Covid-19 : vers un confinement nocturne à Paris et en petite couronne ?

Face à la forte accélération de l’épidémie, le président de la République, Emmanuel Macron, pourrait annoncer ce mercredi des mesures plus strictes, à commencer par un couvre-feu local comme en Allemagne.

 Après le confinement en mars dernier, un couvre-feu à Paris et dans sa petite couronne, ainsi que dans d’autres zones en alerte rouge ?
Après le confinement en mars dernier, un couvre-feu à Paris et dans sa petite couronne, ainsi que dans d’autres zones en alerte rouge ? LP/Olivier Corsan

Des rues qui se vident, un silence qui s'installe, des gens qui courent prendre le dernier métro… Faut-il s'attendre à ce genre de scènes dans les tout prochains jours? Pas à 2 heures du matin, mais en pleine soirée. L'idée d'un couvre-feu à Paris, sa petite couronne, voire dans d'autres villes en alerte rouge semble se préciser. Outre-Rhin, à Berlin, Francfort ou Cologne, il est déjà en vigueur depuis samedi soir.

« Rien n'est à exclure », a lâché ce mardi la ministre déléguée à la Citoyenneté, Marlène Schiappa, préparant le terrain à cette annonce de plus en plus probable par le chef de l'Etat lui-même. Emmanuel Macron va en effet s'exprimer sur l'épidémie ce mercredi soir, une première depuis le 14 juillet.

Equilibre entre le sanitaire et l'économie

« Cette hypothèse me paraît inévitable », réagit Jean-François Mattéi, ancien ministre de la Santé, aujourd'hui président de l'Académie de médecine. Mais, au vocabulaire guerrier de « couvre-feu », il préfère le terme plus sanitaire de « confinement nocturne ». Alors que différents scénarios sont évoqués - 20 heures, 22 heures ou 23 heures -, lui opte pour un compromis : plus un pied dehors « entre 22 heures et 5 ou 6 heures du matin. »

Une tranche horaire qui permettrait de ne pas fermer les restaurants, d'avoir le temps de rentrer chez soi et non de filer en soirées privées - festives et alcoolisées -, où le virus se délecte des visages sans masque. « Ce serait le bon équilibre entre le sanitaire et l'économie », estime Jean-François Mattéi.

« Il est indispensable de réduire les contacts entre les jeunes, lorsqu'ils se retrouvent le soir. C'est là que se forment de nombreux clusters », pointe la professeure Dominique Salmon, infectiologue à l'hôpital parisien de l'Hôtel-Dieu. Une fois contaminés, et même s'ils sont asymptomatiques, les jeunes noctambules peuvent infecter à leur tour leurs parents ou leurs grands-parents. On le voit dans les services de réanimation, où la part des plus de 65 ans est en nette augmentation.

Malgré les fermetures de bar et les restrictions dans les restaurants il y a deux semaines à Paris, le virus continue de galoper. 17 % de tests positifs et un nombre de contaminations qui a bondi entre le 1 er et le 12 octobre de 263 personnes infectées pour 100 000 à 413! Dans ce contexte, le couvre-feu est-il notre dernière chance avant de perdre totalement la maîtrise de l'épidémie?

« Attention, ce n'est pas avec cette seule solution qu'on y arrivera, prévient le président de l'Académie de médecine. Je plaide aussi et surtout pour un meilleur contrôle des mesures existantes. Rajouter, rajouter, rajouter, c'est bien gentil, mais il faut s'assurer que ce qui est mis en place est bien appliqué. » Les exemples sont nombreux : du masque, trop souvent porté sous le nez, aux bars qui servent tout à coup des frites pour rester ouverts.

«Ce serait aller trop loin», selon certains scientifiques

Encore faut-il que cette mesure, si elle est annoncée, rencontre l'adhésion de la population, alors même qu'elle ne fait pas consensus chez tous les scientifiques. « Ce serait aller trop loin, au regard de la situation actuelle », juge l'épidémiologiste Martin Blachier. Selon lui, le nombre d'admissions en réanimation n'augmente plus aussi vite qu'avant. « Nous sommes au haut de la bosse », estime-t-il, jugeant les prévisions pour les prochaines semaines « alarmistes ».

VIDÉO. Martin Hirsch : « 90 % » des lits de réanimation occupés par des cas de Covid « d'ici fin octobre »

« Un couvre-feu, c'est extrêmement fort. Ça veut dire sortir avec une autorisation sous peine de sanction, des patrouilles dans la rue… Cela va créer un climat délétère dans le pays. Pourquoi cette logique de guerre ? Ne faisons pas le pas de trop », exhorte Martin Blachier, qui appelle à « se laisser un peu de temps ».

« Mais on ne l'a plus, ce temps ! rétorque la professeure d'infectiologie Karine Lacombe. A l'hôpital, on est acculés. Si chacun avait pris plus tôt ses responsabilités, nous n'en serions pas là. Aujourd'hui, on court derrière le virus. »