Covid-19 : plongée dans le département de la Loire, épicentre de l’épidémie

Plusieurs départements de la région Rhône-Alpes, dont la Loire, font figure d’épicentres de l’épidémie. Là-bas, le virus a flambé, notamment à cause de la précarité, de fêtes étudiantes, mais aussi de l’ouverture d’un centre commercial géant.

 Sur le marché de Firminy (Loire), l’épidémie de Covid-19 est sur les lèvres de tous les habitants de la ville.
Sur le marché de Firminy (Loire), l’épidémie de Covid-19 est sur les lèvres de tous les habitants de la ville. LP/Arnaud Dumontier

En ce mardi matin, le marché de Firminy (Loire) se réveille doucement et accueille ses premiers clients. « Dire qu'à quelques mètres de nous, l'hôpital de la ville est débordé », souffle Colette, une ancienne infirmière de 71 ans, venue remplir son panier de blettes et autres légumes de saison. Ici, non seulement le principal sujet de discussion est l'épidémie de Covid-19, mais tout le monde connaît quelqu'un qui a été touché. « Ma belle-sœur », dit Christelle. « Mon gendre et mon petit-fils », embraie Noëlle. « Ma femme et moi-même! J'avais mal partout, c'était horrible », résume Georges, 73 ans, un ancien commerçant qui a du mal à ne pas serrer quelques louches.

La petite ville, jusque-là connue pour abriter le plus grand site architectural de Le Corbusier, s'est érigée comme l'une des communes de France les plus impactées par le virus. Sa proximité - moins de quinze kilomètres - avec Saint-Etienne, le chef-lieu de la Loire, n'y est pas pour rien. Le département se partage avec la Haute-Loire et la Savoie, tous en Rhône-Alpes, l'épicentre de l'épidémie. L'incidence y est de plus de 1 000 cas pour 100 000 habitants, soit plus du double de la moyenne nationale. « Comme l'Est lors de la première vague, nous sommes sous le feu des projecteurs, on ne s'y attendait pas et on s'en passerait bien », soupire Christelle, une quadragénaire qui impute la faute à une application inégale des gestes barrière. Chez la productrice de chèvres frais, une autre habitante livre son hypothèse : « Pour moi, c'est le Steel, ça a entraîné un énorme brassage de population. »

En une semaine, 150 000 personnes au nouveau centre commercial

Silencieux depuis le confinement, le Steel est à Saint-Etienne un géant d'acier, avec 1 600 places de parking et 70 000 mètres carrés de magasins et de restaurants. Ce centre commercial est extérieur, aéré, bordé de chemins, de sculptures et de fontaines. Mais il est surtout nouveau. Son inauguration a été maintenue le 16 septembre. Une semaine plus tard, plus de 150 000 personnes s'y étaient déjà précipitées. « Il fallait reporter! Un tiers de la population du bassin en quelques jours, une ouverture exceptionnelle le dimanche… bien sûr qu'on l'a mauvaise », grince-t-on au sein du personnel soignant de l'hôpital privé de la Loire.

Le centre commercial Steel, inauguré à la mi-septembre à Saint-Etienne, a rameuté les foules. /PHOTOPQR/LE PROGRES/Rémy Perrin
Le centre commercial Steel, inauguré à la mi-septembre à Saint-Etienne, a rameuté les foules. /PHOTOPQR/LE PROGRES/Rémy Perrin  

« C'est un élément, mais ça n'explique pas tout », nuance le Dr Jean-Yves Grall, patron de l'Agence régionale de santé de Rhône-Alpes. Pour lui, l'envolée fulgurante de l'épidémie (en un mois, entre le 1er octobre et le 1er novembre, l'incidence dans la région est passée de 194 à 856, et dans le département de 316 à 1 128) est « multifactorielle ». Parmi les causes, la part non négligeable de personnes en situation de précarité.

«Les quinze prochains jours seront difficiles à passer»

« Dans la Loire, le taux de personnes âgées est plus important que dans l'ensemble de la région, note le Dr Grall. La rentrée intra et extra-universitaire a aussi joué… », reprend-il dans une référence à peine voilée à des rassemblements étudiants. Début octobre, une soirée avec 150 fêtards s'est littéralement transformée en cluster, obligeant une école de commerce à fermer ses portes face à la propagation des cas. A la liste, s'ajoute une série d'événements familiaux, comme des mariages en grand comité, prévus au printemps et finalement célébrés en septembre.

Si connaître les causes pour mieux anticiper la suite est capital, il y a ici, comme ailleurs, un facteur « pas de chance » à prendre en considération. En témoigne la Savoie, où les chiffres s'affolent. « Les territoires plus épargnés par la première vague, le sont moins pour la seconde. Même l'ouest devient rouge », décrypte le directeur de l'ARS. Sa boussole du moment, avoir toujours cent lits de réanimation « d'avance », pour sécuriser l'afflux de patients - « On fait tout pour ne pas être saturé, assure-t-il. Pour cela il faut rester calme. » Il devra le rester encore un peu : si un léger frémissement se ressent cette semaine, « il y a peu d'éléments objectifs pour dire que ça baisse. Les quinze prochains jours seront difficiles à passer. »