Covid-19 : l’isolement contraint est-il sanitairement justifié ?

Le débat d’un isolement obligatoire est sur la table en cas de positivité au Covid-19. Une mesure justifiée sur le plan épidémiologique, selon un chercheur en virologie qui travaille en Chine. Mais difficile de faire passer la pilule en France.

 Les personnes positives au Covid-19 sont invitées à s’isoler pour éviter tout risque de contamination. Une mesure difficile à faire appliquer.
Les personnes positives au Covid-19 sont invitées à s’isoler pour éviter tout risque de contamination. Une mesure difficile à faire appliquer. IStock

Contraindre davantage, mais pour quelle efficacité? Dans son intervention télévisée de mardi soir, Emmanuel Macron a dessiné les contours d'une stratégie plus sévère à l'égard des personnes malades du Covid-19. Le chef de l'Etat n'a toutefois pas abordé le « comment », laissant les parlementaires débattre et prévoir « les conditions pour s'assurer de l'isolement » des cas positifs, ni le « pourquoi » de l'intérêt sanitaire de mesures plus sévères.

L'isolement contraint des personnes contaminées se justifie, comme arme sanitaire contre le virus, s'il est d'abord effectif. De plus en plus de médecins le réclament. « Il n'y a pas d'isolement aujourd'hui dans les faits, s'étonnait il y a quelques jours dans les colonnes du journal Le Monde Philippe Juvin, chef des urgences de l'hôpital parisien Georges-Pompidou. Ça ne sert à rien de tester des millions de Français si c'est pour ensuite les renvoyer chez eux lorsqu'ils sont positifs et infecter leur entourage ».

«C'est violent mais très efficace»

D'où l'idée, défendue par le Dr Juvin mais aussi par le président du groupe LR au Sénat Bruno Retailleau, de revenir à l'obligation de placer les personnes testées positives dans un lieu autre que leur domicile - dans des hôtels par exemple - comme cela avait été expérimenté lors de la première vague de l'épidémie en début d'année.

Dimitri Lavillette, chercheur en virologie, peut témoigner de l'efficacité de l'isolement obligatoire, lui qui est détaché depuis 2014 à l'Institut Pasteur de Shanghai en Chine pour travailler sur un futur vaccin. « Ici, les malades ont été installés dans des hôtels ou des gymnases aménagés dès l'apparition de l'épidémie en début d'année. Ils avaient aussi la possibilité de rester chez eux mais, dans ce cas, toutes les personnes vivant à leur domicile étaient elles aussi strictement confinées pendant quatorze jours. C'est violent mais très efficace du point de vue épidémique puisque le virus est sous contrôle depuis des mois et nous vivons désormais sans porter de masque depuis mai. »

Une telle sévérité est-elle envisageable en France ? « Elle se justifie d'un point de vue strictement épidémiologique, poursuit Dimitri Lavillette. Mais elle a été possible parce que le respect des libertés individuelles est beaucoup moins fort en Chine que dans les pays occidentaux. Dans le même temps, c'est d'abord la discipline collective qui a permis d'obtenir des résultats similaires et éviter une seconde vague au Japon ou en Corée du Sud par exemple. »

Jusqu'où, alors, pousser le curseur de la contrainte? Le chef de l'Etat n'a pas souhaité évoquer d'éventuelles sanctions ou amendes, ni parler d' » isolement obligatoire » alors que le groupe Agir (allié de LREM) à l'Assemblée nationale a récemment proposé d'assortir d'amendes de 10 000 euros - avant de réviser ce montant à 1500 euros (3700 euros en cas de récidive) - le non-respect d'une quarantaine obligatoire en cas de contrôle positif.

«Inciter sans effrayer»

Au ministère de la Santé, on s'arrache les cheveux pour trouver la formule la plus équilibrée… et la plus acceptable par la majorité de la population. « Le sujet mérite en effet beaucoup d'attention et plusieurs jours de réflexion, confie-t-on dans l'entourage d'Olivier Véran. Il s'agit d'inciter fortement à respecter l'isolement sans effrayer. Nous voulons éviter que des gens rechignent à se faire tester par peur de devoir rester à l'isolement, tout en incitant les non-malades à faire davantage attention et à respecter les gestes barrière et le port du masque pour ne pas avoir à être isolées en cas d'infection. »

Newsletter Un tour de l'actualité pour commencer la journée
L'essentiel du matin
Toutes les newsletters

Sans compter une autre préoccupation qui mobilise au sein du ministère : la mise en place d'un accompagnement des personnes amenées à être isolées « sur le plan matériel, sanitaire et psychologique », comme l'a appelé de ses vœux Emmanuel Macron. Là encore, tout est question d'équilibre.