Covid-19 : faut-il limiter les déplacements entre régions ?

Confinement ou non, peu importe le scénario, le conseil scientifique recommande de restreindre la mobilité. Mais revenir à la règle des 100 km fait débat.

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 «Quel que soit le scénario retenu par les autorités sanitaires», le conseil scientifique conseille la mise en place d’une limitation des déplacements interrégionaux.
«Quel que soit le scénario retenu par les autorités sanitaires», le conseil scientifique conseille la mise en place d’une limitation des déplacements interrégionaux. LP/Olivier Arandel

La mesure avait été prise à la fin du premier confinement. Remise sur la table avant Noël. Et à nouveau réclamée par le conseil scientifique dans son dernier avis de la mi-janvier. Couvre-feu généralisé, confinement strict ou aménagé… « Quel que soit le scénario retenu par les autorités sanitaires, le conseil scientifique conseille la mise en place d'une limitation des déplacements interrégionaux », écrivent les experts chargés de guider l'exécutif.

Si le gouvernement a finalement privilégié la fermeture des grands centres commerciaux et des frontières, le retour à la règle des 100 km pourrait-il être efficace pour contrer les effets redoutés des départs en vacances? La question divise. « Je ne suis pas convaincu, affirme François Bricaire, infectiologue et membre de l'Académie de médecine. Si l'on prend la voiture pour aller de Paris à Versailles, à mon avis le risque est le même que d'aller dans le Cantal. »

Préserver les régions les moins touchées

Selon le professeur, cette restriction des déplacements est une mesure empirique : « Je demande à voir les preuves de son efficacité. » Quant à l'idée de limiter les flux à l'approche des vacances de février, là aussi il se montre sceptique. « Si c'est pour empêcher les gens de partir en congés, je ne pense pas que ça soit forcément bon pour le moral des enfants comme celui des parents. Il faut leur donner la possibilité de bouger, de s'aérer, de vivre », appuie-t-il, partisan des décisions « aux bons moments » en fonction de l'évolution de l'épidémie.

Néanmoins, cette règle des 100 km a l'avantage de préserver les régions les moins touchées par le virus, argumente Pierre Tattevin, le président de la Société de pathologie infectieuse de langue française. Bien que la situation en France soit moins hétérogène qu'au printemps, de fortes disparités existent actuellement entre les Alpes-Maritimes, marquées par un taux d'incidence à 450, les Côtes-d'Armor à 60 ou encore Paris à 230.

« Restreindre les déplacements permet de limiter la propagation du virus dans des régions encore épargnées et ainsi de leur permettre d'accueillir les patients des zones en tension pour soulager les hôpitaux », assure Pierre Tattevin. Jeudi, les transferts interrégionaux ont d'ailleurs repris et deux malades du CHU de Nice ont été transportés à l'autre bout de la France, en Bretagne, à Vannes (Morbihan).

Une mesure pertinente contre les variants ?

Mais là où cette mesure peut s'avérer « encore plus pertinente », dit l'infectiologue, « c'est si on s'aperçoit que les variants circulent différemment d'une région à l'autre ». Et cela pourrait bien être le cas. « Pour le savoir, il faut attendre les résultats de la deuxième étude Flash. Mais l'analyse de 1080 tests PCR positifs, entre le 11 et le 21 janvier dans huit sites de dépistage franciliens, a déjà montré que le variant anglais représentait 9,4 % des cas testés contre 1 %, il y a encore deux semaines. C'est énorme! » C'est bien là l'enjeu.

Deux scénarios sont possibles, avance le mathématicien Jean-Stéphane Dhersin, directeur adjoint scientifique au CNRS : dans le premier, le variant progresse de la même façon que la souche historique, dans le second il se répand aussi vite qu'au Royaume-Uni. « Dans ce dernier cas, la situation sera intenable en mars et les mesures actuelles insuffisantes. Parmi la palette de décisions, limiter les déplacements fonctionne très bien quand l'hétérogénéité territoriale est grande. »

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Est-ce la plus pertinente ? Impossible de le savoir, répond le scientifique. « Chaque mesure visant à faire baisser le taux de reproduction du virus est efficace mais on ne sait pas dans quelle proportion. » Le niveau de la circulation des variants sera donc déterminant. Jean-Stéphane Dhersin le résume. « Si l'épidémie flambe, il faudra agir mais pour l'instant, on ne sait pas avec quelle force il faudra frapper. »