Covid-19 : pourquoi constate-t-on un rajeunissement des patients hospitalisés ?

Des médecins disent constater un certain rajeunissement des patients hospitalisés ou en réanimation, ce qui est confirmé par les chiffres. Plusieurs raisons possibles sont avancées.

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La part de patients très âgés hospitalisés a légèrement diminué ces dernières semaines.
La part de patients très âgés hospitalisés a légèrement diminué ces dernières semaines. LP / Arnaud Journois

« Le profil a évolué. Il y a un rajeunissement des patients, on le voit aussi sur les admissions en réanimation. Ce n’est pas qu’un problème de nos concitoyens les plus âgés. » Olivier Guérin a beau être gériatre, c’est de lui que vient cette mise en garde, lundi. Le chef de service au CHU de Nice s’exprimait lors de la conférence de presse durant laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a annoncé de nouvelles mesures de restrictions, dont un confinement le week-end sur le littoral, pour faire face à l’épidémie de Covid-19.

D’autres médecins partagent cette impression de devoir prendre en charge une proportion plus importante de personnes moins âgées, que ce soit en réanimation ou en hospitalisation conventionnelle. « On le constate depuis environ trois semaines. La moitié de nos patients a moins de 65 ans, alors que l’âge médian était plutôt autour de 70 ans auparavant », indique au Parisien Carole Ichai. Le service de réanimation au CHU de Nice, qu’elle dirige, accueille actuellement une trentaine de patients Covid.

« Surtout des 50-60 ans»

« Oui, ça se rajeunit un peu. Ce sont surtout des 50-60 ans mais on a aussi des plus jeunes », renchérit le Pr Emmanuel de la Coussaye, chef des urgences au CHU de Nîmes. Dans son hôpital, 140 lits sur 950 sont occupés par des patients diagnostiqués positifs au Covid-19. En service de réanimation, le taux d’occupation grimpe à 52 %.

Covid-19 : pourquoi constate-t-on un rajeunissement des patients hospitalisés ?

Les chiffres leur donnent plutôt raison. En Provence Alpes Côte d’Azur, en un mois et demi, la part de patients âgés d’au moins 70 ans en réanimation est passée de 52 à 40 %. À l’inverse, les moins de 60 ans représentent, au 22 février, 24 % des patients versus 13 % le 4 janvier. Au niveau national, parmi tous les patients hospitalisés (dont ceux en soins de rééducation), la proportion de ceux âgés d’au moins 70 ans a chuté de près de cinq points depuis début janvier. Les moins de 60 ans en représentent désormais près de 15 %, contre près de 11 % un mois et demi plus tôt. Or, le nombre total est resté quasiment identique (autour de 25 000).

Du relâchement chez les moins âgés ?

Les médecins interrogés avancent plusieurs hypothèses pour expliquer ces différences, sans avoir aucune certitude à cette heure. « D’un côté, peut-être que les personnes âgées ont pris conscience de cette maladie et font davantage attention. De l’autre, comme on n’a pas été confinés cette fois, les actifs ont continué de travailler et d’avoir des contacts », avance Marc Leone, chef du service anesthésie réanimation de l’Hôpital Nord de Marseille. Qui dit davantage d’occasions d’être contaminé dit aussi davantage de risques de se retrouver hospitalisé. « En voyant les rues de Nice, j’ai l’impression que les personnes de 50 ou 60 ans faisaient sans doute davantage attention auparavant », renchérit de son côté Carole Ichai.

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On pourrait aussi penser à un possible effet de la vaccination. Au 22 février, plus d’un quart des personnes âgées d’au moins 80 ans avaient reçu au moins une dose, et plus de 10 % avaient reçu deux injections. Si les vaccins pourraient déjà avoir permis de limiter la transmission du virus et donc les contaminations chez ces personnes âgées, « il est trop tôt » pour affirmer que cela a aussi impacté de façon majeure les hospitalisations, nuance Marc Leone. « On est au bout de la chaîne, donc a priori la vaccination n’a pas encore de gros impact sur la situation à l’hôpital », renchérit Emmanuel de la Coussaye.

La crainte du variant « britannique »

Reste l’hypothèse d’un lien avec le variant dit « britannique », estimé entre 30 et 70 % plus contagieux. D’après les dernières données de « criblage » communiquées par Santé publique France jeudi 18 février, sa proportion parmi les tests positifs est inférieure à 30 % dans chacune des catégories d’âge supérieures à 70 ans, contre 37 % dans l’ensemble de la population. « Peut-être que ce variant a une spécificité un peu plus marquée pour une population moins âgée, pas forcément parce qu’il s’en prend par nature plus facilement à eux mais plutôt car ils ont davantage de contacts sociaux », avance Carole Ichai.

Covid-19 : pourquoi constate-t-on un rajeunissement des patients hospitalisés ?

Des scientifiques britanniques ont aussi estimé que ce variant pourrait entraîner davantage de formes graves. Mais, à ce jour, rien dans la littérature scientifique ne permet de l’établir. « Certaines études épidémiologiques suggèrent une mortalité plus élevée associée à ce variant, mais ces résultats demandent à être confirmés par d’autres études », résume Santé publique France. « On entend beaucoup d’informations mais il faut être très prudent car ce débat est loin d’être tranché », insiste de son côté Olivier Bouchaud, le chef du service infectiologie à l’hôpital Avicenne à Bobigny.