Covid-19 : le variant anglais est-il plus meurtrier que le virus originel ?

Il fait peur au Royaume-Uni. Mais pas seulement, l’hypothèse d’un variant plus meurtrier inquiète tous les pays, principalement européens, qui en ont détecté sur le sol. Comme la France.

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 Londres (Royaume_Uni), le 21 janvier. Le nombre de morts du Covid a bondi de 13,2 % en une semaine dans le pays.
Londres (Royaume_Uni), le 21 janvier. Le nombre de morts du Covid a bondi de 13,2 % en une semaine dans le pays.  AFP/Daniel Leal-Olivas

La nouvelle – une bombe – est tombée comme un nouveau coup dur pour le moral des Britanniques qui n'en avait pas besoin, voire sur les Européens en général. « Le variant du coronavirus, d'abord identifié à Londres et dans le sud-est de l'Angleterre, pourrait être associé à un degré plus élevé de mortalité », a déclaré vendredi le Premier ministre Boris Johnson.

Les scientifiques du Groupe consultatif sur les menaces nouvelles et émergentes des virus respiratoires (Nervtag) ont conclu que cette nouvelle souche, appelée B.1.1.7., pourrait augmenter le taux de mortalité de 30 %. « Les preuves ne sont pas encore très fortes mais il y a un ensemble d'éléments qui vont dans ce sens, a essayé de nuancer Patrick Vallance, le conseiller en chef du gouvernement. Sur mille personnes infectées, disons des sexagénaires, dix d'entre elles risquent de mourir du virus originel, contre treize ou quatorze personnes avec le nouveau variant. »

VIDÉO. Covid-19 : le variant britannique aurait « un degré de mortalité plus élevé », indique Boris Johnson

Le professeur Graham Medley, l'un des coauteurs du rapport consulté par le gouvernement, estime en revanche que cette nouvelle, si elle s'avérait, ne devrait pas changer la donne quant aux effets du Covid-19 sur la population. « La question de savoir si ce virus est plus dangereux en termes de mortalité est je pense toujours ouverte », a-t-il admis à la BBC. Si le Premier ministre s'est montré alarmiste, d'autres équipes scientifiques poursuivent leurs recherches sur le sujet.

Et en France? Depuis le jour de Noël et le premier cas détecté à Tours (Indre-et-Loire) sur un patient de retour de Londres, une course contre la montre s'est engagée pour ne serait-ce que tracer ce dangereux mutant. Mais pas si simple de savoir si l'on a contracté un Covid en mode british. Après une première enquête qui porte sur tous les tests PCR positifs au Covid-19 des 6 et 7 janvier montre que 1,3 % à 1,4 % des virus circulant sur notre sol sont porteurs du mutant britannique. Selon les dernières données disponibles, Santé Publique France recensait le 20 janvier 131 infections par le variant d'outre-Manche, à l'exception de la Bourgogne-Franche Comté, toutes les régions de métropole étaient touchées.

Covid-19 : le variant anglais est-il plus meurtrier que le virus originel ?

La population britannique, de son côté la plus touchée par ce variant, ne cache pas sa lassitude. « Oui, j'imagine qu'il faut s'inquiéter de cette nouvelle d'un variant plus meurtrier, mais nous sommes déjà très prudents, explique Sarafina, qui se promène avec sa fille Ravina. On ne sort presque plus, on garde nos distances, etc. » La jeune fille de treize ans, elle, en a assez du confinement commencé le 5 janvier. Elle s'imagine que cette nouvelle va la priver encore plus longtemps de ses amis. « Je doute qu'on puisse retourner à l'école à la mi-février. »

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Paul, un Londonien qui travaille dans la télévision, explique que cette nouvelle va le faire réfléchir à deux fois avant de sortir ou de rencontrer des gens. « Je vais dire à ma mère d'être plus vigilante, souligne-t-il. Elle a 84 ans et elle a eu la première dose du vaccin mais l'immunisation prendra du temps. » Cette nouvelle tombe alors que le nombre de morts du virus a augmenté de 13,2 % en une semaine au Royaume-Uni et plus de 1 300 décès ont été comptabilisés samedi. Si le nombre d'hospitalisations a quant à lui baissé de 6,1 %, grâce aux effets du confinement, il y a toujours plus de 37 800 patients infectés dans les hôpitaux britanniques.

«Ils auraient dû confiner plus tôt»

Claire, une orthophoniste qui travaille pour le NHS, le service national de santé, ne s'inquiète pas vraiment de la plus grande mortalité possible du variant mais elle ne décolère pas vis-à-vis de la gestion catastrophique du gouvernement, responsable selon elle de ces résultats. « Ils ont donné la priorité à l'argent au détriment des vies, avance-t-elle. Ils auraient dû confiner plus tôt et introduire des restrictions plus fortes. Il y a tellement de confusions maintenant que certains ne font que ce qu'ils veulent. »

Le seul succès du gouvernement britannique reste la campagne de vaccination commencée en décembre. Plus de 5,8 millions de personnes ont déjà reçu leur première injection. Le Premier ministre a assuré que les vaccins Pfizer et AstraZeneca, utilisés au Royaume-Uni, étaient toujours efficaces contre le B1.1.7. En revanche, ce n'est pas si sûr pour les variants sud-africain et brésilien, ce qui pourrait rendre vains tous les efforts déployés par les autorités sanitaires britanniques.