Covid-19 : comment les généralistes se préparent à vacciner avec l’AstraZeneca

Dès jeudi, ils pourront injecter les premières doses d’AstraZeneca aux patients de 50 à 64 ans avec des comorbidités. Avant, il faut s’organiser et rassurer sur ce vaccin, alors que beaucoup préféreraient recevoir le Pfizer.

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 A Asnières (Hauts-de-Seine),  le pharmacien Raphaël Baron a remis ce mardi aux généralistes les premiers flacons de vaccin AstraZeneca, qu’ils pourront utiliser dès ce jeudi.
A Asnières (Hauts-de-Seine), le pharmacien Raphaël Baron a remis ce mardi aux généralistes les premiers flacons de vaccin AstraZeneca, qu’ils pourront utiliser dès ce jeudi.  LP/Arnaud Dumontier

Ils sont arrivés à 13h58 dans les mains d'un livreur. Une caisse réfrigérée et scellée avec, à l'intérieur, une boîte en carton contenant quatre flacons étiquetés AstraZenec a. Quatre? Raphaël Baron n'en attendait pourtant que deux dans son officine d'Asnières (Hauts-de-Seine). « Le grossiste m'en a donné plus car il en restait, dit le pharmacien, heureux de recevoir les précieux antidotes. C'est impressionnant, j'ai presque peur de les toucher. » Deux minutes plus tard, c'était au tour du docteur Cohen, dont le cabinet est installé à quelques mètres, de venir récupérer l'un des précieux flacons qu'il avait commandé.

Comme lui, 30000 médecins généralistes - sur 55000 en France - se sont portés volontaires pour commencer à vacciner, dès ce jeudi, les premiers patients de 50 à 64 ans ayant des comorbidités, avec le sérum d'AstraZeneca, le troisième autorisé en Europe. « Le gouvernement nous a informés du lancement de cette campagne en fin de semaine dernière et en quarante-huit heures, la moitié des médecins s'était manifestés », se réjouit le docteur Patrick Bouet, président de l'ordre des médecins. Si 550000 doses sont arrivées en France, les quantités par généraliste volontaire sont encore très limitées : un flacon de dix doses par praticien.

Et c'est là l'enjeu : vite accélérer le rythme, enjoint Patrick Bouet. Dès la semaine prochaine, les généralistes recevront un nouvel approvisionnement mais de « deux à trois flacons maximum », indique la direction générale de la Santé. Les volumes disponibles augmenteront progressivement au fil du mois de mars.

S'il a récupéré sa commande, le docteur Cohen, lui, commencera les injections d'ici quelques jours, le temps de s'organiser et de trouver les patients. Car une fois le flacon de dix doses entamées, les vaccins ne se conservent que six heures à température ambiante ou quarante-huit heures à condition de les remettre rapidement au réfrigérateur. « Comme leur durée de vie est courte, il faut éviter le gâchis. »

La peur des effets secondaires

Pour l'instant, le médecin a six volontaires, il lui en manque quatre. Comment les a-t-il sélectionnés ? « Ces derniers jours, quand je recevais dans mon cabinet, un patient concerné, dans la bonne tranche d'âge et avec des facteurs de risque, je lui proposais », raconte-t-il. Dès qu'ils auront reçu la première injection, ils repartiront avec un autre rendez-vous neuf à douze semaines plus tard pour la seconde dose.

Mais déjà, quelques questions émergent. « Certains ont des réticences car ils ont entendu que ce vaccin était moins efficace que le Pfizer et surtout, le vrai frein, c'est la peur des effets secondaires. » A Paris, dans son cabinet, Marie Razon a rappelé les patients diabétiques ou hypertendus qui s'étaient déjà manifestés pour se faire immuniser avec le Pfizer. « Globalement, ils acceptent d'être vacciné avec l'AstraZeneca mais certains me disent : Je préfère réfléchir. Et d'autres : Rappelez-moi quand vous aurez le Pfizer », rapporte la médecin, qui leur répète invariablement que l'un comme l'autre protègent bien contre les formes sévères du Covid.

Certains s’inquiètent des effets secondaires ou de l’efficacité du vaccin AstraZeneca. LP/Frédéric Dugit
Certains s’inquiètent des effets secondaires ou de l’efficacité du vaccin AstraZeneca. LP/Frédéric Dugit  

En visite au Conseil économique, social et environnemental (CESE), le ministre de la Santé Olivier Véran a souligné ce mardi qu'une étude rendue publique lundi montrait « une efficacité absolument phénoménale de l'AstraZeneca chez les personnes âgées, même de 65 ans et plus ». Les recherches en question ont été réalisées par plusieurs universités écossaises sur l'effet des produits Pfizer et AstraZeneca. Elles montrent qu'ils réduisent le risque d'hospitalisation jusqu'à 85 % pour le premier et même 94 % pour le second.

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Quant aux effets secondaires tant redoutés, il s'agit de syndromes grippaux pouvant durer certes plusieurs heures, mais minimes au regard des bénéfices, insiste auprès de ses patients le docteur Razon. « Mais je ne vais pas pouvoir rappeler et convaincre dix patients par semaine », prévient la généraliste, qui doit déjà trouver une solution pour grouper les rendez-vous sans se retrouver avec une salle d'attente bondée. « C'est un peu chronophage, reconnaît Pascal Halter, installé près de Nancy (Meurthe-et-Moselle). Il nous faudrait de l'aide des infirmiers et des centres de vaccination, plus on aura de bras et mieux ce sera! »