Covid-19 : au cœur des tests antigéniques pratiqués en pharmacie

Leur verdict tombe en un quart d’heure. Ces nouveaux tests pour diagnostiquer le coronavirus sont disponibles depuis peu. Reportage dans une pharmacie parisienne.

 Un pharmacien parisien introduit l’écouvillon d’un test antigénique dans les narines d’un patient.
Un pharmacien parisien introduit l’écouvillon d’un test antigénique dans les narines d’un patient. LP/Olivier Lejeune

Yassine, 47 ans, s'assoit, raide d'angoisse. Pourvu qu'il n'ait pas le Covid. Mercredi 10 heures, à peine une demi-heure plus tôt, sa femme, Sadio, a été testée positive sous ce barnum jouxtant l'officine de la porte Brancion à Paris (XV e ). Lui aussi connaîtra le verdict d'ici quinze minutes.

Depuis une semaine, pharmaciens, infirmiers, médecins peuvent pratiquer ces fameux tests antigéniques, moins fiables mais plus rapides. D'ailleurs, ils ne sont réalisés que lorsqu'il n'est pas possible d'obtenir un résultat en labo dans un délai de quarante-huit heures. Il n'y a rien à débourser, il faut juste prendre rendez-vous.

« Elle m'a dit qu'elle avait perdu l'odorat, mais j'ai pris ça à la légère. On se croit intouchable », dit Yassine au moment où le gérant de l'officine, Damien Bon, lui introduit le coton-tige dans les narines, comme en labo. « C'est de la torture », s'exclame-t-il. « Madame a été plus courageuse… », le taquine le pharmacien, équipé de la tête aux pieds.

Une barre, c'est négatif, deux, positif

Le pharmacien disperse quelques gouttes sur le boîtier. Le résultat apparaît en une quinzaine de minutes./LP/Olivier Lejeune
Le pharmacien disperse quelques gouttes sur le boîtier. Le résultat apparaît en une quinzaine de minutes./LP/Olivier Lejeune  

Une fois le coton-tige sorti, Damien le trempe dans un tube à essai rempli de réactif et disperse quelques gouttes sur un boîtier semblable à un test de grossesse. Il n'y a plus qu'à attendre : une barre, c'est négatif, deux, positif. Formé depuis peu à ce geste technique, le pharmacien a en déjà réalisé 120 en cinq jours, parmi lesquels 30 positifs.

Enfin, le résultat de Yassine tombe : il n'a pas le Covid-19, mais il devra tout de même faire chambre à part. « Royal », souffle le quadragénaire en retrouvant son épouse venue, devant le barnum, lui apporter sa carte vitale. Quoi ? Sadio est dehors ? Le pharmacien bondit. « Je vous ai dit de rester chez vous ! Allez, je ne veux plus vous voir. »

Désinfection totale entre deux patients

En cette matinée, une dizaine de patients défilent, tous négatifs. C'est au tour de Sao, 50 ans, envoyé ici par sa femme pour « quelques maux de tête qui disparaissent après la douche ». Puis à Martine, 60 ans, de s'avancer, « un peu stressée par tous ces morts à la télé ».

Entre deux patients, Damien désinfecte tout. Voilà, Florian, 39 ans, avec un peu de fièvre et des maux de tête, peut entrer. Ça n'a pas l'air d'être le Covid-19, juge-t-il. La maladie l'a déjà conduit à l'hôpital il y a trois mois, après une embolie pulmonaire.

Quant à Riadh, quelques frissons le font douter. Au pire, il a le virus. « Pas grave », pense-t-il. « Pas forcément, rétorque le pharmacien à l'argumentaire implacable : moi, j'ai perdu mon beau-père de 65 ans avant le confinement. » Et ce dépistage, rappelle-t-il, n'est pas un passe-droit pour s'affranchir des gestes barrière.

Covid-19 : au cœur des tests antigéniques pratiqués en pharmacie

« Vous vous rendez compte que, chaque soir, des jeunes discutent sans masque devant mes fenêtres! Entre le Covid et les attentats, on ne va jamais s'en sortir », se désespère Nathalie, une autre patiente. Ce groupe du quartier, Damien les connaît et il est allé les raisonner. « J'ai réussi à en convaincre un dont la mère est cliente de la pharmacie, les autres crient au complot, ils n'y croient pas, c'est dingue! »

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Toute la journée, l'homme en blouse blanche répond aussi aux peurs et au flot de questions. Comme le test est moins fiable, les cas contacts, les personnes avec des symptômes depuis plus de quatre jours ou les plus de 65 ans doivent se rendre en labo.

Ce qui révolte cet homme, appuyé sur sa béquille. « A 75 ans, je ne vais pas faire la queue quatre heures dans le froid ! C'est dégueulasse. » Le pharmacien souffle, lui-même un peu perdu par ces règles. « Si quelqu'un peut lui expliquer pourquoi, moi, je n'ai pas la réponse. »