans les vaccins doit-elle inquiéter ?

La présence du composé chimique dans les vaccins Pfizer a inquiété certains internautes, qui avancent que ce même produit serait utilisé lors d’injections létales aux Etats-Unis. Explications.

Un soignant remplit une seringue avec le vaccin Pfizer-BioNTech contre le nouveau coronavirus au centre de vaccination de Freising, dans le sud de l'Allemagne, le 2 février 2021.
Un soignant remplit une seringue avec le vaccin Pfizer-BioNTech contre le nouveau coronavirus au centre de vaccination de Freising, dans le sud de l'Allemagne, le 2 février 2021. afp

Depuis quelques semaines, des messages émergent sur les réseaux sociaux, s’inquiétant de la présence du chlorure de potassium dans la composition du vaccin BioNTech/Pfizer. Un composé chimique qui selon certains, pourrait même être utilisé lors d’injections létales à l’étranger, notamment aux Etats-Unis. Ces affirmations sont-elles correctes ? On fait le point.

D’où vient cette inquiétude ?

Plusieurs internautes ont relayé ces derniers jours sur Twitter et Facebook, des messages évoquant avec crainte la présence du chlorure de potassium dans le vaccin BioNTech/Pfizer. Certains ajoutent même que le composé minéral serait utilisé lors « d’injection létale » aux Etats-Unis, en citant différents articles de presse étrangère. « J’espère sincèrement que cette info n’est pas réelle, si elle venait à être confirmée notre monde serait vraiment en grand péril comme jamais il n’a été », peut-on lire dans certains commentaires.

Le vaccin en contient-il ?

Si l’on regarde attentivement la composition du vaccin Pfizer, on retrouve effectivement du chlorure de potassium, en très faibles quantités, tout comme du monobasique de potassium. L’Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux (Food and Drug Administration) précise qu’une dose de vaccin comprend 0,3 ml de chlorure de potassium, soit « l’équivalent d’une pincée de sel », note auprès du Parisien Faïza Bossy, médecin et nutritionniste.

« Ce composant a un rôle essentiel : il permet de maintenir et conserver la composition du vaccin. Il évite au sérum une dégradation trop rapide », explique-t-elle. Il permet encore de maintenir un certain équilibre du pH pour le vaccin, de sorte qu’il puisse se rapprocher de celui que l’on observe naturellement dans le corps humain.

« Pour limiter les risques, il est évident que l’on va préférer travailler avec des composés chimiques que l’on connaît très bien, comme le chlorure de potassium. Son utilisation n’a absolument rien de surprenant encore moins d’inquiétant », complète Fabienne El-Khoury, épidémiologiste à l’Inserm.

Pourquoi son utilisation n’a rien d’exceptionnel ?

De nombreux vaccins en France comme ailleurs contiennent du chlorure de potassium en très faible dose. De même, son recours est recommandé dans le traitement de l’hypokaliémie, c’est-à-dire lorsque l’organisme souffre d’un taux bas de potassium dans le sang, pouvant entraîner des crampes, des contractions ou même une paralysie des muscles.

L’OMS le classe ainsi dans sa liste de médicaments essentiels, ajoutant qu’il peut même être administré aux enfants. Son « caractère vital » doit même être rappelé, insiste auprès de l’AFP Scott Halperin, directeur du Centre canadien de vaccination : « S’il n’y avait pas de chlorure de potassium, nous mourrions tous ».

Enfin, le composé est également présent dans notre alimentation. On le trouve notamment dans certains produits transformés (chips, sauces, soupes etc). « Avec son goût salé, cet additif peut être utilisé comme un substitut de sel de cuisine ou un exhausteur de goûts, notamment dans la charcuterie », ajoute Faïza Bossy.

Pourquoi la question de son dosage reste primordiale ?

Comme tout composé chimique, la question de son dosage reste évidemment essentielle. Avec une quantité si faible présente dans le sérum BioNTech/Pfizer, « aucun effet indésirable n’a encore été observé en lien avec le chlorure de potassium », insiste Fabienne El-Khoury. « De façon générale, les effets secondaires du vaccin font suite à une réaction du système immunitaire. Il ne s’agit pas d’une réponse de l’organisme face à une toxine », ajoute l’épidémiologiste.

Un surdosage du chlorure de potassium peut toutefois entraîner des conséquences tragiques donnant lieu à des symptômes sévères (paralysie, hypotension, arrêt respiratoire), voire à des décès. En France, un patient hospitalisé est mort en 2001, suite à l’injection par erreur de 4 grammes de chlorure de potassium en intraveineuse.

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Aux Etats-Unis enfin, la substance peut être effectivement utilisée en surdosage et en complément d’autres paralysants pour arrêter le cœur. Son utilisation a été observée lors de condamnations à mort dans l’Arkansas et l’Oklahoma. « On estime que la dose létale est à peu près de 100 mg/kg par voie intraveineuse », indique le docteur Faïza Bossy. Des doses sans commune mesure donc avec celles, infimes, diluées dans un vaccin.