Covid-19 : pourquoi l’espoir de trouver un traitement miracle est permis

Alors que la vaccination patine, la recherche sur les médicaments reprend du galon. Si beaucoup ont déçu jusqu’alors, les scientifiques se concentrent sur de nouvelles molécules comme les anticorps monoclonaux.

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 Après plusieurs déceptions, dont l’hydroxychloroquine, les espoirs se tournent  sur la recherche sur les anticorps monoclonaux.
Après plusieurs déceptions, dont l’hydroxychloroquine, les espoirs se tournent sur la recherche sur les anticorps monoclonaux. LP/Olivier Lejeune

Forcément, elle porte en elle « la promesse phénoménale » d'un avenir moins sombre. « Révolutionnaire », prédisait aussi l'OMS en décembre. Alors, à ne jurer que par la vaccination contre le Covid-19, les traitements ont été éclipsés, presque oubliés. Mais face à une campagne d'immunisation massive qui peine à prendre son envol, et l'émergence de variants coriaces, cet autre pan de la recherche contre le virus revient sur le devant de la scène. Déjà, par un espoir : celui des anticorps monoclonaux. Derrière ce nom compliqué, se cache une thérapie qui suscite l'engouement pour contrer les cas de Covid les plus sévères. Ensuite, parce que le politique s'en mêle.

Emmanuel Macron l'a fait savoir ces derniers jours : il veut des avancées, et est prêt à y mettre le prix. D'ailleurs, un rendez-vous récurrent s'est ajouté à son agenda. Le Président anime lui-même des réunions de suivi sur les traitements, dont la dernière s'est tenue ce mardi. Présents : une dizaine de pontes, des spécialistes des maladies nouvelles, et d'autres en anticorps monoclonaux et interférons.

Les déceptions s'enchaînent

« Trouver de nouveaux traitements reste essentiel. En dépit de la vaccination, des gens continueront à être malades, à faire des formes sévères. Il leur faut des médicaments efficaces », plaide le professeur Dominique Deplanque, pharmacologue et directeur de la recherche clinique au CHU de Lille (Nord). La tâche s'annonce difficile. Depuis un an, les désillusions s'enchaînent. Les thérapeutiques brandies comme de potentiels « miracles » ont fait pschitt. « De ce côté-là, il n'y a rien de nouveau », tranche Frédéric Adnet, le patron des urgences de l'hôpital Avicenne de Bobigny (Seine-Saint-Denis) et chercheur à l'Inserm, expert en essais cliniques.

L'hydroxychloroquine vantée par le professeur Raoult? « Aux oubliettes », dit-il. Le tocilizumab sur lequel misaient les Hôpitaux de Paris? « Totalement enterré ». Le remdesivir ? « Ça ne marche pas ». Un dernier coup de bambou est venu s'abattre sur ce médicament développé par Gilead : jeudi dernier, la grande étude Discovery qui évalue depuis le début de la crise les molécules les plus prometteuses, a décidé d'arrêter de le tester, « par manque de preuve de son efficacité. »

Quant à la colchicine, extraite de la fleur de colchique, ses résultats détonants étaient à peine annoncés en janvier par des chercheurs canadiens qu'ils étaient largement dénoncés pour leur manque de rigueur. Des déceptions qui surprennent à moitié, quand on sait qu'après cinquante ans de recherches acharnées, il n'existe toujours pas de solide remède contre la grippe.

VIDÉO. Coronavirus : la colchicine, médicament prometteur dans la lutte contre l'épidémie ?

Tout serait donc si noir? « Non! répond Dominique Deplanque. Non seulement il y a des avancées, mais un traitement est bel et bien validé. Depuis septembre, la dexaméthasone, de la famille des corticoïdes, est devenue un standard de soin pour les patients hospitalisés. Elle réduit la mortalité (-21 %) et le risque de devoir aller en réanimation. Ce n'est pas rien. » En clair, face au Covid, on meurt moins aujourd'hui qu'hier.

Plusieurs entrées possibles dans l'essai Discovery

Et pour demain, l'espoir est également permis. « La liste de molécules potentiellement intéressantes est longue », estime le pharmacologue. Après l'Allemagne qui en a commandé 200 000 doses pour la coquette somme de 400 millions d'euros, c'est la France qui s'intéresse de près aux anticorps monoclonaux. Ce lundi, l'Agence européenne du médicament (EMA) nous indique qu'elle a mis en place un processus accéléré pour évaluer plus facilement ce traitement « prometteur ».

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Et selon nos informations, les anticorps pourraient d'ailleurs prochainement rejoindre l'essai Discovery, pour être testés sur des malades à haut risque. D'autres candidats sont dans le starting-block : l'antiviral molnupiravir. Et même, des médicaments antidépresseurs de la classe de la fluvoxamine qui recèlent de potentiels effets anti-inflammatoires. Après la précipitation du début, la recherche revient à ses premières amours : laisser le temps au temps.