Covid-19 : la note transmise aux hôpitaux change-t-elle vraiment la donne?

La direction générale de la Santé a transmis une note aux ARS, hôpitaux et cliniques du pays pour mettre en oeuvre une réorganisation à compter du 18 février, en prévision d’une nouvelle vague épidémique. Le Parisien a pu se la procurer.

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La Direction générale de la santé a fait passer une directive aux hôpitaux afin que ces derniers se préparent à un possible afflux de malades.
La Direction générale de la santé a fait passer une directive aux hôpitaux afin que ces derniers se préparent à un possible afflux de malades. REUTERS/Eric Gaillard/File Photo

« Au moins, on ne nous a pas demandé de renoncer à nos vacances, alors que l’épuisement gagne les équipes. ». C’est par cette petite touche d’ironie que certains médecins accueillent les nouvelles directives qui viennent de leur être transmises. Vendredi 12 février, la Direction générale de la santé (DGS) et la Direction générale de l’offre de soins (DGOS) ont adressé une note interne aux Agences régionales de santé et aux hôpitaux, intitulée « Organisation de l’offre de soins en prévision d’une nouvelle vague épidémique ». Avec la volonté d’anticiper tout risque d’une éventuelle poussée épidémique.

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Cette circulaire a effectivement été transmise dans une période toute particulière. Si les chiffres de l’épidémie ne révèlent pas à ce stade de début de troisième vague, au contraire, il n’empêche que la propagation des variants dans le pays suscite de l’inquiétude. Révélé par Le Journal du dimanche, le document, que Le Parisien s’est également procuré, dresse la liste d’une série de mesures à mettre en œuvre d’ici au jeudi 18 février. De quoi, en principe, garantir la prise en charge la plus efficace possible des malades du Covid-19 dans le cas où le nombre de patients à prendre en charge viendrait à augmenter substantiellement. Mais qui n’acte en réalité pas de révolution, selon les professionnels que nous avons interrogés.

Cellules de crise et renforts

Ces mesures doivent être mises en œuvre sur l’ensemble des territoires, précise la circulaire. En tout premier lieu, il s’agit pour les établissements de santé d’être prêts à mobiliser un maximum de lits au sein des services de réanimation, par l’activation ou le maintien des « plans de mobilisation internes ». Avec, comme ultime étape, la possibilité pour les hôpitaux d’enclencher le plan Blanc, déjà utilisé lors des deux précédentes vagues. « Pour les ARS, il s’agit de renforcer la Cellule Régionale d’Appui et de Pilotage Sanitaire (CRAPS), de réactiver la cellule de bed management et d’identifier un Samu de coordination régionale », précise l’ARS Ile-de-France, précisant ne pas avoir attendu les requêtes ministérielles pour se préparer. « Ces mesures étaient déjà mises en place depuis quelques semaines et nous avions demandé aux établissements de santé d’activer leur cellule de crise et de les réunir pour anticiper les mesures à prendre, en cas d’une éventuelle troisième vague. »

Autre point évoqué dans la circulaire : la question sensible des déprogrammations. Les établissements sont ainsi invités à préparer une déprogrammation « graduée et adaptée » aux besoins. A charge donc des ARS de mettre en place des « cellules de recherche et de suivi des lits de réanimation disponibles ». Reste que, là encore, l’ARS Ile-de-France, pour ne citer qu’elle, nous indique avoir « déjà réactivé sa cellule de renforts RH pour identifier les besoins des établissements ».

« Vous n’avez pas besoin d’une circulaire pour cela »

Quant aux déprogrammations, elles sont déjà une réalité dans la région, et de l’ordre à ce jour de 10 %. Pour favoriser les sorties, les soignants devront veiller à privilégier l’ambulatoire ainsi que les traitements à domicile. « C’est un peu un non-événement, tempère Benjamin Davido, infectiologue à l’hôpital de Garches (Hauts-de-Seine). Les situations varient selon les hôpitaux, mais les services de réanimation oscillent déjà entre 60 et 80 % d’occupation Covid, il y a des choix stratégiques qu’il faut faire et qui sont faits, vous n’avez pas besoin d’une circulaire pour cela. Certains services ont déjà fait le choix de passer en 100 % covid en réanimation ». Et lorsque la note confidentielle entend rappeler la nécessaire solidarité territoriale via la stratégie EVASAN (évacuation sanitaire), l’ARS Île-de-France se permet là encore de rappeler que la région « a accueilli quelques malades du Covid d’autres régions en tension ». La note précise toutefois que les transferts de malades pourront également concerner des patients non-Covid dont l’état de santé implique une prise en charge en réanimation. Voire même des patients, « Covid ou non-Covid, relevant d’un service d’hospitalisation conventionnelle ».

La note des services ministériels impose une règle stricte dans la gestion des soignants qui seraient contaminés par un variant du Covid-19. Signe de la vigilance des autorités sur ce point, les services de la DGS appellent à suivre scrupuleusement les recommandations du Haut conseil de la santé publique, établies le 14 janvier dernier. À savoir une éviction de 7 jours pour les soignants contaminés par le variant britannique, et de dix jours pour les variants sud-africain et brésilien. « Cette règle ne doit souffrir d’aucune dérogation et supprime cette possibilité ouverte dans son avis du 23 mai 2020″, écrit la Direction générale de la Santé.

Le retour des heures supplémentaires majorées de 50%

« C’est en réalité la seule nouveauté de ce document », commente l’urgentiste Patrick Pelloux. Jusqu’à présent, en effet, des soignants contaminés par le Covid-19 pouvaient continuer à exercer dans le respect le plus strict des précautions sanitaires. Désormais, seuls les cas contact pourront continuer à exercer, sauf s’ils deviennent symptomatiques. « Tous les professionnels, soignants et non soignants, au sein d’un établissement de santé ou d’un établissement social ou médico-social (ESMS) sont donc désormais potentiellement concernés par une mesure d’éviction, en tant que cas confirmé de Covid-19 ou personne contact à risque d’un cas confirmé », précise la DGS.

Benjamin Davido s’interroge tout de même sur la mise en application de cette mesure. « J’ai l’impression que l’on expose une règle sans apporter de solution. Si vous perdez la moitié d’un service, comment compenser ? Il y a bien le recours à l’intérim mais ça coûte deux fois plus cher, ça n’arrive pas d’un claquement de doigt, avec le risque que cela finisse par peser sur la qualité des soins. ». Pour éviter que les services ne souffrent de l’absentéisme, la circulaire annonce, selon nos informations, le retour de la majoration des heures supplémentaires de 50% et la reconduction de l’indemnité exceptionnelle des congés payés non pris pour raison de service. Un décret sur le sujet est en cours de rédaction.

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Si la Direction générale de la Santé invite par ailleurs à la mobilisation de la réserve sanitaire, il faut tout de même rappeler que celle-ci n’est pas en mesure de répondre à tous les besoins. En novembre dernier, Le Parisien faisait le point sur l’état des forces en présence. Apparaissait alors un certain essoufflement des troupes, avec une chute du taux de réponse aux alertes. Mais aussi un manque de profils adaptés aux besoins réels des établissements de santé. Chez les médecins, par exemple, la réserve ne disposait en novembre dernier que de 614 urgentistes et 68 réanimateurs officiellement mobilisables sur les 46 000 inscrits. Des professionnels qui étaient en réalité tous déjà sollicités, par d’autres voies.

Autant de raisons qui laissent penser à Benjamin Davido que la circulaire s’adresse avant tout aux établissements privés. « C’est peut-être un moyen de leur demander de rester en état d’alerte, y compris pendant les vacances. Pour l’AP-HP et les autres établissements publics, j’y vois surtout une forme de rappel. » Une tendance confirmée du côté de l’ARS Bourgogne Franche-Comté. « Cette circulaire ne fait que réaffirmer un état de fait concernant la Bourgogne-Franche-Comté, où la tension sur le système de santé n’a pas cessé depuis des mois, nous écrit-on. Les hôpitaux de la région ne sont en fait jamais sortis de la deuxième vague et restent confrontés à un haut plateau d’activité COVID associé à des déprogrammations d’activités non COVID depuis fin octobre. »