Covid-19 : le vaccin en passe de gagner la bataille de l’opinion ?

Les Français prêts à recevoir l’injection contre le coronavirus deviennent majoritaires. Une remontée qui s’explique par la crainte du variant anglais mais aussi par l’envie de retrouver une vie normale, alors que de nouvelles restrictions devraient être annoncées ce jeudi.

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 Nancy (Meurthe-et-Moselle), le 5 janvier. Le retard à l’allumage de la campagne de vaccination en France a-t-il pu provoquer un effet manque  ?
Nancy (Meurthe-et-Moselle), le 5 janvier. Le retard à l’allumage de la campagne de vaccination en France a-t-il pu provoquer un effet manque ? LP/Arnaud Dumontier

Bien sûr, elle sait que cela n'a pas de valeur statistique absolue, mais ce sont des signes qui ne trompent pas. Sur son calepin, la docteure Margot Bayart note chaque jour quels sont ses patients volontaires − ou réfractaires − pour recevoir les injections contre le Covid-19. « Au départ, j'avais davantage de contre que de pour, puis ça s'est équilibré à moitié-moitié. Aujourd'hui, la proportion de ceux qui souhaitent être vaccinés est d'environ 60 contre 40 », décrypte la médecin d'Occitanie, vice-présidente du syndicat de généralistes MG France. « C'est subjectif, mais j'ai l'impression qu'un changement s'opère, reprend-elle. On a d'ailleurs énormément d'appels au secrétariat avec une même question : quand pourrai-je le faire? »

Dans le pays de Pasteur, la population, que l'on disait méfiante, est-elle en train de basculer en faveur de la vaccination contre le coronavirus? A en croire les sondages, l'intuition de la Dre Bayart est la bonne. Depuis une semaine, il en tombe sur ce thème comme à Gravelotte. Jeudi 7 janvier, Harris Interactive notait une hausse de 11 points, avec 56 % de Français désormais « pour » l'administration des doses. Pour l'Ifop, c'était 10 points de plus (de 41 à 51 %) entre fin novembre et début janvier. Les prochaines données du sondeur, imminentes, seront encore plus probantes. Même constat ce mercredi 13 janvier chez l'institut Elabe, avec une progression de 9 points, visible notamment chez les plus de 65 ans, puis chez les quinquas, et les cadres.

« Attention, on connaît la volatilité des sondages sur les questions de vaccination, tempère Henri Bergeron, sociologue spécialiste des politiques de santé. Mais si dans les prochaines semaines, cette tendance se maintenait, ce serait assez nouveau qu'un sujet qui a débuté sur une controverse finisse sur une forte adhésion. »

Le ras-le-bol des couvre-feux

Qu'est-ce qui fait aujourd'hui pencher la balance? « Les gens ont envie de retrouver une vie normale, une vie de liberté. Ils en ont marre des couvre-feux, des restrictions », égrène Margot Bayart. D'autant que le bout du tunnel n'est pas là. Après un Conseil de défense tenu par Emmanuel Macron ce mercredi, le Premier ministre Jean Castex pourrait annoncer ce jeudi soir une généralisation de l'extinction des feux à 18 heures, sur tout le territoire, contre 25 départements aujourd'hui. Pourraient aussi figurer au menu de la traditionnelle conférence de presse, une jauge abaissée dans les commerces et un renforcement du protocole sanitaire dans les cantines scolaires. Si un nouveau confinemen t grand et généralisé en France n'est pas − actuellement − envisagé par l'exécutif, l'hypothèse de reconfinements locaux est bel et bien sur la table.

Covid-19 : le vaccin en passe de gagner la bataille de l’opinion ?

Mais ce qui a vraiment changé la donne pour la vice-présidente de MG France, c'est le variant anglais. « Ça a fini de convaincre des indécis et, notamment, les plus jeunes. Pour eux, le virus était un truc de personnes âgées. Aujourd'hui, ils craignent l'arrivée du variant, plus contagieux, y compris pour les enfants. La phrase que j'entends souvent c'est Docteure, a-t-on d'autre choix? », décrypte celle dont les patients demandent beaucoup l'avis.

L'absence d'incident rassure

Le retard à l'allumage de la France, qui malgré ses 247 000 vaccinés, immunise bien moins encore que ses voisins, a-t-il pu engendrer dans l'opinion un « effet manque »? « Peut-être qu'il existe un petit syndrome, y'en a pas, donc j'en veux, pointe Henri Bergeron. Mais ce qui plaide est surtout l'absence d'accidents liés à la vaccination. Voir que tout se passe bien en Angleterre, aux Etats-Unis, en Israël après des millions de vaccinations ne peut que rassurer », analyse le sociologue.

Covid-19 : le vaccin en passe de gagner la bataille de l’opinion ?

Autre point phare, en quelques semaines, la parole s'est renversée, beaucoup plus orientée sur les ardents défenseurs des injections que sur ceux qui en doutent. « Que des médecins connus comme Axel Khan s'expriment largement à contribuer à dédramatiser la vaccination », estime Bergeron.

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Mais il ne faudrait pas, à l'inverse, trop se focaliser sur cette remontada, qui pourrait aussi être un trompe-l'œil. « Pour l'instant, il s'agit plus d'une variation que d'un changement radical, estime le chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), spécialiste de la vaccination, Jeremy Ward. Il reste 45 % de réticents, c'est beaucoup et plus qu'ailleurs ! Il ne faut pas les oublier et trouver un moyen de leur parler. »