Covid-19 : «Nous devons avoir 20 % de contacts sociaux en moins», exhorte Martin Hirsch

Le directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris s’alarme de la progression de l’épidémie. Dans dix jours, les services de réanimation en Ile-de-France seront tout proches de la saturation, assure-t-il.

 La situation de l’épidémie de Covid-19 est « grave », alerte Martin Hirsch, le patron de l’AP-HP.
La situation de l’épidémie de Covid-19 est « grave », alerte Martin Hirsch, le patron de l’AP-HP.  LP/Guillaume Georges

Le bureau est en pagaille, la bannière « courrier » déborde. Martin Hirsch, le patron de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP), l'immense groupement de 39 hôpitaux franciliens, a d'autres préoccupations que le rangement. « La situation est grave », insiste-t-il. Avec le rebond de l'épidémie de Covid-19, ses services de réanimation seront bientôt pleins, craint-il, et tous les malades risquent d'en pâtir. A deux jours de l'interview du président Emmanuel Macron sur la crise sanitaire, il appelle chacun à diminuer ses contacts sociaux.

Médecins et politiques s'accordent à dire que la situation sanitaire liée à l'épidémie de Covid-19 va largement se dégrader d'ici à « quinze jours ». Sur quels éléments tangibles vous appuyez-vous ?

MARTIN HIRSCH. Nous avons repris toutes les données de circulation du virus et les projections sont claires. Aux alentours du 24 octobre, il y aura au minimum entre 800 et 1000 patients Covid dans les services de réanimation d'Ile-de-France, soit environ 70 % à 90 % de nos capacités actuelles. Cela est inéluctable. La situation est grave.

Pour qui ?

Pour l'ensemble des patients. Ce qui se passe actuellement a des conséquences lourdes en termes de santé publique, pour la protection de tous les citoyens. Environ 20 % des interventions non-prioritaires sont en cours de déprogrammation. Nous allons réussir à maintenir ce cap quelques jours, mais il va ensuite augmenter. Il ne s'agit pas de s'affoler mais, au contraire, de regarder les choses avec calme. Personne ne veut qu'un choix soit fait entre des patients ou entre des pathologies. C'est donc aujourd'hui même qu'il faut agir. Nos comportements immédiats vont déterminer l'étape d'après.

VIDÉO. Martin Hirsch : « 90 % » des lits de réanimation occupés par des cas de Covid « d'ici fin octobre »

Qu'attendez-vous de nous ?

J'attends des entreprises qu'elles mettent en place une politique bien plus systématique de télétravail. De la population, qu'elle diminue nettement son niveau d'interactions sociales. Nous avons visiblement du mal à le faire spontanément, mais crions à l'infantilisation si l'on nous fixe des interdits. Nous avons déjà, grâce aux mesures barrière, réussi à faire passer le R0 (qui détermine combien de contacts une personne positive va contaminer) de 3 à 1,2/1,3 entre mars et maintenant. Mais cela n'est pas suffisant. Nous devons − vous, moi, tout le monde − avoir 20 % de contacts sociaux en moins.

Comment ?

En ayant conscience que son comportement individuel peut avoir des conséquences et aussi en acceptant des mesures plus strictes. Si de nouvelles restrictions sont annoncées mercredi par le président de la République, je peux vous garantir qu'elles ne seront pas superflues. Nous ne le disons pas parce que nous voulons être tranquilles à l'hôpital, mais pour protéger la population.

Le problème n'est-il pas que l'hôpital ne s'est pas assez préparé à la deuxième vague ?

Nous n'avons pas attendu la rentrée pour nous préparer ! Pendant que certains sur les plateaux télé jugeaient la seconde vague « impossible », on s'organisait. Nous avons augmenté nos capacités, en ouvrant quelque 80 lits supplémentaires et affecté 250 personnels de plus dans les soins critiques. Nous en avons aussi formé 600 autres à la réanimation. Il s'agit d'une « réserve interne », mais ils n'ont pas le don d'ubiquité : quand ils rejoindront les soins critiques Covid, ce sera au détriment de leur service. L'autre problème, c'est que pour chaque lit de réa en plus, il faut des soignants qualifiés que l'on a du mal à recruter.

Samedi soir, Michel Cymes, médecin très populaire, a dit ne pas porter de masque dans la rue parce que « ça ne sert à rien »…

Si c'est pour dire qu'il est plus utile en milieu fermé que seul dans une rue, il enfonce une porte ouverte. Si c'est pour recommander plus d'attention et moins de contacts rapprochés, très bien. Michel Cymes est très sympathique, mais il ne participe pas aux cellules de crise quotidiennes de l'AP-HP. Ceux qui rament jour et nuit contre le virus pensent qu'il faut en faire plus, pas moins.