Covid-19 : «Il ne faut pas seulement se focaliser sur les variants connus»

Pour le généticien Pascal Pujol, la France n’a pas pris toute la mesure de l’importance du séquençage du génome du virus. Un retard qui pourrait nous faire passer à côté de l’émergence de souches nouvelles.

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 Pascal Pujol, médecin généticien, appelle à plus de volonté politique dans la recherche sur les variants du Covid-19.
Pascal Pujol, médecin généticien, appelle à plus de volonté politique dans la recherche sur les variants du Covid-19. DR

C'est un exemple qui dit beaucoup : au CHU de Montpellier (Hérault) où il exerce, les plateformes de séquençage viennent juste d'être mises à contribution pour traquer les variants. Médecin généticien, président de la Société française de médecine prédictive et personnalisée (SFMPP), Pascal Pujol l'affirme : la France a les capacités de surveiller les mutations du virus, mais les utilise mal. Face à cet enjeu majeur, il en appelle à plus de volonté politique.

A-t-on aujourd'hui les moyens de surveiller l'évolution des variants ?

Pr PASCAL PUJOL. Techniquement, oui. Le génome du virus est 100 000 fois plus petit que le génome humain. On a les machines, l'expertise et la matière grise pour pouvoir le faire. Pourtant, tous ces outils ne sont pas ou mal utilisés. Il existe trop de cloisons entre les spécialistes, trop de verrous entre le public et le privé, sous-utilisés alors qu'ils disposent de moyens considérables. Les ressources sont là, mais il manque de volonté politique. Les autorités devraient dire : « Vous êtes bien sympas chacun dans votre coin, mais maintenant vous allez tous travailler ensemble. » Déployer cette union sacrée est aussi de leur responsabilité. Face à un tel enjeu de santé publique, nous n'avons pas d'autres choix.

Pourquoi ?

Parce qu'on regarde par le petit bout de la lorgnette alors que l'on pourrait voir grand. Déjà, au printemps, je craignais que l'absence d'une réelle veille scientifique nous fasse passer à côté d'une variation. Contrairement aux Anglais ou aux Américains qui séquencent beaucoup, on a sous-estimé la capacité du virus à muter et les moyens à allouer. Or, cela est source de trois préoccupations : une contagiosité accrue, comme le montrent les clones britannique, sud-africain ou brésilien. Un risque d'une moins bonne immunité induite par les vaccins. Une augmentation de la gravité, qui ne peut être exclue et serait une autre catastrophe sanitaire.

VIDÉO. Comment ce laboratoire parvient à détecter le variant anglais du Covid-19

Mais aujourd'hui, cette traque est organisée…

Et tant mieux, mais faute de mutualisation des moyens, on attend encore cinq à six jours pour savoir si tel échantillon est porteur d'un variant! Autre point, il est une chose de faire du diagnostic, il en est une autre de surveiller correctement une nouvelle apparition de souche plus contagieuse et plus grave. Il faut être à l'affût et ne pas seulement se focaliser sur les variants déjà connus. Sinon, le risque est d'être surpris, de ne pas pouvoir agir vite en cas de nouvelle émergence et de ne pas réussir à adapter les vaccins. Les deux batailles doivent être menées de front. Pour cela, il faut utiliser toutes les plateformes existantes, y compris celles des industriels qui ont de grandes capacités de séquençages. C'est de surcroît probablement plus rentable et efficace que d'acheter massivement d'autres machines.

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Selon vous, pourquoi ce «manque de volonté» ?

Pour les virus, on a exactement le même retard que pour le séquençage du génome humain. Même si le plan Médecine France génomique se met en place, nous sommes loin de la production d'autres pays. Là encore, l'Angleterre a réalisé plus de 100 000 analyses, nous quelques milliers. Il s'agit pourtant d'une révolution pour mieux connaître les maladies rares et les cancers, et pour être mieux soigné par des traitements spécifiques. La France n'a pas pris la mesure de ce que pouvait apporter le séquençage en médecine. Il est encore temps d'accélérer, c'est tout à fait faisable, allons-y !