Contrefaçon : «Les médicaments de la rue, des médicaments qui tuent»

Dans une tribune au Parisien-Aujourd’hui en France, Arnaud Pourredon, président de la start-up Meditect, milite pour une vraie lutte contre les médicaments contrefaits en Afrique subsaharienne et dans le monde.

 La start-up d’Arnaud Pourredon a développé une application mobile qui permet de vérifier l’authenticité d’un médicament.
La start-up d’Arnaud Pourredon a développé une application mobile qui permet de vérifier l’authenticité d’un médicament. DR

Arnaud Pourredon, président de Meditect, à l'origine d'une application qui permet de vérifier l'authenticité d'un médicament.

« En Afrique subsaharienne, de nombreuses personnes vendent et achètent des médicaments dans la rue. Le terme de médicament de la rue recouvre plusieurs réalités : d'une part, des produits contrefaits sans molécule active ou en quantité insuffisante, avec des impuretés ou des substances toxiques ; d'autre part, des produits détournés du circuit légal, stockés dans de très mauvaises conditions, avec des températures et des taux d'humidité élevés.

Un million de personnes meurent chaque année dans le monde à cause des faux médicaments. Uniquement en Afrique subsaharienne, on estime à 116 000 le nombre de morts annuels du paludisme imputables aux médicaments de la rue selon l'OMS. Ce qu'Emmanuel Macron qualifie d'« injustice au carré » concerne tous les pays en voie de développement, sans qu'aucun outil accessible à tous n'existe.

L'ampleur des profits et la légèreté des peines alimentent cette criminalité qui représente un marché de 200 milliards de dollars, soit 172 milliards d'euros, dans le monde. A titre de comparaison, la contrefaçon de produits de luxe dont on parle beaucoup pèse 155 milliards de dollars (133 milliards d'euros). Bien sûr, on ne parle ici que de poids économique. La perspective est différente car le luxe contrefait ne tue pas.

Non seulement ces médicaments ont un impact tragique pour les malades et leurs familles, mais ils représentent aussi une menace en termes de résistance à certains médicaments. Par ailleurs, la diffusion de médicaments inefficaces réduit la capacité des systèmes de santé à contenir une pandémie comme celle que nous connaissons actuellement.

En mars, j'ai été hélé sur le marché Roxy à Abidjan (Côte d'Ivoire) alors que je déambulais dans les allées fourmillantes. « J'ai remède anti-Covid. » Après quelques minutes d'échange, je me procure le faux traitement anti-Covid pour la somme de 30 000 francs CFA, soit 45 euros environ. Le packaging est très soigné : le nom d'un laboratoire connu y est apposé avec son logo. L'indication thérapeutique est prometteuse, il s'agirait d'un « vaccine » délivré sous forme de comprimés. Quelques mois plus tard, je découvre au même endroit plusieurs centaines de faux médicaments pour guérir du Covid-19.

Les laboratoires clandestins ont fait preuve d'imagination et d'habileté pour produire en un temps record une quantité importante de médicaments contrefaits afin de répondre aux besoins actuels liés à la pandémie. Ils sont consommés abondamment dans la sous-région, entraînant des conséquences fatales pour la population. A la fin du mois d'août, j'ai fait la connaissance de Yacouba, à Bouaké, souffrant désormais d'insuffisance rénale chronique et devant être dialysé régulièrement. Le drame de cet homme est loin d'être un cas d'exception.

Face à de tels constats, on ne peut qu'être scandalisé. Il est temps d'engager une révolution qui permettra à toute l'Afrique subsaharienne, mais également au monde entier, d'accéder à des médicaments de qualité. Aujourd'hui, la technologie doit nous permettre de trouver des solutions adaptées aux patients et aux pharmaciens, en collaboration avec les laboratoires et en conformité avec toutes les réglementations, qui permettront de vérifier l'authenticité et l'efficacité d'un médicament. »