Covid-19 : pourquoi la perte de l’odorat est un symptôme plutôt rassurant

Une nouvelle étude menée par des médecins de l’hôpital Foch à Suresnes (Hauts-de-Seine) et de l’université de Mons (Belgique) estime que ce facteur est «de bon pronostic».

 La publication montre aussi que « 75 à 85 % des patients qui perdent l’odorat le récupèrent deux mois après la fin de la maladie ».
La publication montre aussi que « 75 à 85 % des patients qui perdent l’odorat le récupèrent deux mois après la fin de la maladie ». LP/Arnaud Journois

Vous perdez l'odorat, alors que vous êtes atteint par le Covid-19? Cela signifie que la maladie ne sera pas trop grave, même s'il existe parfois des exceptions avec des complications sévères. Telle est la principale conclusion d'une vaste enquête européenne coordonnée par l'hôpital Foch de Suresnes dans les (Hauts-de-Seine) et l'université de Mons (Belgique) qui vient d'être rendue publique.

« La perte de l'odorat est un facteur de bon pronostic, dans l'évolution d'un Covid », nous précise le Dr Jérôme Lechien, chef du service otorhinolaryngologie de l'hôpital Foch, qui a dirigé cette étude, avec le professeur Sven Saussez de l'université de Mons. Des premiers travaux sur ce thème avaient été publiés en avril 2020, et il s'agit ici de la suite de leurs recherches.

Pour arriver à cette conclusion, les chercheurs ont examiné l'évolution de l'état de santé d'une vaste cohorte de 1300 patients atteints de Covid-19. Ils l'ont divisée en quatre groupes, suivant la qualification de l'OMS, en fonction du niveau de gravité. Les « légers » tout d'abord, qui peuvent rester à la maison sans soucis ; les « modérés », avec quelques difficultés à respirer ; les « sévères » qui ont besoin d'apports ponctuels en oxygène à l'hôpital, et les « très sévères » qui en ont besoin très fréquemment en soins intensifs et en réanimation. « Les résultats montrent que parmi les patients qui étaient dans les groupes 3 et 4, soit les plus fortement atteints, seuls 10 à 15 % d'entre eux avaient une perte d'odorat. En revanche, ils étaient 70 à 85 % avec ce symptôme dans les groupes 1 et 2, soit les cas les plus bénins », analyse le Dr Jérôme Lechien.

Deux mois pour récupérer ce sens

Comment expliquer ce phénomène ? « Notre hypothèse est que la perte d'odorat signifie que le virus arrive non seulement dans le nez, mais aussi dans le système nerveux central. Des images IRM montrent alors une atteinte du bulbe olfactif, une région située à la base cerveau et qui a un rôle majeur dans l'odorat. Le virus est alors contenu par le système immunitaire. Cela lui évite un passage trop important dans les poumons et dans le sang, ce qui est le cas dans les cas les plus graves », ajoute le Dr Jérôme Lechien. La perte du goût aurait la même origine : « La capacité du Covid-19 à envahir le bulbe olfactif et le système nerveux central permet d'expliquer la fréquence associée des troubles du goût », ajoute-t-il.

La publication montre aussi que « 75 à 85 % des patients qui perdent l'odorat le récupèrent deux mois après la fin de la maladie. Concernant le goût, c'est le cas dans 90 % des cas.

Parmi les bonnes nouvelles, les médecins constatent que l'utilisation des corticoïdes a de bons résultats sur l'odorat, et permet de « calmer l'inflammation du bulbe olfactif ». Une parade utile en cette période, car le Dr Jérôme Lechien « voit revenir dans sa consultation de l'hôpital Foch de plus en plus de personnes avec une perte de l'odorat, signe concret de la progression du virus ».