Covid-19 : «La seconde vague est là et il est temps de s’y préparer»

Pour l’urgentiste François Braun, patron du puissant syndicat Samu-Urgences de France, les hôpitaux ne sont pas saturés, mais « on sent qu’on est à un point de bascule ». Il faut s’organiser pour éviter le pire, dit-il.

 A la Pitié-Salpêtrière à Paris (XIIIe), dans le service de post-réanimation, le 28 avril 2020.
A la Pitié-Salpêtrière à Paris (XIIIe), dans le service de post-réanimation, le 28 avril 2020. LP/Guillaume Georges

Alors que le nombre de malades du Covid-19 explose en Espagne et que Madrid, la capitale, se reconfine partiellement, les signaux virent au rouge en France, avec, pour la première fois, depuis la levée du déconfinement, une hausse du nombre de patients décédés, la semaine dernière.

Après Bordeaux ou Nice, Lyon doit prendre lundi des mesures plus restrictives, notamment en matière de rassemblements. Pour François Braun, président du puissant syndicat Samu-Urgences de France, et chef des urgences du CHR de Metz-Thionville (Moselle), nous sommes arrivés à un moment charnière dans la lutte contre l'épidémie.

Etes-vous inquiet face à l'accélération du nombre de contaminations au Covid-19 dans l'Hexagone ?

FRANÇOIS BRAUN. Oui. Depuis une dizaine de jours, on assiste à une augmentation assez importante de cas et cette hausse est constante de jour en jour. La seconde vague est là et il est temps de s'y préparer. Ce n'est pas le raz de marée qu'on a connu au mois de mars, les services de réanimation, globalement, ne sont pas saturés, mais on sent qu'on est à un point de bascule. L'AP-HP vient de réactiver son plan Blanc, Montpellier également…

Les hôpitaux vont-ils pouvoir tenir ?

Les personnes sont préparées. Tout dépendra des comportements individuels. Si chacun respecte les gestes barrière, peut-être la circulation du virus sera-t-elle moins rapide, c'est ce qu'il faut espérer afin qu'on ne revive pas le pic brutal du printemps dernier. En tout cas, nous nous attendons à un mois d'octobre compliqué. Le congrès annuel des urgentistes, qui devait se tenir à Paris, mi-octobre, vient d'être annulé, ce n'est pas un hasard, nous sommes tout sauf sereins.

Quel est le climat actuel aux urgences ?

C'est de nouveau très difficile. Lors de la première vague, si on a pu faire face, c'est parce qu'on n'a travaillé qu'avec des patients Covid-19 et que tout était fluide : on avait l'ensemble l'hôpital derrière nous. On partageait tous le même objectif ! Des filières dédiées aux patients Covid-19 avaient été mises en place, on n'avait plus aucune difficulté à trouver des lits d'hospitalisations. Là, comme la doctrine est à nouveau de prioriser les soins programmés sur ceux non programmés, c'est à nouveau la croix et la bannière pour trouver des lits en aval, même pour nos malades Covid-19, on a du mal à en trouver. Chacun s'est refermé sur son pré carré. Pourtant, le Covid-19, ce n'est pas n'importe quel virus, c'est une saloperie !

Quel est l'état d'esprit des soignants ?

S'il faut remonter au front, ils le feront, mais on les sent de nouveau épuisés, désabusés. Partout prédomine, après le Ségur de la santé, le sentiment de s'être fait rouler dans la farine, particulièrement dans les services d'urgences. Je suis inquiet des réactions possibles à venir, car en plus du Covid-19, nous nous attendons à voir défiler aux urgences tous ceux que la crise sociale va broyer. Je ne comprends pas qu'on n'ait pas tiré les leçons de l'organisation hospitalière qui avait été mise en place lors de la première vague et qui a démontré toute son efficacité.

Qu'attendez-vous du gouvernement ?

Prendre au sérieux cette nouvelle vague, ce n'est pas simplement donner des chiffres du nombre de cas de malades du Covid-19 tous les jours, c'est s'assurer que l'ensemble de l'hôpital est prêt à les absorber. Puisqu'il faut « vivre avec le Covid-19 », alors organisons-nous de façon structurelle, pérenne !

Faudra-t-il, dans les semaines à venir, à nouveau déprogrammer certaines interventions non urgentes ?

Si le nombre de malades continue de croître comme il le fait, je ne vois pas comment on pourra y couper. Dès lors qu'une région est en tension et que les services de réanimation commencent à être débordés, un tri s'impose. Sinon, on va se casser la figure. Evidemment, cette déprogrammation doit se faire selon des critères médicaux. Après la première vague, on a bien vu que des patients s'étaient dégradés très rapidement, ceux-là doivent être accueillis sans délai. Un cancer digestif n'attendra pas. Une pose de prothèse de hanche peut, elle, être en revanche reportée d'un mois.