Covid-19 : plus on parle, plus on a de risque de diffuser le virus

Une étude réalisée par une équipe franco-américaine montre que, sans masque, on peut projeter des postillons jusqu’à deux mètres de distance. Et ce d’autant plus si l’on est bavard.

 Les chercheurs notent l’importance de l’aération, surtout quand la conversation est longue, lors d’une réunion de travail, par exemple.
Les chercheurs notent l’importance de l’aération, surtout quand la conversation est longue, lors d’une réunion de travail, par exemple. LP/Aurélie Audureau

Manouk Abkarian, docteur en physique des fluides, est catégorique. Les gouttelettes de salive qui s'échappent de notre bouche lors d'une discussion peuvent être largement projetées au-delà du mètre de sécurité actuellement considéré par les autorités françaises comme la bonne distance pour échanger sans masque. C'est ce qui ressort des travaux qu'il a menés au Centre de biologie structurale (CBS, un laboratoire de recherche CNRS, Inserm, université de Montpellier), à Montpellier (Hérault), aux côtés de Simon Mendez, lui aussi chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), en partenariat avec la prestigieuse université américaine de Princeton.

« Dans un endroit fermé, sans ventilation particulière, le matériel expiré en parlant peut être projeté jusqu'à deux mètres, notamment lorsque le locuteur forme des consonnes explosives comme le p. Les jets d'air se propagent alors horizontalement. Et, plus on parle, plus on crée une impulsion pour pousser le matériel de plus en plus loin. La vitesse caractéristique de ces jets de gouttelettes peut atteindre plusieurs centimètres par seconde », a mesuré Manouk Abkarian.

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«Attention aux ventilations qui ne filtrent pas»

Depuis cette découverte, le scientifique a modifié la disposition des bureaux dans son laboratoire de recherches : ils ne sont plus face à face, mais en quinconce. Et lors des repas pris en commun, on remet aussitôt le masque pour échanger quand on ne mange pas.

Ces recherches franco-américaines ont aussi mis en évidence le rôle primordial de la ventilation. « Je conseille d'évaluer la situation lorsque l'on arrive sur un site où l'on doit échanger avec d'autres personnes, surtout quand l'échange va être long, comme lors d'une réunion de travail. Attention aux ventilations qui ne filtrent pas mais se contentent de brasser l'air ambiant dans une pièce fermée. Ce type de système peut redistribuer une charge virale, surtout dans un espace confiné avec beaucoup de monde. Il faut aérer régulièrement et ne pas être trop nombreux trop longtemps dans une pièce fermée », poursuit le chercheur français.

En plein air, le chercheur conseille aussi d'apprécier le sens de la brise ou du vent, qui peut aussi prolonger la trajectoire de fines gouttelettes. « Dans ce cas-là, comme pour la ventilation, ce n'est plus le souffle de la parole qui est transmetteur, mais le courant d'air lui-même. Sans vouloir faire peur, ni créer de panique, soyez conscient de ce que vous émettez avec la bouche. Ce n'est pas anodin », alerte Manouk Abkarian.

Les chercheurs français et américains ont aussi planché sur la parole avec masque. « Les premiers résultats sont très intéressants. Les mêmes phrases prononcées avec un masque génèrent du matériel expiré à seulement 30 cm, voire 15 cm. Le masque filtre à 95 %, note Manouk Abkarian. Et ce qui traverse la fibre est réchauffé par effet de frottement et aurait plutôt tendance à se déplacer verticalement ».