Covid-19 : installer des capteurs de CO2 pour maîtriser l’aération, l’idée qui monte

Des établissements scolaires ou universitaires expérimentent l’utilisation de capteurs de CO2 afin de mieux contrôler l’aération des pièces, et donc limiter le risque de contamination.

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Des capteurs de CO2 sont utilisés dans certaines classes afin de mieux maîtriser l'aération des locaux. (Illustration)
Des capteurs de CO2 sont utilisés dans certaines classes afin de mieux maîtriser l'aération des locaux. (Illustration) LP/Olivier Lejeune

Rouge, on aère ! De drôles de boîtiers ont fait leur apparition dans des salles de classe d’école et d’université, et ils pourraient bien se multiplier alors que le SARS-CoV-2 circule toujours à un niveau élevé en France. Ces capteurs de CO2 permettent de mesurer la qualité de l’air. Un voyant s’allume lorsque celle-ci devient trop mauvaise. In fine, le but est de limiter le risque de transmission du Covid-19.

« Plusieurs études ont dressé un lien entre la concentration de CO2 dans l’air et celle en aérosols », explique Hélène Rossinot, médecin en santé publique. Or, ces microgouttelettes contenant potentiellement du virus peuvent rester en suspension dans l’air durant plusieurs heures. « La possibilité d’être contaminé dépend de la concentration de l’air en virus. Plus on le renouvelle, plus le risque de diffusion est limité », complète Jacques Haiech, professeur honoraire de biotechnologie à l’université de Strasbourg.

« Attention, c’est le moment d’ouvrir »

Avec 20 000 nouvelles personnes positives par jour, il n’est pas exclu de se retrouver dans une même salle de cours qu’un cas positif. Même s’il est asymptomatique, celui-ci peut transmettre le virus. Prise très au sérieux depuis longtemps par les instances scientifiques, l’aération l’est aussi désormais par les autorités sanitaires et politiques. « Il convient d’assurer le renouvellement régulier de l’air des locaux avec un apport d’air neuf qui devra, si possible, être augmenté. La mesure en continu de la concentration en dioxyde de carbone (CO2), à l’aide de capteurs, permet d’en juger la qualité », écrivait par exemple le Haut conseil à la santé publique (HCSP) dans un avis rendu en octobre dernier.

« On s’est beaucoup focalisé sur les masques et la distanciation d’un puis de deux mètres, mais l’aération est vraiment indispensable. Et les capteurs de CO2 permettent de nous dire : attention, c’est le moment d’ouvrir », explique Didier Lepelletier, coprésident du groupe permanent Covid-19 au sein de l’instance. Le HCSP recommande de placer le seuil d’alerte autour de 1000 PPM (parties par millions).

Le ministère de l’Education nationale préconise lui aussi, désormais, de « surveiller la qualité de l’air intérieur, par exemple par des capteurs de CO2 », mais uniquement dans les espaces de restauration scolaire. Peu d’établissements se sont lancés pour le moment - contacté, le ministère renvoie aux collectivités locales. A Heidwiller (Bas-Rhin), les salles de l’école primaire sont équipées depuis le mois de décembre, rapporte France Bleu. Dans la capitale, la Fédération des conseils de parents d’élèves raconte qu’une école du XIIe arrondissement a mené une expérimentation, fin décembre. 150 classes du IXe arrondissement en sont aussi équipées, mais depuis plus d’un an et pas spécifiquement à l’occasion de la crise sanitaire. Du côté de la mairie de Paris, on assure ne pas avoir été associé à ce genre d’initiatives locales, mais on prévoit de lancer prochainement une action pour promouvoir ces dispositifs.

Surtout utiles l’hiver

Depuis plusieurs mois, Bruno Andreotti donne déjà des cours dans des salles équipées d’un capteur de CO2. Cet enseignant en physique expérimentale à l’Université de Paris assure les séances de travaux pratiques (TP) en présentiel. « Dès la rentrée le 2 septembre, j’ai travaillé sur ce qu’il fallait faire pour assurer la sécurité sanitaire, d’autant plus qu’elle n’était pas vraiment prise en charge par l’institution », se rappelle-t-il. « La technique des capteurs de CO2 est au point, on les utilise à notre petite échelle pour caractériser les niveaux de ventilation dans les salles de TP », poursuit l’enseignant.

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De tels outils seraient bien sûr moins utiles l’été, lorsqu’on peut ouvrir les fenêtres ou bien aérer les salles quasiment en permanence. « Là, avec le froid, on ne peut évidemment pas laisser ouvert tout le temps. Mais aérer 10 minutes quand il le faut, ce serait vraiment utile », juge Didier Lepelletier. Des appareils « purificateurs » d’air pourraient aussi être utilisés, mais leur efficacité n’est pas garantie. « Vu le principe de fonctionnement de ces appareils, le virus ne ferait que passer à travers et il risquerait de sortir sans que le traitement l’ait détruit », nous expliquait fin décembre Bruno Courtois, expert d’assistance conseil sur les risques chimiques à l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS).

Un guide pour en fabriquer

Pour les médecins et scientifiques qui promeuvent les capteurs de CO2, de tels dispositifs ne devraient pas être réservés aux établissements scolaires. A l’instar de l’épidémiologiste Antoine Flahault, beaucoup suggèrent de les utiliser dans un maximum de lieux clos, et pourquoi pas à domicile. On en trouve d’ailleurs en vente sur les sites d’e-commerce, pour quelques dizaines d’euros minimum.

Le laboratoire « La fabrique » de l’école d’ingénieurs Supélec propose même plusieurs tutoriels pour construire soi-même son capteur. Sur les réseaux sociaux, le groupe partage régulièrement des photos d’appareils que lui envoient des amateurs.

Novices et réticents à la technologie s’abstenir, bien sûr. Mais Hélène Rossinot imagine par exemple que les cours de technologie au collège ou au lycée pourraient servir à en fabriquer, dans « une visée à la fois pédagogique et sanitaire ». « Ce serait une bonne occasion de faire quelque chose de ludique et d’utile à la foi », estime-t-elle.