Covid-19 : les formes graves parfois liées à nos… gènes

Les chercheurs de l’Institut Imagine montrent que 15 % des cas graves du virus sont liés à des anomalies génétiques et immunologiques. Les hommes sont aussi plus atteints de formes sévères.

 Les chercheurs ont constaté que « 3 à 4 % des patients atteints de forme sévère du Covid ont des mutations dans leurs gènes ».
Les chercheurs ont constaté que « 3 à 4 % des patients atteints de forme sévère du Covid ont des mutations dans leurs gènes ». AFP

Le Covid, ce serait génétique? On sait qu'il s'agit d'une maladie infectieuse d'origine virale, liée au SARS-Cov-2, mais la réponse de notre organisme varie en fonction de nos gènes. Cette idée d'une « piste génétique » avait déjà été avancée par différentes équipes de recherche depuis que ce nouvel ennemi est apparu, mais les travaux menés par l'Institut de recherche Imagine (Hôpital Necker, Inserm, Université Rockefeller et Howard Hughes Medical Institute à New York) donnent de nouvelles informations sur ce sujet qui viennent d'être publiées dans le magazine Science.

Une équipe franco-américaine, dirigée par Jean-Laurent Casanova et Laurent Abel, montre en effet que 15 % des formes graves de Covid ont des causes génétiques et immunologiques.

Pourquoi la génétique joue un rôle crucial ?

« Depuis plusieurs années, on se rend compte que les maladies infectieuses s'expliquent aussi par des causes génétiques. Nous le voyons maintenant avec le Covid. Depuis le début de la pandémie, nous avons mis en place un consortium international, Covid Human Genetic Effort, dans le but d'identifier les facteurs génétiques pouvant expliquer les formes sévères, explique Laurent Abel. Si certains de nos gènes sont défaillants, la réponse immunitaire de notre organisme sera moins efficace. La production de certaines protéines essentielles à notre défense ne pourra plus se faire. »

Dans le détail, les chercheurs ont constaté que « 3 à 4 % des patients atteints de forme sévère du Covid ont des mutations dans leurs gènes. Cela a pour conséquence directe de diminuer leur production d'interférons de type 1. Or ces molécules du système immunitaire ont normalement une puissante activité antivirale. Face à cette situation la maladie du patient s'aggrave », ajoute Laurent Abel.

Des recherches sont en cours pour mettre au point des techniques de dépistage de ces patients à risque, mais certaines sont assez avancées. Il existe aussi un vrai espoir de traitement, en utilisant les médicaments élaborés à partir d'interférons de type 1 et qui vont compenser leur déficit dans l'organisme. Ils sont disponibles depuis plus de trente ans et sans effets secondaires notables s'ils sont pris pendant une courte période.

La piste d'une mutation du chromosome X

Les chercheurs de l'Institut Imagine ont effectué une autre découverte, qui met en avant la fragilité de certains patients. « Nous nous sommes aperçus que 10 à 11 % des malades qui font des formes sévères de Covid ont la particularité de produire des autoanticorps. Ceux-ci neutralisent les interférons de type 1 et les empêchent de lutter contre la maladie », poursuit le spécialiste. Interrogé sur les points communs du point de vue du patrimoine génétique entre ces patients, le chercheur met en avant qu'il s'agit « en très grande majorité d'hommes ».

En effet, sur les 101 personnes figurant dans le groupe présentant ce profil clinique, 95 étaient des hommes. De plus, l'une des six femmes qui avait des autoanticorps était par ailleurs atteinte d'incontinentia pigmenti, une maladie génétique due à une mutation d'un gène porté par le chromosome X, qui distingue le sexe féminin et masculin. « Notre hypothèse est que l'origine de ces autoanticorps serait liée à une mutation chez certains du chromosome X », précise Laurent Abel. D'autres publications ont déjà montré une certaine fragilité des hommes face au Covid, avec des proportions de formes sévères supérieures à ce qui était attendu du point de vue statistique. La ou les pistes génétiques pouvant expliquer ces états de fait ne sont pas encore toutes connues.